Publicité

Marcel Proust, côté paperolles (1/2)

Par
Marcel Proust et ses paperolles
Marcel Proust et ses paperolles
- Hélène Combis

Ce 26 avril, des lettres inédites de Proust sont mises en vente à Drouot. L'occasion de se pencher sur d'autres manuscrits du célèbre écrivain : ceux de la "Recherche du temps perdu", ornementés de quantité de "paperolles", des papiers collés sur les pages pour enrichir le premier jet d'écriture.

Ce 26 avril, le bibliophile Jean Bonna met en vente à Drouot une partie de son immense collection de livres et manuscrits historiques. Parmi ces documents, des lettres inédites de Marcel Proust (dont l'une, dans laquelle l'écrivain évoque le bruit des ébats amoureux de ses voisins, a d'ores et déjà beaucoup fait parler d'elle sur la Toile).

En octobre 2013, à l'occasion du centenaire d'A la recherche du temps perdu, nous consacrions un reportage aux manuscrits de cette oeuvre monumentale, et plus particulièrement aux "paperolles" que Proust collait sur ses cahiers initiaux pour faire des ajouts à son récit. Car n'oublions a pas qu'avec ses sept volumes et son million et demi de mots, cette oeuvre figure dans le Livre Guinness des records en tant que roman le plus long. Et c'est loin de rebuter le lectorat.

Publicité

Marcel Proust, côté paperolles (1) / Marcel Proust, côté paperolles (2)

En 1913, pas de logiciels de traitement de texte. C'est donc grâce à de petits morceaux de papier appelés "paperolles" et collés sur ses feuillets initiaux qu'au grand désespoir des imprimeurs, l'écrivain retouchait incessamment A la recherche du temps perdu pour mieux tisser le long fil de la mémoire. Rencontre sur fond de bruissements de papier, avec Guillaume Fau, conservateur au Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Nous avons également tendu notre micro à Jean-Yves Tadié : s'il commence en évoquant l'environnement de travail concret de Marcel Proust, le directeur de la publication de Proust en Pléiade (1987) nous éclaire ensuite sur ce que nous disent les paperolles de l'écriture et de la narration proustiennes :

Écouter

2 min

Carnets, cahiers, épreuves corrigés... : les trésors d'un fonds Marcel Proust

Rue Vivienne, dans le deuxième arrondissement de Paris, janvier 2013. Travaux de rénovation obligent, c'est dans des préfabriqués installés sur le "quadrilatère Richelieu", l'un des deux sites principaux de la Bibliothèque nationale de France (BnF), que rendez-vous est pris avec Guillaume Fau, conservateur au Département des manuscrits.

Guère d'apparat donc, mais qu'importe le flacon : le lieu héberge, pour aujourd'hui seulement, les manuscrits de "l'oeuvre-cathédrale " de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, en transit vers l'étranger à l'occasion du centenaire de sa publication.

Les carnets de Marcel Proust
Les carnets de Marcel Proust
- Hélène Combis-Schlumberger

L'essentiel du fonds des manuscrits de Proust est arrivé à la BnF il y a un demi-siècle, en 1962, soit quarante ans après la mort de l'écivain : la nièce de ce dernier, Suzy Mante-Proust, fille du frère de Marcel, Robert, fait un généreux don qui permet à la BnF d'inaugurer le fonds au Département des manuscrits : cahiers de brouillon de la Recherche , manuscrits d’œuvres de jeunesse, articles, papiers scolaires etc. Le travail de classement et de restauration qui s'ensuit est important, particulièrement pour les cahiers arrivés dans un état véritablement préoccupant : "Ils contenaient tellement de paperolles que leurs coutures avaient éclaté. Il a fallu les restaurer pièce par pièce. " confie Guillaume Fau.

Au début des années 1970, la même Suzy cède à la BnF un petit reliquat de fragments, paperolles et correspondances, resté sa propriété.

Enfin, en 1983, l'institution fait l'acquisition, par dation, de dix cahiers de brouillon de la Recherche qui appartenaient jusque-là à un collectionneur privé.

Ces cahiers, pour quelqu'un qui ne les connaît pas, sont très mystérieux. On ne savait pas du tout au début, dans quel ordre les lire. C'est à partir des travaux d'un grand savant japonais, Yoshikawa, effectués dans le cadre de sa thèse sur la genèse de La Prisonnière, que l'on a découvert une méthode de classement des cahiers. Jean-Yves Tadié

Le fonds n'est pas exhaustif, mais il s'agit du gisement majeur des manuscrits proustiens. Certains fragments d’épreuves corrigées sont néammoins conservés dans différentes collections publiques, à la bibliothèque patrimoniale Jacques Doucet, à Paris, à la Fondation Bodmer, à Genève, ou encore à l'Université d'Illinois, près de Chicago, où l'on trouve un fonds de correspondances et documents divers.

Qui, aujourd'hui, peut consulter ces documents d'une valeur inestimable (le fonds n'a pas de valeur marchande, il est absolument inaliénable et incessible) ? Guillaume Fau :

Écouter

1 min

Depuis le chantier de numérisation Gallica (nom de la bibliothèque numérique de la BnF), il est également possible de se pencher de près sur les manuscrits de Proust, scannés en haute-définition pour la Toile.

Des carnets de notes aux placards corrigés : la méthode de travail de Proust, pas à pas

Quatre boîtes. Dans la plus petite, les carnets de notes de Marcel Proust...

Guillaume Fau, conservateur à la BnF, avec les manuscrits de Proust
Guillaume Fau, conservateur à la BnF, avec les manuscrits de Proust

Dans une salle étroite où nous guide Guillaume Fau, au centre d'une table et sous la lumière flavescente des ampoules, quatre boîtes cartonnées empilées... : les carnets de notes, cahiers de brouillon, dactylographies et épreuves corrigées du premier tome de la Recherche , Du côté de chez Swann . Précieux échantillon.

"Il faut commencer par la plus petite boîte ", nous apprend le conservateur. Et pour cause, celle-ci contient les premiers carnets de notes de Marcel Proust, témoins des tout débuts de l'écriture proustienne puisqu'ils datent de 1907-1908-1909 et 1910, environ.

A l’époque, Proust n’a pas encore le plan précis de ce qui deviendra la Recherche. Il songe à un ouvrage sur Sainte-Beuve et prend des notes. Mais certains passages contiennent déjà des éléments qui seront repris et développés par l'écrivain dans certains volumes d’A la Recherche du temps perdu. Guillaume Fau

Écouter

3 min

Dans les cahiers de brouillon, de premières paperolles font leur apparition

Dans une boîte à peine plus grande que celle protégeant les carnets, l'un des soixante-quinze cahiers de brouillon de Du côté de chez Swann . On y trouve notamment les premières paperolles élaborées par l'écrivain, ces fameuses bandes de papier collées sur les pages, permettant d'apporter des modifications au texte initial [diaporama sonore] :

"Les paperolles peuvent être comparées aux différentes couches picturales d'un tableau. Avons-nous besoin de connaître les ratures et les ajouts du peintre pour admirer le tableau ? Certainement pas. En revanche, pour comprendre le travail du peintre, là c'est intéressant." Jean-Yves Tadié

Les manuscrits de Proust regorgent de paperolles. L'écrivain est-il l'inventeur de cet ingénieux système de traitement de texte (hypertexte avant l'heure ?) ?

Écouter

1 min

SUITE DU REPORTAGE