La destructoin des Créneaux
La destructoin des Créneaux

Marseille en trois photos par Yohanne Lamoulère

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Marseille en trois photos par Yohanne Lamoulère

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Photographie | Après l'effondrement de deux immeubles dans le centre-ville populaire de Marseille, c'est toute l'urbanisation de la cité phocéenne qui est remise en question par ses habitants. Une urbanisation au cœur du travail de la photographe marseillaise Yohanne Lamoulère.

Depuis 2009, la photographe  Yohanne Lamoulère saisit dans son objectif des éléments de la réhabilitation urbaine marseillaise, "un rouleau compresseur" selon ses propres mots. Dans sa première monographie _Faux bourg_s aux éditions Le Bec en l’air, la photographe nous ouvre les yeux sur son Marseille, celui des immeubles qui tombent et d'une jeunesse dont la beauté mérite d'être photographiée.

Yohanne Lamoulère : "Les élites marseillaises voulaient nous faire avaler que le Marseille de demain était celui-là, et que celui qui était en train de s’effondrer, de la même manière que les immeubles s’effondrent aujourd’hui à Marseille,  c’est le Marseille qu’il faut éradiquer, le Marseille populaire."

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Quartiers Nord et quartiers riches

LA destruction des Créneaux
LA destruction des Créneaux
- Yohanne Lamoulère

"Aujourd’hui, cette image a un écho particulier parce qu’il y a un mois, on a vécu les effondrements de la rue d’Aubagne, donc pour chaque Marseillais, un immeuble qui tombe ça a une résonance différente aujourd’hui. À cette époque-là [2009], il s'agissait de documenter la réhabilitation urbaine. La réhabilitation urbaine à Marseille, c’est comme un grand rouleau compresseur qui marche sur la ville. Là c’est simplement l’habitat et la vie qui s’effondrent. Cette photo, elle est très pleine, il y a un immeuble avec toutes les couleurs des appartements, on voit la pince, et ce qu’on voit moins, c’est qu’en arrière-plan il y a la fin de la construction de la tour de Zaha Hadid qui est en fait le Marseille que les élites veulent nous faire embrasser. Donc les quartiers Nord sont en train de tomber, et la tour Zaha Hadid est en train de sortir de terre."

Une jeunesse marseillaise

Kada et Chaïma
Kada et Chaïma
- Yohanne Lamoulère

"Je me mets à développer une espèce d’obsession et je me dis : “il faut que je photographie cette fille.” C’est une photographie naturaliste dans le sens où je n’ai pas envie de transgresser la réalité à ce moment-là, ils sont là, la lumière est bien, je suis à peu près au bon endroit, je sais qu’il faut que je coupe l’horizon pour enlever les gens, le reste du monde et les isoler complètement dans mon cadre, il y a la couverture, on ne voit pas la chicha, on voit simplement la fumée. C’est juste un temps d’arrêt, je leur demande : “est-ce que vous pouvez vous arrêter pour que je puisse avoir le temps de faire cette photographie ?” Et en fait elle, elle regarde le monde, elle fume la chicha, c’est elle qui fume, c’est elle la femme."

La parade amoureuse

Abdou
Abdou
- Yohanne Lamoulère

"Ça faisait très longtemps que j’avais envie de faire une photographie qui symboliserait la parade amoureuse. Donc j’avais envie de photographier un jeune garçon sur un scooter, en train de faire une roue arrière pour raconter comment les garçons ont envie de se montrer dans l’espace public, et de le mettre en scène en lui mettant un tutu de danse pour insister sur la danse nuptiale. Ça c’était l’idée. Après, pour construire l’image, ça a été beaucoup plus compliqué que ça. Quand j’ai rencontré Abdou, je lui ai expliqué, ça a été de longues discussions, j’ai adoré ces discussions, sur la féminité, sur le genre, sur l’acceptation du tutu, la parade amoureuse... c’était d’accord, mais il ne fallait pas le faire dans son quartier, alors du coup on a fait la photo à Bassens. C’est un drive donc on peut acheter du shit en voiture, nous on s’est mis dans un coin où tous les gens passaient en voiture et voyaient Abdou avec son tutu sur le scooter, c’était assez drôle il y avait une vie extérieure à l’appareil photo. Et il pleuvait, pas de chance. Du coup la roue arrière me faisait un peu peur, j’ai demandé à Abdou si simplement il pouvait se mettre là pendant que je réfléchissais. Et le temps que je réfléchisse il s’ennuie donc il s'affaisse et il se pose sur son scooter et j’ai déclenché à ce moment-là. Le paradoxe de l’image, c’est la colère que l’on peut poser dans certains éléments : le scooter, le jeune, les chaussures de chantier, les habits streetwear, ce que l’on peut projeter comme mythologie sur ces éléments factuels et la douceur du regard."

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