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Marilyn à l'épreuve de la toile

Par

Melinda Mason
Melinda Mason

Popularisé à la fin des années 90 – soit plus de trente ans après la mort de Norma Jeane/Marilyn Monroe – avec l’avènement du web, internet a sans nul doute contribué à mondialiser le phénomène Marilyn. Il serait presque vain aujourd’hui de prétendre adopter un regard exhaustif sur la Monroemania qui sévit sur la toile tant les blogs, les sites et les forums concernant l’icône sont nombreux, et leurs contenus variés. En bref, l’on trouve tout et son contraire, mais même les productions les plus rocambolesques témoignent de la relation/appropriation très particulière qu’entretiennent les fans avec feu Marilyn qui devient, sous leurs regards, une icône de la souffrance, de la beauté, du féminisme… Marilyn est bel et bien devenue un mythe, et reste en cela malléable et intemporelle. Pour s’en assurer, il suffit de visionner les multiples montages vidéo, fonds d’écran, tatouages ou photographies dans lesquels les fans se mettent en scène pour rendre hommage à leur idole.

Des lieux d'échanges codifiés

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Ces excentricités prêtent à sourire mais ne sont en rien représentatives de la culture fan qui s’est développée sur le web autour de la star. Mondialisant le phénomène Marilyn, Internet a permis à des inconditionnels et autres monomaniaques sympathiques de s’organiser en communautés, de partager et d’échanger sur leur passion commune. Ces admirateurs y trouvent différents bénéfices. Melissa, dont le portrait est présenté sur le blog Divine Marilyn, explique ce bouleversement : « *Internet n’a rien changé en rapport avec ma passion sur Marilyn. Il me permet d’enrichir ma collection, d’apprendre des choses sur Marilyn que j’ignorais * ». Dans un autre portrait, Mary s’exprime sur sa position de fan : « *Etre fan, c'est SURTOUT ne PAS être FANATIQUE. C'est aimer un artiste dans le domaine du raisonnable, sans vivre sa vie par procuration. […] La plupart des personnes que je côtoie (à part les amis proches) ignore ma passion, parce que je ne les bassine pas toute la journée avec ! * ».

Lorsqu’on navigue un tant soit peu sur la Monroesphère, il apparait assez vite qu'une hiérarchisation existe au sein même de la communauté fan. Le forum De Norma Jeane à Marilyn Monroe, dont l'accès est resteint, explique ainsi lutter contre « le nombre croissant de membres fantômes avec des pseudos abracadabrants », et stipule dans son règlement qu'*« Une non présentation et participation entraîneront un re-verrouillage des posts * ». La canadienne Melinda Mason, auteur du site Marilyn Monroe and the Camera, se plaint quant à elle de ces nouveaux "fans", apparus suite à la diffusion d'une mini-série basée sur la fiction Blonde de Joyce Carol Oates : « […] Beaucoup de ces fans ne réalisent pas que ce livre, et la mini-série qui lui est associée, a inventé des parties de la vie de Marilyn ».

Un archivage presque maniaque

Etre un fan, un vrai, relève donc du sérieux. Le site français Cursum Perficio - Ici s’achève mon chemin en latin –, dont l’inscription se trouvait sur le porche de l’unique maison de Marilyn, est un bel exemple de ce à quoi l’investissement d’un fan peut aboutir. Christelle, son auteur, a reconstitué au fil de ses nombreuses lectures la vie de son idole, année après année, mois après mois. D'autres, comme le site aux multiples contributeurs Immortal Marilyn, ont entrepris un vrai travail d'archivage et de classification sur à peu près tout ce qui concerne, de près ou de loin, la vie de l'actrice : s'y trouvent une grande partie des ouvrages concernant l'icône, la vie de ses différents photographes, les prix qui lui ont été décernés, mais également des portraits, vidéos, critiques d'ouvrages réalisés par les membres du site, ainsi que des photographies de fleurs que certains fans lui envoient toujours pour l'anniversaire de sa mort, de sa naissance, pour la Saint Valentin ou Noël. Mais c'est avant tout la volonté de restituer la vie de Norma Jeane/Marilyn dans son authenticité qui semble servir de leitmotiv aux fans les plus actifs sur le Web. Nombreux sont les invétérés de Marilyn qui s’attachent à distinguer le vrai du faux, et à montrer, parfois preuve à l’appui, que l’icône n’avait pas six doigts de pieds (!), qu’elle n’est pas l’actrice principale du film pornographique originellement nommé Apples, Knockers and the Coke Bottle , ou encore qu’elle n’a pas inspiré le personnage de la Fée Clochette.

Pas de quoi, cependant, parler de réelle démythification, car ce sont bien la défense et la préservation de l’artiste qui sont à l’honneur et ce, quitte à parfois omettre, ou sous-représenter, certains détails de son existence. On pourra ainsi s’étonner de ne trouver que peu d’éléments sur son recours à la chirurgie esthétique, étape qui semble pourtant fondamentale pour cette actrice qui ne savait plus qui, de Norma Jeane ou de Marilyn, elle devait être.

Marilyn, une icône alimentée par ses fans ?

A vrai dire, l’histoire de Norma Jeane Baker regorge tant de matériaux romanesques qu'il est devenu presque impossible de dissocier parfaitement les faits des légendes. Enfant abandonnée, abusée, devenue sex-symbol d’une génération avant de décéder dans de mystérieuses circonstances, Marilyn Monroe a tout d'une héroïne tragique des temps modernes. Qu'ils s'identifient à son parcours, à ses faiblesses ou qu'ils admirent son aura, ses fans continuent à faire vivre sur la toile les multiples facettes de l'icône.

Cette Monroemania ne fait que poursuivre ce qui avait commencé au début de sa carrière. Dans les années cinquante, alors que la starlette n’a à son actif qu’une douzaine d’apparitions dans des comédies américaines, la Twentieth Century-Fox commence à recevoir des lettres à son sujet – environ trois mille chaque semaine, dont on peut supposer qu'elles lui ont favorablement servi à obtenir des rôles plus importants. Quelques années plus tard, après les succès notables des Hommes préfèrent les blondes , Comment épouser un millionnaire ? et Sept ans de réflexion ,le studio devra faire face à la réception de plus de vingt mille courriers hebdomadaires.

De son vivant, Marilyn est toujours restée lucide quant à sa relation avec ses fans : « *[S]i je suis une star, c’est au public que je le dois. Pas au studio qui m’employait, mais au public * ». Et si, cinquante ans après sa mort, son mythe n’a pas pris une ride, c’est en grande partie grâce à leur passion, leur folie, qui ne désemplit pas. Preuve en est : dimanche 5 août 2012, comme tous les ans depuis trente ans, un memorial service organisé par le Club Marilyn Remembered au cimétière Westwood va réunir des fans venus du monde entier.

Un montage vidéo de tatouages de fans :

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** > Marilyn en vidéo
Le Club Marilyn Remembered

Le blog Divine Marilyn

Le forum De Norma Jeane à Marilyn Monroe

Le Site Marilyn Monroe and the camera

Le site Cursum Perficio

Le Site immortal Marilyn

Le blog Danamo's Marilyn Monroe Pages