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"Magique !", Henri Cosquer raconte la découverte de sa grotte et son combat jusqu'à sa réplique

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Henri Cosquer dans la grotte dans les années 90. Fréquentée au moins de 32 500 ans cal BP à 19 000 ans cal BP, la cavité est menacée par la montée des eaux.
Henri Cosquer dans la grotte dans les années 90. Fréquentée au moins de 32 500 ans cal BP à 19 000 ans cal BP, la cavité est menacée par la montée des eaux.
© Getty - Henri Cosquer / Gamma-Rapho

Son nom est entré dans l'histoire des sites préhistoriques. Le plongeur Henri Cosquer a découvert en 1985 dans les calanques de Marseille une grotte sous-marine unique, ornée de centaines d'oeuvres peintes et gravées il y a plus de 20 000 ans. Une grotte menacée qu'il a voulu à tout prix répliquer.

Henri Cosquer vit une nouvelle heure de gloire avec l'ouverture, ce samedi, de la réplique de la grotte qu'il a découverte il y a trente-sept ans. Cette copie quasi conforme ouverte au public est l'aboutissement d'un chantier complexe dans la Villa Méditerranée, longtemps très contestée, à quelques pas du Mucem.

Un "Lascaux sous-marin" à découvrir les pieds bien au sec, quand le joyau accessible dans les calanques par 37 mètres de fond, à quelques kilomètres de là, est menacé par la montée des eaux. Chaque visiteur va enfin pouvoir découvrir chevaux, bouquetins, bovidés, cerfs, bisons et antilopes saïga, mais aussi phoques, pingouins, poissons ainsi qu'un félin ou un ours dessinés  "entre -33 000 ans et -18 500 ans avant le présent" selon la dernière datation. Ainsi que soixante-neuf pochoirs de mains rouges ou noires ou trois empreintes involontaires de mains, dont celles d'enfants, plusieurs centaines de signes géométriques et huit représentations sexuelles masculines et féminines ! Les promoteurs du lieu visant 800 000 visiteurs chaque année.

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Les défis pour la réplique de la Grotte Cosquer et sa visite. Par Gabriel Beraha, responsable de la médiation scientifique et culturelle

5 min

"La densité des représentations graphiques place Cosquer au niveau des quatre plus grandes grottes au monde d'art pariétal du Paléolithique avec Altamira en Espagne, Lascaux et Chauvet en France", a ainsi affirmé à l'AFP l'archéologue Luc Vanrell, 62 ans, dont trente années à étudier ce site. "Et comme il est probable que les parois aujourd'hui sous l'eau étaient à l'origine également ornées, cela fait de Cosquer un site unique par sa taille en Europe."

Le maître plongeur qui a découvert ce trésor reste humble pour autant. Ancien propriétaire d’un centre de plongée à Cassis et scaphandrier professionnel, Henri Cosquer ne compte pas son temps et se présente avec le sourire et les yeux qui brillent comme "un homme naturel, avec l'accent marseillais". Celui dont le nom en breton veut dire "lieu ancien" et dont le bateau s'appelait Cro-Magnon avant même qu'il ne l'achète ne se lasse pas de longuement revenir sur une incroyable épopée.

Précision du 24 août 2022 : Au cours de cet entretien, Henri Cosquer n'a pas mentionné les trois personnes qui l'accompagnaient lors de cette découverte plus aboutie en juillet 1991 : trois moniteurs expérimentés : sa nièce Cendrine, Yann Gogan, et Pascale Oriol. Il n'a pas non plus évoqué le plongeur spéléo belge Marc Van Espen avec lequel il a exploré les lieux quelques semaines auparavant. Lire l'article très détaillé de Pedro Lima pour la Fédération Française d'études et de Sports Sous-Marins.
Un compte Twitter des oublié.es de la grotte Cosquer a été créé le 20 juin 2022 pour répondre à "un récit devenu au fil du temps la version officielle de l'histoire de la découverte", une "version imaginaire qui ne mentionne pas les personnes qui l'ont accompagné et sans lesquelles la découverte des peintures n'aurait pas eu lieu".

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Dans la calanque de la Triperie, à Marseille, près du cap Morgiou, où se trouve la grotte. Les calanques, "le bureau" d'Henri Cosquer. Ici en 1994.
Dans la calanque de la Triperie, à Marseille, près du cap Morgiou, où se trouve la grotte. Les calanques, "le bureau" d'Henri Cosquer. Ici en 1994.
© Getty - Henri Cosquer / Gamma-Rapho

Cela ne fait pas bizarre d'avoir une grotte qui porte son nom ?

Non, pour moi, c'est normal. Cela devrait systématiquement être le cas. C'est un peu comme Catherine Destivelle qui a ouvert sa voie dans les Grandes Jorasses. Sa voie porte son nom. Elle était au sommet de sa technique d'escalade et moi, pour faire des plongées comme je l'ai fait là, on touche l'extrême. Nous sommes souvent dans le rouge, comme elle en montagne. Quand on fait de belles découvertes, ce devrait être systématique et pas polémique.

Henri Cosquer se raconte et évoque l'histoire de sa découverte. Il répond à Éric Chaverou

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Vous avez dû beaucoup lutter pour cette reconnaissance ?

Cela a été un combat [NDLR : y compris très long avec l'Etat pour une récompense financière, mais  sans l'obtenir]. Cela ne s'est vraiment pas fait du jour au lendemain. Je n'ai pas compris. Tu amènes un patrimoine, quelque chose d'exceptionnel de l'homme. Je m'attendais plus à avoir des gens qui viennent m'aider, travailler dessus, faire progresser, comme au ministère de la Culture. Mais cela a été tout le contraire. Si on peut se mettre les bâtons dans les roues et te taper sur les doigts et sur la tête, ils ne se gênent pas.

À l'époque, fin 1991, Jack Lang était ministre de la Culture. Quand je suis entré dans son bureau, il m'a dit : "Alors, c'est toi l'homme qui a découvert cette grotte en faisant de l'apnée dans les calanques". Je lui ai répondu : "Monsieur le ministre, excusez-moi, ce n'est pas de l'apnée que je faisais." Je me suis rendu compte d'entrée que l'information du bas vers le haut ne marchait pas. Je lui ai demandé un petit moment et il a accepté : "Oui, on a le temps qu'il faut, une demi heure s'il le faut". Et je lui ai raconté mon métier vite fait et comment j'ai découvert la grotte. Sa réponse a été "Mais c'est une belle histoire à la Indiana Jones !". C'était fantastique. Je lui ai demandé ce que représentait le métier de ministre. Il me l'a bien expliqué en quatre mots. Qu'il ne pouvait pas faire ce qu'il voulait et qu'il aimerait faire ci ou ça. Nous avons eu une belle conversation et il m'a lancé : "On m'a donné 4 noms pour baptiser la grotte". C'était la grotte de Morgiou, de la triperie, de la pointe de la voile et la grotte Cosquer. Quand j'ai vu que j'étais le dernier j'ai dit quand même, quelque chose ne va pas. Et il m'a dit, "De toutes façons, c'est une trop belle histoire, elle va porter ton nom et prénom". C'est lui qui a décidé.

Mais d'entrée, il faut que cela soit déformé, dénigré.

Avec Jack Lang, le ministre qui lui a permis de donner son nom à la grotte. Fin 1991, quand Henri Cosquer a réclamé pendant des années une récompense à l'État.
Avec Jack Lang, le ministre qui lui a permis de donner son nom à la grotte. Fin 1991, quand Henri Cosquer a réclamé pendant des années une récompense à l'État.
© AFP - Georges Bendrihem
Comme personne
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Certains sont même allés jusqu'à vous traiter de faussaire ?

Des scientifiques de haut niveau, Les préhistoriens Brigitte et Gilles Delluc ou Denis Vialou. Ils se permettent de vous traiter par médias interposés de faussaire. Ça, ça m'a dérangé énormément. Qui sont ces gens là ? Vous êtes quoi dans la vie ? À part que vous êtes dans des bureaux, vous ne vous êtes même pas déplacés à Marseille. On ne vous connaît pas, vous n'êtes pas capable de dire les choses aux gens.

Cela m'a blessé. Si on a quelque chose à me dire, on vient me le dire en face. Pas par médias interposés.

Et aujourd'hui, comment vous sentez-vous ?

Je suis content de cette reconstitution, n'étant pas scientifique mais plongeur professionnel. Eux connaissent 40% sur la terre et moi 75% dans l'eau, c'est la grande différence. Qu'ils se permettent de juger, c'est assez étonnant.

Mais j'ai porté à bout de bras cette reconstitution parce qu'en découvrant la grotte je me suis passionné pour l'art de la peinture. Qui a fait ça ? À quel moment ? Pourquoi s'y prendre ainsi ? Après, j'ai eu l'occasion de visiter le vrai Lascaux, la véritable grotte Chauvet, les fac-similés et d'autres grottes, et chaque fois j'ai eu une émotion différente et passionnante. J'ai dit "Il faut arriver à faire une reconstitution" en visitant Lascaux puis sa réplique un quart d'heure après : c'est pareil. Comme tout le monde ne pourra pas faire de la plongée et accéder à cette grotte, c'était une évidence. Ensuite, c'est le massif des calanques. Si tu veux faire visiter aux gens, il faut faire une route, des parkings. Ça va, laissons la nature déjà comme elle est, tranquille.

J'ai donc travaillé d'entrée en 1995 avec un architecte qui est venu me voir, André Stern. Nous en avions discuté pour tenter de mettre le sujet dans les couloirs de la politique à Marseille. Nous avons fait quatre projets ensemble et le dernier sort maintenant. Je suis aussi content d'avoir réussi à convaincre Kléber Rossillon qui a fait la réplique d'y intégrer un chalutier breton. Je l'ai trouvé à Martigues et je l'ai fait relooké par des charpentiers. On sauve un patrimoine et c'est la copie conforme de mon bateau "Le Cro-Magnon", qui avait baptisé ainsi avant que je ne l'achète en 1981-1982.

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Le chemin a été long. Cela vous a fatigué ?

Long, mais cela ne m'a pas fatigué. Cela a été intéressant parce que tu fais quelque chose pour les peintures de l'origine du grand-père ou de la grand-mère des Marseillais. Histoire d'humour, un jour, j'avais dit à Gaudin : "Jean-Claude, tu sais qu'à Marseille on est bons au football avec l'OM, mais il y a 30 000 ans quand même, on avait de sacrés artistes". Cela l'avait fait sourire parce que c'est un prof d'histoire. On a besoin d'en connaître l'origine et pour notre culture, c'est énorme.

Il s'agit de le partager, de ne pas se le mettre sous le bras, comme le font certains. Et après, ils distillent la connaissance quand ils en ont envie.

La Méthode scientifique
58 min

Quelles émotions avez-vous ressenti en découvrant le lieu ?

C'est surtout la qualité des dessins réalisés et comment ils ont cherché à aplanir la roche pour arriver à peindre ou à faire des représentations de mains, de gravures ou de choses étonnantes. De suite, tu vois qu'ils voulaient montrer quelque chose ou transmettre, tout simplement. Et grâce à la reconstitution, tu transmets la possibilité à des gens qui n'auront jamais la possibilité de pouvoir plonger de voir les peintures de la grotte à l'échelle un, avec de la matière comme à l'époque, naturelle, par des artistes, Alain Dalis et Gilles Tosselos. C'est fantastique. Même moi, quand je vois cela, c'est 100 % ce que j'ai vu dans la grotte. C'est ça la magie dont on bénéficie. Grâce à la technologie, nous pouvons tout reproduire et même des éléments préhistoriques avec les pigments de peinture.

Mon bureau, c'était les calanques. J'avais les calanques au dessus, et en dessous la mer. Un grand et beau bureau. Après, ce qui m'a fasciné déjà, ce qui est magique, c'est l'arrivée en plongée dans la grotte : des grands piliers stalagmitiques dans de l'eau cristalline bleu, un bleu immense, tu vois à perte de vue. Et quand tu sors, ces piliers continuent mais ont d'autres couleurs et ça fait comme des paillettes, ça brille un peu. C'est la magie. Au début, quand j'ai commencé à l'explorer, j'étais fasciné par le décor minéral de la grotte, la palette de couleurs et tous ses scintillements.

Une vue de la grotte en 1994.
Une vue de la grotte en 1994.
© Getty - Henri Cosquer / Gamma-Rapho

Si on imagine cette salle comme une cloche à fromage, en gros, les parties extérieures ne sont que du calcaire et au centre apparaît tout ce décor minéral avec tous les types de concrétions et de couleurs. Je faisais mes photos mais je ne m'intéressais pas plus que ça parce que à chaque fois je voyais du calcaire. Jusqu'à ce que je tombe sur le dessin d'une main. Mais j'étais fasciné par le décor intérieur de la grotte. Elle n'est pas très grande, à peu après 2 000 mètres carrés de surface, et des amis qui font de la spéléo m'ont dit "Ta petite grotte, elle est vraiment petite, mais alors, qu'est-ce qu'elle est belle !" Par sa richesse géologique et parce que les hommes y sont venus. Les foyers restaient en place. On aurait dit que l'homme venait juste de partir. Ou alors, quand il a vu mes bulles, je l'ai fait fuir ! (rires)

Cette main, c'est tout un symbole. Cela a été la main tendue vers vous, pour vous accueillir ?

C'était un symbole, oui, bien sûr. Je ne m'attendais pas à voir, comme je l'ai dit à l'époque, ce "tag" ! (rires) Dans ce temps là, ils faisaient des tags avec leurs mains parce qu'il n'y avait pas tout ce que nous avons maintenant.

Après, tu es étonné. Quand tu vois les peintures, les panneaux, les chevaux au ras de l'eau, le bison, c'est magique ! Tu restes sceptique, tu ne sais pas où tu es, qui a fait cela. J'ai cherché à répondre à toutes ces questions à droite et à gauche et c'est ce qui fait aussi la magie de cette découverte.

Henri Cosquer face à une des mains de la grotte. Mains dessinées aussi bien en négatif (pochoir) qu'en positif (enduites de colorant et appliquées sur la roche)
Henri Cosquer face à une des mains de la grotte. Mains dessinées aussi bien en négatif (pochoir) qu'en positif (enduites de colorant et appliquées sur la roche)
© Getty - Henri Cosquer / Gamma-Rapho

Les oublié.es de la grotte Cosquer parlent d' un " mensonge sur "sa" découverte de la main, pourtant faite par Yann Gogan, non par lui".

La découverte de cette main, c'était en 1985 ?

Non, en 1985, c'est la première fois où j'ai fait surface dans la grotte. J'ai partagé ça avec mon frère et mes amis, mes proches. Je ne l'ai pas crié sur tous les toits. Après, je me suis dit qu'un jour je reviendrai l'explorer. Pas de chance, parce que je travaillais, j'avais un métier, une école de plongée, une société de travaux émergés, et ensuite j'ai plusieurs fois traversé l'Atlantique à la voile.

Et en 1990, quand j'ai arrêté, j'ai eu du temps de libre. Voilà, c'est ma vie. Et cela ne regarde pas les gens. Ils doivent aussi comprendre que l'on peut faire tout autre chose et qu'il n'existe aucun critère de vitesse. On ne va pas dans la grotte comme dans un supermarché où c'est s'éclairé, où l'on prend un chariot pour mettre les bisons et l'autre chariot pour mettre les chevaux. Je savais que la grotte était là, j'avais la topographie, je connaissais les temps de plongée, et on après j'ai commencé à fouiller. Parce qu'il faut pouvoir se déplacer dedans sans se perdre. Il ne faut pas se casser la gueule. Il y a plein de petits critères et ça, il ne faut pas l'oublier. Il faut y penser un peu avant de dire que pendant quatre ans je n'ai pas déclaré le lieu et que je faisais des boums dedans ! Il y a eu tellement d'accusations, des vertes et des pas mures, que je ne préfère même pas y penser. Mais ce n'était pas un secret énorme parce que j'avais trouvé des peintures mais sans savoir ce que c'était. Je regardais les photos que j'avais prises, je pensais que cela intéresserait des scientifiques mais je ne savais pas à quoi cela correspondait.

Et entre 1985 et 1991, vous n'avez pas eu peur que quelqu'un d'autre se glisse dans la grotte ?

Cela aurait pu se passer, mais ça n'a pas eu lieu. Je vous rassure, même mes moniteurs de plongée ne savaient pas. À un moment donné, je leur ai montré des photos de l'intérieur, dit tellement c'était joli et je leur ai parlé de la grotte. C'est tout. Ils auraient pu chercher toute leur vie. Le coin des champignons, tu le dis aux autres ? Non. C'est pareil. Après, quand j'ai eu besoin d'eux, que nous avons découvert les peintures avec Liliane, Pascal et Sandrine, là, on a partagé. Je tenais à ce que ce soit eux. Et nous avons trouvé le reste des peintures ensemble.

Et si quelqu'un avait trouvé l'entrée et encore, est-ce qu'il aurait pu faire la plongée jusqu'au bout ? C'est très compliqué tout ça. Il n'y a rien de facile. Ce ne sont pas des portes que l'on ouvre.

Scène de chasse gravée photographiée dans la grotte en 1994.
Scène de chasse gravée photographiée dans la grotte en 1994.
© Getty - Henri Cosquer / Gamma-Rapho
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Mais vous cherchiez quelque chose au départ ?

Non, non, pas du tout. Je ne cherchais rien du tout. Il faut voir que le massif des Calanques, entre Cassis et Marseille, comme c'est du calcaire, il y a eu de l'érosion, l'eau douce passe par là et a créé tous ces réseaux et des grottes de partout au fil des variations du climat depuis les grandes périodes glaciaires. En plongée, c'est un terrain de jeu, mais je ne cherchais strictement rien.

J'ai un très gros bagage en plongée, je peux me permettre des plongées très profondes. Et l'intérêt de la plongée, c'est comme le chercheur de champignons : tu cherches toujours ton petit coin, l'endroit où personne n'est allé. C'est de l'adrénaline et le plaisir de découvrir un endroit unique où tu sais que personne n'est passé. Qu'est-ce que j'aurais cherché, à part des sirènes ?

Au risque de se mettre en danger tout de même ? Vous avez eu peur ?

Peur. Non, non, non, non, non, non. Pas en danger. En danger, non. J'ai eu un problème de lampe et je me suis retrouvé dans le noir dans la grotte. Mais cela m'apprendra parce que ce jour là, je n'avais pas vérifié la charge de la batterie. L'essentiel, c'est de s'en sortir et d'être là pour le raconter.

Et comment vous êtes-vous rendu compte de la valeur de votre découverte ?

J'ai déclaré la grotte en 1991 et une mission scientifique a suivi. C'est là que toute ma famille l'a su. Ma fille l'a appris par la télé, je ne lui avais pas dit.

Il n'y avait pas de datation au départ et un seul scientifique a pu venir, capable de réaliser cette plongée. Il a fallu le trouver ! C'était Jean Courtin en septembre 1991. Quand je l'ai mené dans la grotte, je lui ai posé trois milliards de questions : Qui a fait ça ? Quand ? À quelle heure ? Il ne me répondait pas tellement il était fasciné par ce qu'il voyait. Mais ils ont fait plein de relevés, de charbon de bois, de silex. Les datations sont tombées après et on a fini de dire que j'étais un faussaire.

Le préhistorien Jean Courtin lors d'une exploration scientifique en 1994.
Le préhistorien Jean Courtin lors d'une exploration scientifique en 1994.
© Getty - Henri Cosquer / Gamma-Rapho

Votre père breton était officier mécanicien de la Marine nationale et a fait sauter son bateau à Toulon en novembre 42, quand la flotte française s'est sabordée. C'est ce qui explique votre rapport à la mer ? Vous avez grandi dans un rapport très fort à la mer ?

Mon père ne nous a pas tellement transmis ça. On habitait à Martigues, au bord de l'eau. À l'époque, on ne partait pas en vacances. Nous étions une famille de sept enfants et j'étais le dernier. Tous les autres étaient bretons et nous sommes deux à être nés à Martigues, mon frère le plus proche et moi. C'est pour ça que j'ai l'accent marseillais ! (rires) L'été, nous étions à la plage et après tu cherches à imiter le grand frère qui fait de la chasse sous-marine ou qui a déjà les palmes ! On était tout le temps dans l'eau et on faisait aussi de la voile, de la planche à voile... Et après l'armée, j'ai perdu mes parents et j'ai travaillé dans la pétrochimie à Martigues. Cela ne me plaisait pas mais je devais gagner ma vie et j'ai commencé à plonger davantage parce que j'étais en 3/8. Puis, j'ai travaillé comme un scaphandrier parce que cela me plaisait d'être dehors, en pleine nature. La découverte de la grotte a été la cerise sur le gâteau.

C'est un monde à part quand même ces profondeurs. La grotte est à 37 mètres de fond !

Oui, c'est un autre monde d'aller voir sous l'eau. Mais je suis curieux, autodidacte pour des tas de choses. C'est connaître un peu les mers du monde. Parce qu'il n'y a pas que la Méditerranée. J'ai plongé en Bretagne et dans le monde entier.

De toutes façons, être toujours entouré de monde n'est pas dans ma nature. Après, j'ai découvert la biologie marine en rencontrant un jour le directeur scientifique de Paul Ricard à l'époque, Nardo Vicente, qui m'a énormément appris sur ce que je trouvais. Comme des petites bestioles qu'il n'avait jamais vu ! (rires)

Que pensez-vous pour finir de la réplique qui ouvre au public ?

La région a choisi de faire la grotte dans ce bâtiment et il a fallu un peu réduire la grotte parce qu'elle ne rentrait pas tout entière. Ceci dit, certains endroits ne valaient pas la peine d'être reconstitués parce qu'il n'y avait que de l'eau et quelques piliers. Mais ce lieu, je le trouve bien. D'abord, grâce aux infrastructures routières, autoroutières et le reste autour. Le bâtiment avait été fait par l'ancien président de la Région, rien n'y avait été fait, et son entretien coûtait un argent monstre.

Aujourd'hui, cette réplique est vraiment bien ressemblante au niveau des peintures et il n'y a pas besoin de crapahuter sept mètres de dénivelé dedans ou de ramper sur le dos pour voir les peintures. C'est à la portée du regard. C'est fantastique. Et dans la partie haute où se trouvent les animaux de l'époque mis en place avec les grands bisons, le roc, l'orignal, il y a tellement de lumière, on voit tout Marseille. Cela apporte de la valeur à ce bâtiment, la visite est spacieuse et et c'est beau. On voit la mer, jusqu'à l'Estaque, la cathédrale à côté et la Bonne Mère.

Vue extérieure de la réplique de la grotte Cosquer dans la Villa Méditerranée, en plein coeur de Marseille, le 24 juin 2021.
Vue extérieure de la réplique de la grotte Cosquer dans la Villa Méditerranée, en plein coeur de Marseille, le 24 juin 2021.
© Getty - Patrick Aventurier
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