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Malaise persistant à l’hôpital : "On nous apprend à détecter un burn-out chez nos collègues"

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Dans toute la France, il y a eu 209.000 manifestants selon le ministère de l'Intérieur,  et 400.000 d'après la CGT, ce mardi.
Dans toute la France, il y a eu 209.000 manifestants selon le ministère de l'Intérieur, et 400.000 d'après la CGT, ce mardi.
© Radio France - Lise Verbeke

Les fonctionnaires ont manifesté ce mardi dans toute la France, à l’appel de neuf syndicats. Parmi eux, des infirmiers, aides-soignants, kinés, psys dans les hôpitaux, qui dénoncent un manque de moyens de plus en plus grave selon eux.

21% des fonctionnaires travaillent dans la Fonction publique hospitalière. Ce sont les salariés des hôpitaux, des établissements d'hébergement pour personnes âgées et d'autres établissements médico-sociaux. Ce mardi, les blouses blanches dans le cortège étaient nombreuses pour manifester notamment contre la suppression de 120.000 postes d'ici la fin du quinquennat Macron, contre le gel des rémunérations et contre le rétablissement d'un jour de carence en cas d'arrêt maladie. Mais au-delà de cela, le malaise est bien plus profond et persistant : les fonctionnaires dénoncent un manque de moyens humains et matériels, qui les fragilisent au quotidien dans leur travail.

« A l’école, on nous apprend à être bien-traitant, mais aujourd’hui, nous sommes maltraitants »

Les mots employés pour exprimer le ras-le-bol sont durs, mais Martine les assume.
Les mots employés pour exprimer le ras-le-bol sont durs, mais Martine les assume.
© Radio France - Lise Verbeke

Barbara est aide-soignante dans un Ephad en Ile-de-France. Elle y travaille depuis plus de 15 ans, et voit ses conditions de travail se dégrader de plus en plus. Agrafé à son gilet jaune fluo, pour la manifestation de ce mardi, une affiche : "Une toilette en 6 min. je suis pas fainéante, je suis maltraitante".

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« Notre journée commence à 7 heures, on essaye d’abord de réveiller les personnes âgées doucement, puis on sait qu’on a 6 minutes pour eux : pour faire la toilette, habiller, manger, donner les médicaments. Comment voulez-vous faire ? », dénonce la jeune femme. A la frustration et l’impression de mal faire son travail, s’ajoute les difficultés physiques pour elle : « on a beaucoup de manutention, porter les personnes, les déplacer, moi j’ai des troubles musculo-squelettiques, certaines de mes collègues sont en épuisement professionnel, c’est très dur. »

Martine (à droite) et sa collègue, aide-soignantes dans un hôpital psychiatrique près de Paris
Martine (à droite) et sa collègue, aide-soignantes dans un hôpital psychiatrique près de Paris
© Radio France - Lise Verbeke

« Dans la santé, il y a de plus en plus de suicides »

Martine est aide-soignante dans un hôpital près de Paris. Chaque jour, elle s’occupe de personnes en détresse, « on accueille beaucoup de personnes en déficit mental, drogue, alcoolisme, et puis on voit de plus en plus de personnes sans domicile fixe, personne ne veut les prendre en charge, alors ils viennent chez nous. Il y a de moins en moins de médecins, on tente de faire face comme on peut, mais plus ça va, moins on a de personnel ». Pour Martine, la situation est très critique, à tel point qu’elle cite des collègues qui ont mis fin à leurs jours . "Ce qu’on oublie de dire, c’est que dans la santé, il y a de plus en plus de suicides, on en parle pas car on ne le voit pas."

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Gilles est étudiant infirmier en deuxième année. Il participe à la manifestation, inquiet pour son avenir.
Gilles est étudiant infirmier en deuxième année. Il participe à la manifestation, inquiet pour son avenir.
© Radio France - Lise Verbeke

« On nous apprend à détecter un burn-out chez nos collègues »

Gilles est étudiant infirmier à Paris. Il est en deuxième année. Il a voulu faire ce métier « pour aider les autres, à l’hôpital, je m’y sens bien, je soigne tout le monde, peu importe sa classe sociale, sa couleur de peau, s’il a ou non une carte vitale, c’est ça que j’aime dans ce boulot ». Le jeune homme a bien conscience de la réalité de son métier : « les formateurs nous préviennent que les conditions de travail sont difficiles, et que ça ne va pas aller en s’améliorant. Et puis quand on fait des stages, on voit un certain mal-être chez nos collègues, et ça, ça fait peur. » Dans sa formation, il suit des cours un peu particulier : « on apprend à détecter le burn-out chez nos collègues, mais aussi pour nous-mêmes. On a aussi des rendez-vous dans l’année avec des psychologues, il y a un gros suivi. »