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Mannequin, histoire d'un mot : du "petit homme" au "top model"

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Carla Bruni, Claudia Schiffer, Naomi Campbell, Cindy Crawford et Helena Christensen au défilé Versace, à Milan, 22 septembre 2017
Carla Bruni, Claudia Schiffer, Naomi Campbell, Cindy Crawford et Helena Christensen au défilé Versace, à Milan, 22 septembre 2017
© AFP - Miguel Medina

Vidéo. Savez-vous que le mot mannequin vient du néerlandais ? Il signifiait au Moyen Age "petit homme", avant de devenir synonyme de "sosie", puis de "top model". En cette "fashion week", découvrez l'histoire de ce mot, révélatrice de l'incroyable ascension de cette figure clé de notre modernité.

Voici l'histoire du mot "mannequin", du Moyen Âge à aujourd'hui. 

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Des hommes, des poupées et des cintres 

Le mot mannequin vient du néerlandais mannekijn et signifie “petit homme”. Au Moyen Âge, quand la Flandre était le centre de la couture, il était interdit aux femmes de paraître en public. La fonction de montrer les nouvelles créations incombe donc aux pages, aux mannequins, ces “petits hommes”.  

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Le "mannequin-poupée de mode" est créé au 16e siècle, poupée miniature qui porte vêtements et costumes. En 1750 apparaissent les premières silhouettes en osier, de bois ou de cire, sur lesquelles le couturier fabrique ses pièces. Vers 1775, le mot désigne aussi une personne sans caractère que l’on mène comme on veut. 

L'invention du mannequin vivant ou l'essor de la haute couture

En 1858, l'Histoire retient que le couturier Charles Frédéric Worth invente le mannequin vivant : il présente sur sa femme des modèles en mouvement à ses clientes. Appelées “sosies”, réduites à de simples portemanteaux, ces poupées vivantes sont le double des clientes et sont tenues de s’effacer au maximum derrière le vêtement. 

Au milieu 19e siècle, les mannequin sont des couturières, des vendeuses qui posent sans souci de séduction, pour des photos servant aux dessinateurs des revues de mode.  

Au début du 20e siècle, le terme sort du jargon du métier pour entrer dans le langage courant : on dit dorénavant aussi “la mannequin”. 

Jeune femme employée par un grand couturier, un créateur pour la présentation des collections au public. Modèle. Le Petit Robert - 1907

Avant d'enfiler les vêtements, le corps de ces femmes est masqué d’un fourreau noir, qui les distinguent des clientes, dépersonnalise le vêtement, et le protège de corps perçus comme sales. 

Ces mannequins qui mettent leur corps à disposition, que les clients peuvent toucher, sont souvent assimilées à des prostituées. 

Dans l’entre-deux-guerre, le mannequin évolue du sosie au mannequin-image. L’activité se valorise.
Les mannequins sortent de l’anonymat : on appelle par leur prénom, des diminutifs souvent inventés : “Colette”, “Bettina”, Capucine” “Twiggy”. 

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Le temps de la professionnalisation 

En 1928, la première école de mannequinat d’Europe est créée en Angleterre : le Lucie Clayton College. Certaines mannequins connues sont demandées par les photographes et les producteurs de cinéma. Le terme désigne aussi la “cover girl” des magazines. 

Le terme commence à caratériser un métier, le statut se professionnalise. Non seulement les mannequins ont un prénom, mais elles acquièrent aussi un nom, signé au bas des contrats. 

En 1949, Lisa Fonssagrives, la femme du photographe Irving Penn, est la première mannequin à faire la couverture du magazine Time. 

Dans les années 1960, révélées par les couturiers ou les photographes, les mannequins se font muses, reconnaissables, mais modelables. 

La distinction est alors nette entre les modèles ou “cover-girls”, posant de façon statique, et les mannequins appartenant à la cabine d'un couturier, faisant essayages et présentations. 

De la muse pop au top model star

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Du simple reflet de la cliente, le mannequin devient la femme que les clientes veulent imiter, archétype esthétique. 

Dans les années 1960-1970, l’image du mannequin intègre le milieu créatif, de la musique, de l’art. Elle peut être une source d’inspiration en tant qu’elle-même, comme le montre la relation entre Andy Warhol et la mannequin et Edie Sedgwick. 

Avec les années 1980, apparaissent parmi les mannequins les “top models”, ou “supermodels”. 

Plus besoin de nom de famille pour les identifier : Linda, Naomi, Cindy… Des photographes démiurges comme Lindbergh et ou Meisel créent les supermodels. Liées à une industrie de la mode florissante, ces mannequins stars volent la vedette au créateur.  

Dans les années 1990, en réaction, se développent des profils de mannequins qui permettent une identification plus large, comme Kate Moss. 

Sur les podiums des défilés d'Issey Miyake en 1995 ou de Dries van Noten en 1996, des beautés moins uniformisées sont valorisées. 

Aujourd’hui, le terme garde sa part de rêverie, malgré la révélation de conditions de travail scandaleuses, d’abus de pouvoir de certains photographes, et les ravages de l'anorexie.

Pour quelques unes qui réussissent, la concurrence est rude, notamment via les “Instagirls”, comme Gigi Hadid, qui, par Instagram et les réseaux sociaux, entrent dans une course effrénée à la célébrité.

Sources :

“Dictionnaire de la mode au XXe siècle” (Editions du Regard) ; Exposition “Mannequin : le corps de la mode”, Palais Galliera- musée de la mode, et les historiennes et historiens Sylvie Lecallier, Morgan Jan et Frédéric Bourdellier. 

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