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Macron - Le Pen : des programmes diamétralement opposés

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Deux candidats, deux programmes aux antipodes
Deux candidats, deux programmes aux antipodes
© AFP - Guillaume SOUVANT, Eric FEFERBERG

On ne trouve quasiment aucune similarité dans les programmes des deux qualifiés pour le second tour de la présidentielle. Que ce soit sur les questions économiques, européennes ou sur l'immigration, la famille ou la culture.

Ce sont deux candidats très différents qui ont accédé au second tour de l'élection présidentielle. Quels que soient les sujets, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont une vision très différente de la société française, et la place de la France dans le monde.

L'Europe

Avec l'immigration, l'Europe est l'autre cheval de bataille de Marine Le Pen. La candidate frontiste souhaite faire sortir la France de l'espace Schengen. Mais sur d'autres questions essentielles, elle a fait machine arrière. Par exemple, après avoir promis une sortie pure et simple de l'Union Européenne, elle propose dans son programme d'organiser un référendum sur cette question. Plus récemment, suite au ralliement de Nicolas Dupont-Aignan, elle jure ne jamais avoir envisagé de sortir de l'euro. La question de l'euro, qui divise au sein du FN, a même disparu l'espace de quelques heures de sa profession de foi. Marine Le Pen propose désormais de "rendre le franc aux Français" et de garder l'euro pour commercer à l'international. La question de la monnaie "est une question très compliquée", a souligné le fondateur de "Debout la France" dimanche. "Et là ce que nous avons dit et écrit, c'est que cette transition entre la monnaie unique et la monnaie commune devra se faire avec délicatesse, avec sérieux", a ajouté le souverainiste. :

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Pour Marine Le Pen, c'est l'Europe qui empêche la France de retrouver sa souveraineté. Elle propose donc, par exemple, de se retirer de la politique agricole commune au profit d'une politique agricole française. Symboliquement, elle veut faire retirer tous les drapeaux européens présents dans les bâtiments publics.

Une position fustigée par Emmanuel Macron, qui promet plus d'harmonisation et une plus grande intégration européenne. Cela passe par la création d'un Parlement de la zone euro, la désignation d'un ministre des Finances de la zone euro et l'instauration d'un budget de la zone euro. Son programme prévoit aussi un marché unique du numérique, et de l'énergie.

Sur les questions de défense, le candidat du mouvement 'En Marche !" promet une Europe de la défense en partenariat de la défense "en créant un Fonds européen de défense qui financera des équipements militaires communs (comme les drones européens) et un Quartier Général européen permanent".

Emmanuel Macron veut aussi étendre aux apprentis le programme d'échanges Erasmus.

Sur l'Europe, les programmes des deux candidats sont aux antipodes
Sur l'Europe, les programmes des deux candidats sont aux antipodes
© Visactu

Economie

Marine Le Pen souhaite retrouver le chemin de la croissance et de l'emploi en mettant en place une préférence nationale et en appliquant une politique étatiste. En face, Emmanuel Macron table sur politique libérale.

Pour Marine Le Pen, la prospérité économique passe par le protectionnisme et le retour à la monnaie nationale pour "soutenir les entreprises françaises face à la concurrence internationale déloyale". La plupart de ses propositions visent à protéger les entreprises et marchés français : "interdire l’importation et la vente de produits provenant de l’étranger qui ne respectent pas les normes imposées aux producteurs français", réserver "la commande publique aux entreprises françaises, contrôler les investissements étrangers qui portent atteinte aux intérêts nationaux". Il est aussi question d'interdire de vendre à l'étranger une société française qui reçoit des subventions publiques françaises et de "mettre en place une taxe additionnelle sur l’embauche de salariés étrangers".

Sur une ligne libérale, Emmanuel Macron veut libérer les "contraintes" qui portent sur les entreprises : réduction du coût du travail via la diminution des cotisations sociales patronales, notamment sur les bas salaires.

Concernant les salariés, Marine Le Pen souhaite abaisser l'âge de départ à la retraite à 60 ans. Emmanuel Macron souhaite conserver l'âge actuel : 62 ans.

En revanche, les deux candidats sont d'accord pour la défiscalisation des heures supplémentaires et quasiment d'accord sur la fin du Régime Social des Indépendants (RSI) tel qu'il existe actuellement : Marine Le Pen veut une "refonte totale" et Emmanuel Macron souhaite sa suppression.

Immigration

Pour Marine Le Pen, l'immigration est un fléau. Elle souhaite "réduire l’immigration légale à un solde annuel de 10 000". Elle compte également rendre beaucoup plus difficiles le regroupement et le rapprochement familial ainsi que l'acquisition automatique de la nationalité française par le mariage.

Sur cette question, Emmanuel Macron souhaite favoriser l'installation en France de spécialistes et de hauts diplômés pour lesquels les formalités seront allégées. La "priorité du candidat" concerne moins une baisse du flux migratoire que la meilleure intégration des étrangers qui viennent en France. Il souhaite en effet renforcer l'apprentissage de la langue française pour les candidats à la naturalisation et diminuer le délai de traitement des demandes d'asiles.

Laïcité / Religion

C'est un thème prisé par Marine Le Pen. Elle souhaite "rétablir la laïcité partout, l’étendre à l’ensemble de l’espace public et l’inscrire dans le Code du travail". Pour elle la neutralité doit s'imposer à l'école et même dans les clubs de sport. Autant de mesures qui visent particulièrement les musulmans.

Emmanuel Macron ne veut pas étendre l'interdiction du voile islamique à l'université, mais il souhaite former les ministres des cultes aux valeurs de la République et renforcer l'apprentissage du fait religieux à l'école pour appliquer "strictement le principe de laïcité".

La Famille

Valeur essentielle pour les Français et peut-être l'un des sujets sociétaux les plus clivants entre les deux qualifiés pour le second tour. Surtout quand on parle de mariage homosexuel, de filiation et de PMA, Procréation Médicale Assistée.

Marine Le Pen veut par exemple abroger la loi sur le mariage pour tous pour instaurer un "pacs amélioré" sans effet rétroactif. Quant à la PMA, elle doit rester une réponse aux problèmes de stérilité, selon la candidate frontiste.

Emmanuel Macron, lui, ne touchera pas à la loi sur le mariage pour tous et laisse une porte ouverte à la PMA pour les couples de femmes. Dossier signé Lise Verbeke :

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La Justice

Une vision répressive, avec une fermeté affichée et l'expulsion automatique des délinquants étrangers. C'est sans surprise ce qui se dégage du programme justice de Marine Le Pen. Elle ne cache pas sa méfiance vis à vis des juges. Elle veut d'ailleurs supprimer l'école nationale de la magistrature (ENM) afin de "rompre avec la culture du laxisme", incarnée selon elle par la loi Taubira, abroger l'automatisme des remises de peine mais rétablir celui des peines planchers, c'est à dire les peines minimales pour les récidivistes. Hormis ces grandes envolées sur le pénal, l'union syndicale des magistrats, principal syndicat de la profession, note une absence criante de propositions sur la justice du quotidien, la justice civile, celle des affaires familiales par exemple qui concerne un nombre important de nos concitoyens.

Un leitmotiv guide le programme justice d'Emmanuel Macron: la simplification, la modernisation, la numérisation. Sans doute y va-t-il des progrès à faire admettent les syndicats de magistrats, notamment pour dématérialiser la transmission de certaines procédures ou sécuriser l'authentification des documents, mais tout ne peut être simplifié notamment en matière pénale. Une de ses mesures a fait bondir les milieux judiciaires : que toute personne condamnée à une peine inférieure ou égale à deux ans soit automatiquement incarcérée avant d'envisager un aménagement de peine. Inapplicable quand on connaît l'état des prisons, le risque de désocialisation et le fonctionnement même des juridictions.

L’Environnement

Pour aucun des deux candidats il ne s'agit d'une priorité. Alors que l'écologie cimentait les projets de gauche de Benoît Hamon ou de Jean-Luc Mélenchon.

Priorité nationale pour la candidate du Front national et patriotisme environnemental : pas question de diminuer la part du nucléaire, condition de l'indépendance énergétique de la France. Cela n'empêche pas de développer les énergies renouvelables, solaire, biogaz, bois, sans objectif précis en l'absence de contraintes européennes. Et surtout un moratoire immédiat sur l'éolien : "une pollution visuelle", selon Marine Le Pen.

Pas question pour Emmanuel Macron de revenir de son côté sur la fermeture de la vieille centrale de Fessenheim, ni sur l'objectif de diminuer de moitié la part du nucléaire d'ici 2025. Il entend parallèlement doubler l'éolien et le solaire lors de son quinquennat. Pas de zèle toutefois dans le domaine pour le candidat d'En Marche ! qui se situe résolument dans la continuité de l'action engagée par l'actuel gouvernement. Emmanuel Macron entend mener un vrai combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides. En 2022, 50% des produits proposés en restauration collective seront bio ou issus d'un agriculture de proximité. Il entend se battre au niveau de l'UE quand Marine Le Pen, qui souhaite encourager une agriculture moins intensive, soucieuse du bien- être animal, bio de préférence et sans OGM, ne voit pas d'autres solutions là aussi que de fermer nos frontières à des productions agricoles étrangères qui ne respecteraient pas les normes de production française.

Les deux candidats ont un point commun : il n'y aura pas d'exploitation de gaz de schiste sous leur quinquennat.

La Santé

Trop de personnes renoncent à des soins pour raison financière. Le constat est partagé par les deux candidats, qui s'engagent à mieux rembourser les frais de santé. Tous deux promettent des efforts sur les soins dentaires, les lunettes et les appareils auditifs. Emmanuel Macron précise même son objectif : 100% de prise en charge à la fin de son quinquennat.

Marine Le Pen promet de garantir la sécurité sociale pour tous les Français, et elle veut faire mieux connaître des dispositifs comme l'Aide à l'acquisition d'une Complémentaire santé, ou la CMU complémentaire : "beaucoup de nos concitoyens n'y recourent pas, constate-t-elle, alors qu'ils y ont droit". Elle veut, en revanche, supprimer l'Aide Médicale d'Etat (AME) dont bénéficient actuellement des étrangers en situation irrégulière, (les remboursements seraient limités aux soins d'urgence). Quant aux étrangers entrés légalement sur le territoire français, ils devront attendre deux ans avant de pouvoir bénéficier des remboursements de l'Assurance Maladie.

Le discours est tout autre du côté d'Emmanuel Macron : "cotisez en fonction de vos moyens, recevez en fonction de vos besoins". Le candidat veut maintenir l'AME, au nom du droit aux soins pour tous. La tonalité de son programme se veut positive, porteuse d'espoir : il promet une "révolution de la prévention", avec un service sanitaire de trois mois pour tous les étudiants en santé, un soutien à la recherche en santé environnementale, une meilleure rémunération des médecins qui font de la prévention. Il met également en avant l'innovation, et promet un plan d'investissement de cinq milliards d'euros, ainsi qu'un budget pluriannuel permettant de se projeter à cinq ans.

Marine Le Pen affiche, elle, une grande fermeté. Pour pérenniser le financement de l'Assurance Maladie, il faut lutter contre le gaspillage et la fraude... et lutter contre les arrêts maladies injustifiés, "Les deniers publics, expliquent-elles, doivent bénéficier à ceux qui en ont réellement besoin".

L'Education

Si en 2012, c’était l’une des priorités du candidat Hollande. Lors de cette campagne, l’éducation est passée au second plan … même si les deux candidats finalistes estiment qu'elle reste une priorité.

Pour Emmanuel Macron, la priorité doit être donnée à l'enseignement… prioritaire. Avec comme première mesure symbolique applicable dès la rentrée scolaire : limiter à 12 le nombre d'élèves en CP et en CE1 en zone d'éducation prioritaire (REP+ et REP). Pour cela, le candidat compte sur la création de 5.000 postes d'enseignants et le redéploiement de postes, en incitant des enseignants expérimentées à aller vers des établissements réputés difficile et donc délaissés. Le système d'affectation des professeurs pourrait donc être revu.

Pour la candidate du FN, la priorité est l'apprentissage du français. Marine Le Pen veut que cet enseignement représente plus de la moitié des heures de cours en classe de CP et CE1. Le but étant, par la même occasion, de favoriser l'assimilation des élèves étrangers ou d'origine étrangère.

Sur la question des rythmes scolaires, Emmanuel Macron veut intervenir au cas par cas, alors que Marine Le Pen souhaite supprimer la réforme et revenir à la semaine de quatre jours.

Les Transports

Les deux candidats du second tour de la présidentielle affichent la même ligne directrice sur ce sujet : renforcer le maillage du territoire, et réduire les inégalités entre villes et campagnes. Pourtant, si Marine Le Pen insiste pour garder les transports dans le public, Emmanuel Macron affiche une vision plus libérale. Quand il était ministre de l'économie il a lancé les fameux "bus Macron", dont le résultat est aujourd'hui mitigé, un peu plus d'un millier d'emplois créés contre 22 000 promis. Aujourd'hui candidat, Emmanuel Macron reste sur cette proposition libérale, il souhaite renforcer son système de bus longue distance et d'autres modes de transports comme le covoiturage.

De son côté, Marine Le Pen refuse l'ouverture à la concurrence du ferroviaire voulue par l'Union Européenne. Pour elle, le transport doit rester du domaine public, pour garantir un service sur tout le territoire à ses usagers.

Pour l'instant, la candidate du Front National n'a pas chiffré son programme dans ce domaine et l'assume. Emmanuel Macron, lui, avance le chiffre de 5 milliards pour la rénovation des transports collectifs locaux, sans en préciser le financement. Les deux candidats insistent sur la transition écologique, et promettent tous deux des investissements, par exemple pour étendre l'utilisation des voitures électriques. Mais là encore, pas de chiffres précis.

Marine Le Pen propose de faire baisser le prix des péages en nationalisant les autoroutes. Emmanuel Macron cible plutôt les transports en commun avec la baisse de leurs tarifs.

La Culture

Les deux prétendants à l'Elysée ont des programmes culturels que tout oppose. Car leur conception même de ce qu'est la culture diffère.

Pour Emmanuel Macron, il faut "faire d'un accès partagé à la culture la priorité du quinquennat". Avec un symbole : un pass jeune de 500 euros à 18 ans, pour l'accès à la culture. Autre souhait de celui qui promet un budget culturel constant tout le long du quinquennat : que 100 % des enfants aient accès à l’éducation artistique par des appels à projets qui seront financés par les villes et l’Etat. Enfin, entre autres propositions, les bibliothèques doivent selon lui ouvrir beaucoup plus largement, en soirée et le week-end.

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Marine Le Pen met en avant une culture française et patrimoniale. D'abord en inscrivant "dans la Constitution la défense et la promotion de notre patrimoine historique et culturel". Une loi de programmation du patrimoine doit permettre un meilleur soutien à l’entretien et à la préservation du patrimoine. Avec un budget alloué qui augmenterait de 25 %. Il est également question d'un grand plan national de création de filières des métiers d’art, car pour le Front national l'art rime surtout avec artisanat. Et de financer la création artistique via le mécénat populaire et ses plateformes numériques (financement participatif plutôt que public). La candidate frontiste insiste aussi sur la nécessité de réformer les médias, le CSA en particulier. Elle a encore dit vouloir rattacher les forains au ministère de la Culture. Le ministère de la Culture, finalement unique point d'accord entre les deux opposants puisqu'ils souhaitent le conserver.

Le Numérique

Ces questions numériques ont été très absentes de la campagne. Sur le numérique, les programmes de Macron et Le Pen. La grande différence entre les candidats, c'est le niveau d'intervention pour la gouvernance et la régulation du numérique : l'Europe pour Emmanuel Macron, la France pour Marine Le Pen. Elle souhaite par exemple la création d'une taxe sur l'activité des grands groupes en France. Alors que le candidat d'en Marche veut une taxe européenne sur le chiffre d'affaires des multinationales en Europe. Il souhaite aussi créer une Agence européenne pour la confiance numérique.

Il en va de même sur les données personnelles : Marine Le Pen dit vouloir obliger les entreprises, même étrangères, à stocker en France les données de leurs utilisateurs français. Et "créer une charte à valeur constitutionnelle de protection des données personnelles". Dans le même ordre d'idée, elle souhaite protéger les libertés numériques par la Constitution. De son côté, Emmanuel Macron compte renégocier d'ici 2018 le Privacy Shield, cet accord qui autorise les entreprises américaines à transférer aux Etats-Unis les données personnelles collectées en Europe, afin de les traiter et les exploiter.

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