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Mark Zuckerberg et les données personnelles : quinze années d'excuses

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Mark Zuckerberg face au Sénat américain le 10 avril 2018. Pour s'excuser pour la première fois à ce niveau, le patron de Facebook a troqué son habituel tee-shirt pour un costume-cravate
Mark Zuckerberg face au Sénat américain le 10 avril 2018. Pour s'excuser pour la première fois à ce niveau, le patron de Facebook a troqué son habituel tee-shirt pour un costume-cravate
© Getty - Matt McClain/The Washington Post

Après le Congrès américain, Mark Zuckerberg a présenté ses excuses devant le Parlement européen. Le PDG de Facebook l'a fait à de nombreuses reprises, sans vraiment changer de politique sur la sécurité des données personnelles des utilisateurs. Flashback, avant même la création du réseau social.

Mark Zuckerberg s'excuse depuis presque quinze ans. Comme l'a souligné l'eurodéputé belge Guy Verhofstadt lors de son audition devant le Parlement européen, le PDG de Facebook l'a fait une quinzaine de fois depuis la création de son réseau social, et déjà trois fois depuis le scandale Cambridge Analytica.

Beaucoup d'excuses, mais peu de changements sur la politique concernant les données personnelles d'une plateforme qui se vante de regrouper 1,449 milliard d'utilisateurs actifs quotidiens. Quand ces excuses se font, c'est au rythme des scandales. 

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2003, Facesmash et les prémices

Un an avant Facebook, il y a eu Facesmash. Un site internet développé par Mark Zuckerberg alors qu'il est en deuxième année à Harvard. Il "aspire" toutes les photos des étudiants sur l'intranet de l'Université pour les faire évaluer par ses camarades sur des critères de beauté. Cela fait scandale à Harvard, aucun étudiant n'ayant donné son consentement pour l'utilisation de sa photo. Le développeur de 19 ans est amené à présenter des excuses, les premières d'une longue série.

J'espère que vous comprenez, ce n'est pas ainsi que je voulais que les choses se déroulent. Je m'excuse pour le mal que j'ai pu faire, résultat d'une négligence de ma part sur la viralité extrêmement rapide du site et ses conséquences.                                
Mark Zuckerberg

2006, le fil d'actualité sans consentement

Facebook lance un nouvel outil après deux ans d'existence : le "newsfeed", ou fil d'actualité. Un modèle qui va vite s'imposer sur tous les autres réseaux sociaux. Il provoque aussi le premier problème de gestion des données personnelles pour la firme américaine. Désormais, toutes les informations personnelles de ses presque huit millions d'utilisateurs de l'époque sont diffusés au même endroit, le nouveau fil d'actualité. Y compris les relations amoureuses. La communauté se plaint alors de ne pas avoir été prévenue de ce changement, pensant que les informations confiées à Facebook resteraient confidentielles. Le cofondateur et PDG du réseau est contraint aux excuses. 

Nous avons vraiment échoué sur ce coup... Nous avons fait un mauvais travail d'explication sur ce que sont les nouvelles fonctionnalités et un pire travail encore à vous en donner le contrôle.                              
Mark Zuckerberg 

2007, publicité ciblée

Mark Zuckerberg provoque de nouveau la colère de certains de ses utilisateurs l'année suivante, en lançant la publicité ciblée sur Facebook. Un nouveau programme, nommé Beacon, partage publiquement sur le réseau social les achats faits en ligne par ses utilisateurs, sans leur consentement. La chose est d'autant plus surprenante que ces informations proviennent de sites tiers, et que les utilisateurs n'ont pas conscience de livrer ces informations à Facebook.
50 000 personnes signent une pétition demandant à Facebook de respecter la vie privée de ses utilisateurs. Un recours collectif en justice est lancé et aboutira à un paiement par la société de 9 millions et demi de dollars pour régler la poursuite. 

Il faudra attendre 2009 pour que le réseau social abandonne définitivement Beacon. Mark Zuckerberg affirme alors que Facebook va s'améliorer sur la méthode, assurant qu'il n'est "pas fier de la manière dont [ils ont] géré la situation." L'année suivante pourtant, il ne communique qu'à quatre reprises. Quatre fois pour présenter des excuses face à la colère de certains utilisateurs.

2009, la suppression impossible de ses données

Sur la manière de faire, pourtant, rien ne semble changer en 2009. Les conditions d'utilisation sont modifiées et affirment désormais que les données des utilisateurs ne sont pas supprimées lorsqu'ils quittent Facebook. Cela créé un nouveau scandale, et les excuses de Mark Zuckerberg ont des airs de déjà-vu.

Nous ne possédons pas les données des utilisateurs, ils possèdent leurs données. Nous n'avons jamais eu l'intention de donner cette impression et on se sent mal de l'avoir fait.            
Mark Zuckerberg 

Le PDG ne règle pas pour autant la question. Dans sa réponse, il demande aux utilisateurs de lui faire confiance, sans déterminer qui possède vraiment les données entre le réseau social ou ses utilisateurs. Ce n'est qu'en mars 2018 avec le scandale Cambridge Analytica que Facebook propose à ses utilisateurs une option pour supprimer ses données.

En janvier 2010, Mark Zuckerberg fait sensation en déclarant en quelque sorte que la vie privée appartient au passé : 

Les gens sont à l’aise, non seulement avec le fait de partager plus d’informations différentes, mais ils sont également plus ouverts, et à plus de personnes. La norme sociale a évolué ces dernières années. (...) Les gamins se sont toujours préoccupés du respect de leur vie privée, c'est juste que ce qu'ils entendent par 'vie privée' est très différent de ce que cela représente pour les adultes.        
Mark Zuckerberg, interrogé par Michael Arrington, de Techcrunch

2011, sous la contrainte, Facebook réagit

Il faudra attendre sept ans d'existence du réseau social pour qu'il fasse évoluer sa politique sur la protection des données personnelles. Cela vient d'une pression de plus en plus forte de la FTC, ou Commission fédérale des consommateurs. Il s'agit d'une agence fédérale américaine chargée de faire respecter les droits des consommateurs. La FTC a reçu de nombreuses plaintes et propose un règlement à l'amiable avec la firme. L'agence fédérale auditera Facebook tous les deux ans pendant 20 ans sur la question des données personnelles, et Mark Zuckerberg est contraint de prendre des mesures drastiques. 

Facebook demande désormais le consentement à ses utilisateurs pour tous changements ou nouvelles fonctionnalités. Chaque utilisateur décide quelles informations il rend publiques ou non. Mark Zuckerberg explique alors que son entreprise a fait "un paquet d'erreurs", faisant référence aux événements de 2007 et 2009. Mais il jure que son réseau a pour objectif d'"offrir le plus de contrôle possible à ses utilisateurs".

Celui qui est alors considéré par beaucoup comme une "rock star" en jean t-shirt gris dément vouloir ouvrir sa plateforme aux moins de 13 ans lors d'un e-G8, à Paris.

Mars 2018, le scandale Cambridge Analytica avant les excuses au Congrès américain

Cambridge Analytica, une entreprise de marketing politique, est accusée d'avoir siphonné les données de dizaines de millions d'utilisateurs de Facebook. Des données qui auraient servi à influencer le Brexit et la campagne présidentielle américaine de 2016, entre autres. C'est le plus grand scandale auquel est confronté le réseau social en quinze ans. Mark Zuckerberg met cinq jours à sortir du silence pour finalement reconnaître qu'il n'a "pas réussi à protéger les données de ses utilisateurs". L'entreprise donne le sentiment qu'elle a enfin pris conscience du problème et fait en sorte de corriger ses lacunes. 

Facebook annonce une série de nouveaux outils pour mieux contrôler ses informations personnelles et pouvoir les supprimer par exemple. Des demandes formulées par des associations depuis plus de dix ans.

Pour la première fois, les 10 et 11 avril, costume sombre et cravate bleu ciel, le multimilliardaire de 33 ans doit très longuement répondre aux questions de parlementaires américains, en particulier 44 sénateurs. Il ne cède rien sur le fond et botte souvent en touche, renvoyant à des précisions à venir de ses collaborateurs. Mais là encore, il commence par ses mots : "C'était mon erreur, et j'en suis désolé."

Au Congrès, il commence par présenter ses excuses. Puis, il fait face à un flot de questions, auxquelles il ne sait ou ne veut pas répondre. Reportage de Grégory Philipps

1 min

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Mai 2018, les excuses européennes

Zuckerberg a besoin de la confiance des Européens et vient la chercher en répondant à une invitation du Parlement européen. Les eurodéputés en profitent pour lui rappeler l'attachement de l'Union à la protection des données personnelles, notamment avec le RGPD, règlement qui doit entrer en vigueur le 25 mai, soit deux jours après sa visite. 

Mais le PDG et son équipe (im)posent d'abord une audition à huis clos, avant de ne répondre en direct en ligne que très vaguement aux questions, pourtant très nombreuses et précises des députés européens. 

Nous n’avons pas pris la mesure de nos responsabilités : c’est une erreur, je la regrette et je m’en excuse. Mark Zuckerberg

Son mea culpa, similaire à celui fait devant le Congrès américain, ne convainc pas les élus. Pire, il décide de mettre lui-même fin à son audition, ce qui provoque leur colère. 

Les eurodéputés ressortent déçus de leur entretien avec Mark Zuckerberg. Reportage de Joana Hostein

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Il promet de fournir une réponse écrite à toutes les questions qu'il a laissées sans réponse. La même promesse avait été faite aux parlementaires américains, qui attendent encore.