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Marseille se rêve en capitale du cinéma et de la Méditerranée

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En dépit du manque de succès de la série Netfliw à qui la municipalité doit le panneau, en quelques années, Marseille est devenue un lieu de tournage très populaire.
En dépit du manque de succès de la série Netfliw à qui la municipalité doit le panneau, en quelques années, Marseille est devenue un lieu de tournage très populaire.
© AFP - Nicolat Tucat

Printemps Marseillais ? Future capitale de la Méditerranée ? Hollywood du Sud de la France ? Nouvelle ville créative ? Marseille cherche son identité. Enquête sur le terrain.

"Regarde. Quelque chose a changé. L'air semble plus léger. Tout s'est ensoleillé. C'est indéfinissable." Si la chanteuse Barbara était toujours vivante, elle pourrait transposer sa célèbre chanson de mai 1981 à Marseille. 

Depuis la victoire du "Printemps marseillais" aux Municipales de l’été 2020, suivie de la "réélection-permutation" surprise, six mois plus tard – il y a tout juste une année –, le 21 décembre 2020, de Benoît Payan comme maire de la ville, quelque chose se passe à Marseille. Il était temps ! 

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La ville se réveille ; les énergies se libèrent ; les médias et les collectifs alternatifs se multiplient ; les jeunesses artistiques et bobos parisiens reprennent le chemin de Marseille – capitale longtemps délaissée. Marseille est en train de vivre son printemps culturel. Sa Movida.

[ La longue enquête ci-dessous est le prolongement d’une émission diffusée sur France Culture et dont vous pouvez réécouter le podcast ici ]. 

1h 32

La gauche bouillabaisse

Depuis Gaston Defferre, véritable président de la République de Marseille pendant presque 35 ans, la ville de Marseille s’était comme endormie et sa politique culturelle se cherchait. Atomisée sous Robert Vigouroux, fossilisée sous le brejnévien Jean-Claude Gaudin, la ville se réveille aujourd’hui d’une longue sieste. 

Pour le meilleur et pour le pire, les Parisiens y débarquent en grand nombre : "le grand remplacement à Marseille, c’est davantage les Parisiens que les Comoriens", ironise Dominique Bluzet, le directeur des théâtres du Gymnase de Marseille, un pilier de la scène locale. Les artistes accourent aussi ; les collectifs créatifs se multiplient ; les squats sont légalement occupés ; les loyers flambent ; et on sent un nouveau vent de créativité se répandre partout dans la ville. 

Quel projet politique pour la culture à Marseille ? Capitale de la Méditerranée ou folklore provençal ? Cité hollywoodienne du cinéma, comme certains le souhaitent, prenant peut-être leurs désirs pour des réalités ? Future "Silicon Valley de l’Europe" et "porte du Web", comme on me le dit à la mairie, depuis l’arrivée d’un quatorzième câble numérique sous-marin qui relie Asie et Afrique à l’Europe via Marseille, et la multiplication des data centers dans la zone portuaire de la Joliette ?   

Politiquement, en tout cas, la rupture est déjà significative. Mouvement politique local et citoyen, le "Printemps marseillais", une gauche plurielle, parfois gauchisante parfois boboïsée, rassemble une partie de la société civile, le collectif de la rue d’Aubagne (constitué après l’effondrement de plusieurs immeubles en novembre 2018), l’essentiel du monde culturel, ainsi que, parfois en dissidence, parfois ralliés seulement du second tour, les Verts, le PS, le PC, la France Insoumise (sans Jean-Luc Mélenchon), Les Radicaux de gauche, Génération.s, un parti pirate, Place publique et même quelques anarchistes – forcément de gauche. Typiquement marseillaise cette coalition "gauche bouillabaisse" ! 

Pour l’instant, l’aïoli semble prendre : Benoît Payan tient sa majorité plurielle et le "printemps marseillais" est en train d’inventer un nouveau modèle politique pour la gauche française – ou pas. Car les tensions ne manquent pas. 

Les forces destructrices de Marseille sont toujours à l’œuvre : le syndicat FO qui paralyse l’administration ; la drogue et la violence qui désintègrent les quartiers Nord ; l’islamo-gauchisme qui infiltre jusqu’à certaines associations proches des entourages de certains élus de la France insoumise ou d'associations alliées de certains maires de secteurs.

Uni sur le Vieux Port, ce "Printemps marseillais" suscite déjà des divisions internes et une féroce opposition externe. La droite d’abord, incarnée par Martine Vassal (à qui France Culture a proposé à plusieurs reprises d’être interviewée pour notre enquête, comme du reste à Samia Ghali et à Jean-Luc Mélenchon, sans réponse de leurs équipes). Critique radicale également du Rassemblement National, ex-FN, qui a quand même réuni 20 % des voix au premier comme au second tour des Municipales. 

En juin dernier, ce sont plus de 1500 manifestants qui défilaient dans les rues de Marseille pour une "Marche des libertés" contre l'extrême droite.
En juin dernier, ce sont plus de 1500 manifestants qui défilaient dans les rues de Marseille pour une "Marche des libertés" contre l'extrême droite.
© Getty - Gerard Bottino

À gauche, alors que la France insoumise est dans la coalition municipale, Jean-Luc Mélenchon a fait bande à part. Le député parachuté était initialement hostile au "Printemps Marseillais" et plus encore à Benoît Payan contre lequel Mélenchon et ses amis ont exercé leur véto (ce qui explique qu’il ne fut initialement que premier adjoint). Depuis Paris, Mélenchon condamne les subventions d’Emmanuel Macron pour la ville, en mettant en porte-à-faux le maire et en suscitant de vives critiques jusque dans son propre camp. Les élus de la France insoumise lui reprochent d’avoir déserté la ville. Alors que la rue d’Aubagne est dans sa circonscription, il a délaissé le sujet du mal-logement. Sa suppléante à l’Assemblée nationale, Sophie Camard, a quitté les Insoumis, lesquels sont divisés au point que M. Mélenchon pourrait avoir une dissidente interne contre lui pour les législatives de 2022 dans sa propre circonscription du 1-7. Récemment, une enquête de Médiapart et de Mars Actu a évoqué son "rendez-vous manqué" avec Marseille et un "gâchis". Beaucoup pensent qu’il ne prendra pas le risque de se représenter "car il sera battu", commente un ancien député de Marseille ( Mediapart révèle aussi que M. Mélenchon n’a finalement pas loué d’appartement à Marseille, contrairement à ce qu’il a laissé entendre, et qu’il loge dans des Airbnb quand il séjourne à Marseille – rarement). Dominique Bluzet, le directeur des théâtres du Gymnase, pourtant situé dans la dite circonscription, m’indique quant à lui, sévère : "Mélenchon, je ne l’ai jamais vu à Marseille. Il y a des gens qui servent Marseille ; d’autres qui se servent de Marseille"

Le chef du parti d'opposition d'extrême gauche Jean-Luc Mélenchon, ici en meeting lors de l'université d'été 2018 de LFI, ne fait plus vraiment l'unanimité au sein de sa propre circonscription...
Le chef du parti d'opposition d'extrême gauche Jean-Luc Mélenchon, ici en meeting lors de l'université d'été 2018 de LFI, ne fait plus vraiment l'unanimité au sein de sa propre circonscription...
© Getty - Arnold Jerocki

Une autre opposition, plus modérée, existe aussi : d’abord au sein de La République en marche, qui se tient au calme depuis les voyages marseillais d’Emmanuel Macron : ses élus, qui sont hostiles par nature au Printemps marseillais, n’en reviennent pas de voir leur président bras-dessus-bras-dessous avec le maire, mais ne disent rien. Même attitude yoga de la part de Samia Ghali, l’élue socialiste des quartiers Nord de Marseille, qui se serait bien vue maire et se retrouve en troisième position sur la liste du Printemps marseillais : elle ronge son frein. Attendant l’occasion pour en découdre ?

Reste Renaud Muselier. Bon vivant et sympathique, le très puissant patron de la région "Sud", lui-même marseillais, vient de claquer la porte du parti "Les Républicains" pour dénoncer la droitisation d’Éric Ciotti et surtout d’Éric Zemmour (bien que la désignation de Valérie Pécresse le désarçonne aujourd’hui). Lorsque je l’interroge, il s’imagine déjà à la tête de cette nouvelle capitale… de la Méditerranée. Il semble bien connaître ses dossiers et il est moins politicien qu'on ne le dit : sa priorité demeure l'avenir de Marseille – peu importe les bisbilles des uns et les carambouilles des autres. Il faut sauver Marseille – point. À la différence de Mélenchon, qui a critiqué le plan gouvernemental par "anti-macronisme automatique", Muselier, lui, a bien vu l’opportunité politique et l’intérêt pour la ville : l’élu de droite travaille main dans la main avec l’Élysée et Benoît Payan pour imaginer la future "cité du cinéma" marseillaise. Son idéologie est d'abord marseillaise – et pragmatique.

Le maire enfin, élu du Parti socialiste, n'est pas tombé de la dernière pluie. Plus sioux qu'on ne le croit, et plus technicien qu'on ne le dit (il fut membre du cabinet de Michel Vauzelle, président socialiste de la région PACA, puis conseiller spécial, à Paris, de Marie-Arlette Carlotti, ex-députée de Marseille, et ministre de François Hollande, en charge des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion). Lorsque je le rencontre, pour la première fois de ma vie, je le découvre articulé et efficace, bon​ ​connaisseur de​s dossiers de la culture et ​surtout à l'écoute​. Son prédécesseur faisait la sieste et parlait encore en anciens francs ! Il est, ​lui, un Jean-Claude Gaudin deux fois et demie plus jeune et  deux fois et demie moins roublard ! Peu cabotin, peu frimeur, peu "self-centered", il a pourtant la même passion pour sa ville que Defferre et Gaudin. S'il réussit, il s'inscrira dans leur lignée – durable – ; s'il échoue, il aura été un épiphénomène de saison. Politiquement, il semble aujourd’hui plus proche d’Emmanuel Macron que d’Anne Hidalgo qu’il n’a jamais vraiment soutenue publiquement depuis sa désignation… Marseille, première capitale de la macronie ? 

Le président de la région Provence-Alpes-Cote d'Azur Renaud Muselier avec Benoit Payan, maire socialiste de Marseille, avant la cérémonie d'ouverture de l'assemblée régionale nouvellement élue, à Marseille, le 2 juillet 2021.
Le président de la région Provence-Alpes-Cote d'Azur Renaud Muselier avec Benoit Payan, maire socialiste de Marseille, avant la cérémonie d'ouverture de l'assemblée régionale nouvellement élue, à Marseille, le 2 juillet 2021.
© AFP - Clément Mahoudeau

On le voit, si la politique est complexe partout, faite d’alliances, de trahisons et de revirements stratégiques, à Marseille, elle est totalement dadaïste ! 

Marseille en grand

Marseille serait donc en piste pour devenir la "capitale de la Méditerranée". Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé la bonne nouvelle aux Marseillais, lors de plusieurs visites, nom de code "Marseille en Grand", avec à la clé 1,5 milliard d'euros d’aides gouvernementales pour améliorer la sécurité, les transports publics, la culture, ou encore rénover les écoles, les hôpitaux et les logements sociaux. Avant lui, les présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient déjà faits des annonces similaires – restées sans lendemain. 

Lorsque je l’interroge, Benoît Payan, maire depuis juste une année, se montre à la fois satisfait et prudent quant à ce beau slogan, même s’il tend la main pour recevoir la manne financière si longtemps espérée. De son côté, Renaud Muselier, président de la région provençale, est encore plus enthousiaste. (Réécoutez les entretiens avec Benoît Payan et Renaud Muselier dans notre émission spéciale sur Marseille : le podcast ici).

Reste à comprendre ce que cette "capitale de la Méditerranée" pourrait être concrètement, par rapport à Barcelone – qui depuis les Jeux olympiques de 1992 est en pole position sur le sujet –, ou Naples qui peut prétendre au même titre. "Marseille, c’est une Barcelone qui a échoué", m’indique Marc Bassets, le correspondant d’El Pais en France, un journaliste catalan et espagnol, qui connait bien les deux villes.  

Marseille cherche politique culturelle désespérément 

Depuis le printemps 2020, les initiatives fleurissent pourtant et la population change. Dans la plupart des directions, vers le Nord-Ouest, vers l’Est, vers le Sud, et même vers le Nord, la capitale s’ouvre aux arts et à la culture – et à toutes les migrations. Depuis la désignation de Marseille capitale européenne de la culture en 2013, le projet d’urbanisme Euro-méditerranéen au Nord-Ouest de la ville a connu un développement spectaculaire (MUCEM, Silo, Frac, Théâtre de la Joliette-Minoterie, Vieille charité) : c’est dans ce quartier une "migration" surtout "corporate". Vers Luminy, la ville s’est développée pour devenir une grande ville universitaire, apanage longtemps de sa rivale séculaire Aix-en-Provence – c’est là une migration essentiellement étudiante. Dans le centre-ville, que ce soit dans le Panier, à Belsunce, aux Réformés ou vers le cours Julien, les galeries d’arts, les start-ups et les lieux alternatifs sont innombrables – c’est une migration de néo-marseillais bohèmes, largement parisiens. On estime d’ailleurs que plus de 10.000 jeunes de 20 à 34 ans – souvent surdiplômés et issus de la "classe créative" et de la communication – emménagent chaque année à Marseille alors qu’ils sont originaires d’un autre département. Ce phénomène, diagnostiqué par le journaliste et essayiste Jean-Laurent Cassely, remonte à une dizaine d’années au moins, mais il se serait accéléré depuis le Covid, la montée en puissance du télétravail et la victoire du Printemps marseillais.

Dans les quartiers de la Plaine, à Noailles et à Castellane, la transformation urbaine est encore plus spectaculaire, entre la smart city et la ville créative, malgré les poches de pauvreté et les inégalités sociales – ce sont des migrations sociales et urbaines plus classiques – une gentrification en marche. 

Enfin, les quartiers Nord. Mis en lumière dans le film à succès Bac Nord cet automne, s’ils demeurent parmi les zones urbaines les plus pauvres d’Europe et si l’immigration légale et illégale y est structurelle, les quartiers Nord sont aussi le théâtre d’une vibrante créativité autour des cultures hip hop, fut-elle incontrôlée et toujours un peu "border-line" – ce sont là les migrations arabes et africaines classiques, les illégaux "fresh of the boat" et les minorités ethniques légalisées et stratifiées par pays d’origine et par langue. Albert Londres l’avait déjà écrit dans son beau livre Marseille porte du Sud (1927) : "Marseille est une ville heureuse où passent beaucoup de malheureux"

Lorsque je le rencontre, le maire Benoît Payan est plus optimiste : "Quand on arrive à Marseille, me dit-il : on est souvent très pauvres. On a plus vraiment d’identité ; on arrive de là où on est ; on ne sait pas exactement où on arrive, mais on arrive à Marseille. C’est pour ça que Marseille a une identité singulière, exubérante mais facile ; on vous la donne facilement. Elle est facile à échanger. Elle n’est pas complexe. On devient un niçois en deux siècles ; on devient marseillais en deux secondes." 

Une nouvelle "Cinecittà" – ou une usine à gaz ?

L’autre grande idée culturelle du président Macron serait de faire de Marseille une sorte d’Hollywood de la Méditerranée. Une cité du cinéma est imaginée, qui rassemblerait diverses institutions et redonnerait une vocation culturelle à la ville. Ce grand "pôle cinématographique" est à l’étude actuellement depuis l’annonce du chef de l’État, faite au Pharo : "Nous allons créer les grands studios de la Méditerranée qui permettront d’avoir l’infrastructure pour les tournages de grands films, de grandes séries. Il faut aussi les techniciens et créateurs pour le faire et les écoles qui permettent de les former."

Enthousiaste, le Figaro résume le projet : "le milieu du cinéma se met en ordre de bataille pour s’imposer dès 2024 comme centre mondial de tournages au même titre que Londres, Paris et Los Angeles."

Marseille va devenir Los Angeles ! Diable ! L’idée est séduisante sur le papier – mais en réalité peu crédible. D'abord parce que l'idée de créer "des studios" entretient une grande confusion entre les "studios" (sans majuscule), simples lieux de tournages, des hangars qui peuvent être loués partout, et les "Studios" (avec majuscule), à savoir des entreprises longtemps verticales, et aujourd'hui horizontales de production de films : par exemple Universal, Disney ou Paramount. En mélangeant ces deux types de "studios", qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, on se trompe déjà de débat. 

Dans le premier cas, la proposition est peu crédible parce que toutes les tentatives récentes de "cités du cinéma" ont été des échecs (et ce malgré le dispositif de crédit d'impôt international qui a rendu la France compétitive et qui a fait ses preuves pour faire de notre pays une terre de tournages). Les "studios" imaginés à Saint-Denis, au nord de Paris, par le réalisateur et producteur français Luc Besson avec des millions d’investissements, se retrouvent actuellement, entre enquêtes publiques, mises en examen et échecs financiers, dans une impasse. En Chine, en Argentine, au Brésil, au Mexique, en Égypte, tous les projets similaires que j’ai visités ont également échoué. Quant à Cinecittà, la grande cité du cinéma, près de Rome, que le gouvernement italien tente régulièrement de ressusciter, elle est devenue essentiellement un musée. Sa renaissance n’est plus d’actualité.

L’erreur d’analyse, à l’Élysée comme à l’hôtel de ville de Marseille, vient en réalité d’une méconnaissance profonde du fonctionnement actuel de l’industrie du cinéma – et c'est la seconde erreur. On rêve au système des "studios" de l’âge d’or d’Hollywoocd – alors que ce modèle est depuis longtemps obsolète, même aux États-Unis. On s’attache à opposer les majors et les "indépendants", la culture et l’"entertainment" alors que tout est désormais mêlé et interdépendant. On croit encore, comme le philosophe Adorno dans les années 1950, que la créativité s’explique par les "usines à rêve" et les franchises et on veut recréer à Marseille ces usines et ces studios, alors que ce n’est plus le sujet. 

Autant d’idées simplistes sur une des industries qui a le plus changé depuis vingt ans. Le sujet aujourd’hui est ailleurs : l’innovation, le digital, l’écriture (les auteurs) et l’expérimentation – les studios ne sont pas l’enjeu premier et leur localisation moins encore. Ils sont désormais à la marge du système, plus en son centre. 

Les majors hollywoodiennes sont d’autant plus créatives aujourd’hui qu’elles n'ont plus vraiment de studios ! Elles les louent (il n’est pas rare, comme j’en ai fait l’expérience, d’assister au tournage d’un film dans un studio de Sony, qui n’est pas produit par Sony, lesquels sont tournés ailleurs). En revanche, elles passent des contrats avec des dizaines de sociétés de production indépendantes et des milliers de "talents" contractualisés par des agences du même nom (selon la règle du "work for hire", des contrats limités à un seul projet). Il suffit de voir le générique final de blockbusters comme Black Panther, le nouveau Spider-Man "No Way Home", les Avengers ou même West Side Story de Spielberg et Tony Kushner, pour se rendre compte qu’une major ne réalise qu’une partie infime d’un film. Ces "Studios" sont devenues essentiellement des banques qui sous-traitent presque toutes leurs activités (​postproduction, effets spéciaux, tournages, adaptations, langues, studios justement etc.) à des labels indépendants, des start-ups ou des producteurs délégués. Toutes ces sociétés sont éparpillées géographiquement à travers le  monde, sans lien capitalistique avec le "Studio", toutes indépendantes (on le voit bien à la fin de Spider-Man No Way Home où plus d'une centaines de sociétés indépendantes apparaissent au générique et ont été mobilisées par la maison de production centrale, elle-même créée de toutes pièces par Colombia/Sony pour l'occasion). Quant aux lieux de tournage, peu importe où ils se situent : on tourne partout dans le monde. Posséder un studio ne sert plus à rien ; en construire, moins encore. 

L’important est ailleurs : il faut bâtir un écosystème créatif.  

Les effets d'annonce et leurs limites

Pour l’instant, la structuration de la "filière cinéma" de Marseille est faite de bric et de broc et de beaucoup d’incohérences. C’est une véritable "usine à gaz". 

Du côté des formations – nombreuses –, le paysage est très morcelé : l’école d’acteurs ERACM ; le projet de campus culturel de La Plateforme du très innovant Cyril Zimmerman ; la formation 1000 Visages sur les jeux de scène portée par la dynamique Marine Plagne ; la nouvelle antenne marseillaise de la Cinéfabrique, l’école nationale supérieure de cinéma de Lyon, spécialisée dans la formation des techniciens du cinéma ; sans oublier les initiatives salutaires dans le domaine de l’éducation à l’image de William Benedetto, directeur de l’Alhambra, le cinéma de l’Estaque, et qui est soutenu par le réalisateur marseillais Robert Guédiguian. 

Deux petites cités du cinéma existent même déjà : la première est située dans la zone périphérique "Euromed", au Nord-Ouest de Marseille, autour du Multiplexe Pathé Europacorp (2 800 places de cinéma accessibles aux habitants de toute la métropole qui n’ont pas besoin d’entrer dans Marseille pour voir un film). Autour de ce lieu symbolique, de nombreuses start-up sont hébergées à Euro-méditerranéen. Un autre campus culturel est imaginé actuellement par La Plateforme : cet immense campus de 25 000 m2, mêlera les ingénieurs et les artistes, avec salle de concerts et salles de cinéma. Enfin, dans un autre registre, mais avec de nombreuses passerelles avec l’audiovisuel, il y a le vaste projet Odysseo, porté par l’ancienne ministre de la culture d’Emmanuel Macron, Françoise Nyssen, qui vise à organiser, via une fondation, une "cité" du développement durable, prévue sur le grand port de Marseille, pour la préservation de l’écosystème méditerranéen…

Côté "studios", le terrain n’est pas vierge non plus. Il existe déjà les célèbres studios du Pôle médias de la Friche Belle de Mai, où l’on a tourné Plus Belle la vie : lieu important et paradoxal, qui regroupe à la fois des mastodontes peu agiles, comme l’INA (le pôle médias est sécurisé et fermé au public) et le cluster PRIMI (Image, Multimédia et Internet) qui, plus ouvert, rassemble opportunément des centaines d’entreprises de la filière et des structures de formation et de recherche.

En plus d'accueillir le pôle média, la Friche La Belle De Mai offre une riche programmation en connivence avec les habitants, ici en mai 2017 à Marseille.
En plus d'accueillir le pôle média, la Friche La Belle De Mai offre une riche programmation en connivence avec les habitants, ici en mai 2017 à Marseille.
© AFP - Frédéric Soltan

On peut également citer les studios de Martigues (ceux de Provence Studios d’Olivier Marchetti, très en pointes sur les effets spéciaux, mais aujourd’hui saturés en dépit d’un projet d’agrandissement) : seront-ils intégrés à la cité du cinéma, où va-t-on réinventer la roue de la Fortune ? 

Sans oublier : les nombreux studios de la Côte d’Azur ou ceux qu’Alain Guiraudon est en train de construire sur 30 000 m² près de Montpellier – lesquels ne seront finalement pas si loin géographiquement. Ou encore le projet ambitieux des studios que la productrice Sabrina Agresti-Roubache (également conseillère régionale élue sur la liste de Renaud Muselier et proche de Brigitte Macron), envisage de construire à Marseille, en s’appuyant sur la Région… pour concurrencer Martigues ! 

Pour rajouter de la complexité à ce mille-feuilles déjà compliqué, l’Élysée et la mairie aimeraient construire une nouvelle base logistique pour les tournages dans un site de 20 000 mètres carrés dans la vallée de l’Huveaune à l’Est de la ville – le projet est à l’étude.

Au-delà de ses bisbilles, la question de fond demeure : faut-il plus de studios à Marseille ? Est-ce, en fin de compte, le problème quand le dernier Spielberg, West Side Story, a été tourné à 70 % dans les rues de New York et que la plupart des majors du cinéma sous-traitent leurs tournages dans des pays où les coûts de production sont plus bas qu’en France ? Surtout : construire des studios ne sert pas à grand-chose si le reste de l’écosystème ne suit pas. 

De son côté, en ordre dispersée, et avide de subventions, la Cinémathèque avance ses pions : elle envisage d’ouvrir une antenne à Marseille, probablement dans un ancien cinéma pornographique près de la Canebière, ou dans un centre de congrès voisin, ou encore dans des bureaux municipaux près de l’église des Réformés. Autant d’argent qui sera concentré sur un projet patrimonial, utile certes, mais imaginé par l’indéboulonnable Costa-Gavras, bientôt 89 ans, comme "une sorte de mausolée à sa gloire plus que pour préparer l’avenir du cinéma à Marseille", s’indigne un bon connaisseur du dossier. "Au lieu d’ouvrir une Cinémathèque, il faudrait ouvrir des écoles dans les quartiers", ajoute la même source.  

Plus intéressant justement, et plus prometteur, l’école Kourtrajmé du cinéaste Ladj Ly (Les Misérables), vient d’ouvrir une annexe à Marseille. Lorsque je rends visite à l’école que coordonne localement Marie Joubert, je découvre leur local compliqué dans une tour délabrée en voie de destruction à Buropolis loin du centre-ville (le collectif est piloté par Yes We Camp). Peut-être qu’on pourrait donner leur chance à ces jeunes passionnés de cinéma au lieu de construire une énième cinémathèque pour Costa-Gavras ? Qu’attend la ville pour les installer dans un lieu adéquat ? (L’adjoint au maire Coppola affirme qu’une solution sera trouvée). 

En dépit du manque de succès de la série Netflix à qui la municipalité doit le panneau, en quelques années, Marseille est devenue un lieu de tournage très populaire.
En dépit du manque de succès de la série Netflix à qui la municipalité doit le panneau, en quelques années, Marseille est devenue un lieu de tournage très populaire.
© AFP - Nicolas Tucat

Reste la question des "talents" qui ne manquent pas à Marseille mais qui peinent à percer. On est là au cœur du paradoxe marseillais : une créativité folle qui ne trouve pas de débouchés. Selon les personnes interrogées, "tous les castings pour les films tournés à Marseille… ont lieu à Paris". Certes, Titane, Palme d’or à Cannes, a été filmé à Marseille – mais on oublie de dire que ce fut seulement… à l’intérieur de l’aéroport et pour quelques brèves scènes ! Et quand Marseille-Provence fut capitale européenne de la culture, la plupart de la production a été faite par des sous-traitants nationaux ou internationaux – rarement marseillais. Enfin, le contre-exemple de Marseille, la série télévisée de Netflix, dont Dan Franck fut l’auteur, donne à réfléchir : elle fut un tel échec que même Damien Couvreur, le patron de la création de Netflix France, ne l’assume plus, lorsque je l’interroge…

A noter toutefois plus positivement (et pour tenter d'être plus complet) d'intéressantes structures dans le domaine des salles d'art et essai, véritables petites perles locales : La Baleine, au sein de la  Friche Belle de mai, ou encore les Variétés. 

Les six mirages de la "Cité du cinéma".

À ce stade, le projet pharaonique de "cité du cinéma" à Marseille n’a pas de colonne vertébrale. Pire : il n’a pas de pilote à son bord ! La vision "old school" et très "éducation populaire" de l’adjoint qui la porte, Jean-Marc Coppola, est différente de celle plus économique et touristique de Laurent Lhardit, l’élu printemps marseillais en charge de l’attractivité du territoire. Celle de Sébastien Barles (EELV), adjoint à la mairie en charge de la transition énergétique, et qui freine des quatre fers contre le numérique, n’est pas forcément compatible avec le développement du cinéma et de l’Internet à Marseille. Celle de Renaud Muselier, qui pense d’abord à sa région, s’oppose à celle du maire, qui pense surtout à la ville. Quant à l’élue LR Martine Vassal, elle souffle le Mistral sur les braises et essaye de dynamiter certains projets municipaux afin d’espérer être élue maire en 2026… 

Devant tant de visions concurrentes et de bâtons dans les roues, le projet marseillais de "cité du cinéma" peut-il éviter les écueils ? Les mirages ? Six erreurs sont en passe d’être commises. 

Le premier mirage serait de vouloir créer une "cité du cinéma" sur le modèle dépassé "des studios", un système top down et syndiqué – et, je l'ai dit, aujourd’hui obsolète. Car il n’y a plus guère de salariés à Hollywood – il y a essentiellement des start-ups, des indépendants, des freelances et des contractuels. Or celui qui est à l’hôtel de ville en charge du dossier – l’adjoint à la culture Jean-Marc Coppola – reste marqué par cette culture communiste des grandes entreprises publiques, du salariat en CDI à vie, du syndicalisme CGT et des grands bastions de travailleurs qui haïssent l’auto-entreprenariat, toutes choses qui sont à des années lumières du monde du cinéma aujourd’hui. Bien qu’il porte le nom d’un cinéaste américain de renom, le modèle que Coppola défend est aussi très anti-américain et très anti-plateforme – alors que c’est la matrice de la plupart des séries télévisées qui s’exportent ! Même la Chine, en voulant se positionner contre le modèle américain, et malgré les dizaines de studios pharaoniques qu’elle a créés et les milliards engloutis dans la production, s’est fourvoyé : pas un seul blockbuster mondial n’est sorti depuis vingt ans de ses studios flambants neufs que j’ai longuement visités. Un énième "plan quinquennal" de remise à plat du système chinois vient d'être annoncé, après tant d'échecs...

Le modèle "communiste" du cinéma (également partagé par Pierre Dharréville, le député communiste de Martigues) est sans doute le moins bien préparé pour penser l’écosystème cinéma dont Marseille a besoin. Ils sont marxistes alors qu'il faut être schumpétériens ! Quant au modèle défendu par la France Insoumise (on connait les liens entre Jean-Luc Mélenchon et le syndicat FO – parfois via les derniers restes du trotskisme), celui-ci est à l’origine de la plupart des problèmes de Marseille, à commencer par celui des bibliothèques et des musées (comme l’a confirmé un rapport critique de la chambre régionale des comptes). Une telle approche "syndicale" serait mortifère pour la future cité du cinéma de Marseille !

Communistes, mélenchonistes et écologistes partagent donc une même vision archaïque de la production cinématographique par anti-capitalisme, antiaméricanisme ou anti-plateforme – et c’est une tendance bien ancrée dans le "Printemps marseillais". Aveuglés par leur idéologie, ils ne voient dans Hollywood qu’uniformité, blockbusters et impérialisme, alors que la réalité est bien différente : c’est un système très décentralisé qui mêle cinéma, série, jeux vidéo et productions de contenus numériques à Los Angeles, San Francisco, Austin, Miami, Nashville, Chicago, New York, Toronto, Montréal, Mexico et bien au-delà. Ce système produit une grande variété d’esthétiques et d’expériences culturelles avec une incroyable diversité culturelle et ethnique. C’est surtout un modèle post-moderne qui mêle constamment les indépendants et les studios, au point qu’on ne les distingue plus. Enfin, d’un point de vue créatif, c’est une industrie de contenus d’une incroyable complexité d’intrigues, de personnages et de références, comme le confirme Game of Thrones

Un cinéma "marseillais" n’existera pas

Le deuxième mirage, erreur commise par l’Élysée et la plupart des élus marseillais, est de penser le cinéma en termes de territoire – alors que le cinéma n’en a plus. Il suffit de voir le générique de n’importe quel film ou série américaine actuelle, pour comprendre que ceux-ci sont tournés dans des dizaines de lieux, sans aucun patriotisme. Faire du cinéma "à Marseille" n’a absolument aucun sens. Les élus qui pensent encore en termes de "localisme" et de patriotisme marseillais, espérant que les films futurs promouvront la ville de Marseille, font fausse route – à moins d’avoir pour seule ambition de produire des films locaux pour une audience régionale. Quand on sait que le conglomérat japonais Sony, qui possède le studio américain Columbia, n’a pas son mot à dire sur la production du studio, on peut douter que les Marseillais puissent décider de quoi que ce soit dans l’industrie du cinéma ! Le nouveau Spider-Man est produit par Columbia sans même que le "green light" n’ait été donné par Tokyo ! Les Marseillais peuvent toujours rêver… 

Centralisateurs, caporalisants, bien des élus marseillais voudraient "diriger" ou "coordonner" la créativité de leur ville. C'est une autre erreur grossière dans une ville de la débrouille, des ruptures et de la liberté généralisée. Au lieu de vouloir enrégimenter ou de demander aux acteurs associatifs et aux start-ups de se regrouper, il faut les laisser libres. Personne ne commande Hollywood ; il n'y a pas de maire de la Silicon Valley ! Les initiatives locales se contredisent ? Les structures associatives sont redondantes ? Peu importe si cela nourri un écosystème débordant et joyeux.

Sans agences de talents, pas de capitale du cinéma à Marseille !

Le troisième mirage est relatif à la géopolitique et à l’écosystème. Pourquoi Miami est-elle devenue la capitale de la culture "latino" ? Et Nashville celle de la musique "country" et du "christian rock" ? Pourquoi Hong Kong joue un rôle majeur dans la diffusion de la culture asiatique (quoique la mainmise de Pékin condamne Hong Kong à moyen terme) ? Pourquoi Beyrouth, Le Caire et Dubaï sont-elles les capitales du cinéma et de la télévision arabe "mainstream" ? Dans tous les cas, ces villes sont des capitales exogènes de continents qui les dépassent. Elles réunissent sur leur territoire, non seulement des studios historiques majeurs et des forces créatives innombrables, mais aussi les agences de talents, les médias, les agences de publicité, les influenceurs. Sans agences de talents, pas de capitale du cinéma à Marseille ! Sans grands médias, sans correspondants de Variety, du Hollywood reporter et du Billboard, pas de cinéma dans la cité phocéenne ! Sans venture capital, pas d’écosystème créatif ! 

On ne va pas créer un pôle cinéma avec des skateparks !

Le quatrième mirage consiste à croire aux subventions publiques pour corriger un déficit d’investissement privé. Or, dans le domaine du cinéma, c’est se tromper de logique. La subvention n’y est presque jamais la solution. On ne va pas recréer un "pôle cinéma" à Marseille avec des coopératives, des associations loi 1901, des tiers lieux, des collectifs participatifs et des "skateparks" ! 

La solution passe inévitablement par l’économie de marché. Les start-ups, les structures "indies" et les collectifs innovants sont l’avenir de Marseille : j’en ai visité près d’une dizaine, depuis les " 8 pillards", le " Couvent Levat", la Fabulerie, ou encore Buropolis, mais il faut éviter leur institutionnalisation. Parmi les autres collectifs d’artistes et les nombreuses "occupations temporaires à bail précaire" que j’ai visités, j’ai vu beaucoup d’amateurs et quelques fumistes, des artistes-artisans gloutons qui avalent des subventions culturelles mais ne produisent rien de très pertinent – il faut donc faire le tri, financer les collectifs sur des périodes limitées et ne pas hésiter à changer les équipes.

Même une structure innovante comme la Friche de la Belle de Mai où se situe le "Pôle média", nourrie par d’importantes subventions, s’est inévitablement endormie ces dernières années tout en se boboïsant. "C’est une machine folle qui s’est institutionnalisée", déplore un responsable associatif qui y est hébergé. Ses frais de fonctionnement importants grèvent son budget et elle a perdu beaucoup en agilité et en créativité. Elle héberge tout et n’importe quoi – depuis des associations qui vivotent péniblement, une petite librairie thématique lourdement subventionnée, un café souvent fermé, un Emmaüs Connect qui cherche son public, et jusqu’au restaurant prétentieux Les Grandes Tables, où l’on mange des burgers moins bons et trois fois plus chers qu’au McDo – avec un vilain service ! Heureusement, un nouveau directeur, Alban Corbier-Labasse, est en train de remettre la Friche de la Belle de Mai à flot, malgré sa gouvernance archaïque. Son dynamisme pourrait permettre à la Friche de sortir de sa léthargie et de s’ouvrir enfin sur son quartier.

Le cinéma, ce n’est plus un produit culturel, c’est un "service". 

Le cinquième mirage est de croire au cinéma comme s’il était resté central dans le secteur audiovisuel, alors que ce sont les plateformes qui font désormais la loi. Le cinéma ne se résume plus à des "produits" culturels (l'objet "film") ; c’est devenu un service. Ce qui prime ce n’est plus le "film" et son format mais le "content" – quel qu’il soit, et décliné ensuite sur tous les supports. Ce n’est plus le modèle Godard, Truffaut ou Costa-Gavras – celui de l’"Auteur" en majesté et de la "politique des auteurs" de la Nouvelle Vague – mais, au contraire, l’écriture collective des équipes d’auteur et le modèle du "showrunner". Comme le pensent nombre de spécialistes, et même d’anciens rédacteurs en chef des Cahiers du cinéma, c’est la politique des auteurs qui affaiblit aujourd’hui le cinéma français ; il faut en sortir en redonnant le pouvoir aux auteurs véritables – les scénaristes – et au showrunner. Il faut donc miser sur les "nouvelles écritures", les "nouveaux formats", les nouveaux usages, les nouveaux codes et les "stories", plutôt que sur les vieilles recettes (l'objectif aurait pu être par exemple de se concentrer sur les jeunes, les millenials et la "Gen Z.", ceux qui ne vont plus au cinéma aujourd'hui –sauf pour les blockbusters américains– et que Marseille pourrait s'attacher à cibler et à remobiliser en suivant les pistes inaugurées par des sociétés de productions indépendantes comme les Valseurs). 

Ne pas se tromper d’échelle

Le sixième mirage, enfin, consiste à tout miser sur le cinéma sans prendre en compte l’ensemble de l’écosystème culturel sans lequel, naturellement, le projet échouera. Que peuvent les pouvoirs publics concrètement sinon se limiter à lancer un slogan de "cité du cinéma" bâti sur les sables ? Non pas tant le piloter comme on semble vouloir le faire depuis l’Élysée ou la mairie, mais en l’accompagnant. Ce n’est pas le rôle de l’État de décréter qu’on fera à Marseille du cinéma d’animation, des séries, qu’on y tournera des films mainstream ou d’art et essai. À ce stade le budget culturel de Marseille provient à 30 % de l’État, à 12 % du département et à 8 % de la région – presque rien de la métropole (qui n’a guère de compétences culturelles, mis à part en matière de bibliothèques). La ville, quant à elle, assume les 50 % restants avec environ 155 millions d’euros (soit 15 % des 1,4 milliards du budget municipal). C’est un budget moyen, déjà insuffisant pour les ambitions du Printemps marseillais – mais ridicule si on parle de cinéma ! 

Surtout que toutes les collectivités territoriales sont à Marseille en désordre de bataille ! Elles se contredisent et multiplient les bisbilles. Quant à la DRAC, qui porte la parole culturelle de l’État, elle est loin, dans la ville d’Aix en Provence… Avant de vouloir dicter sa loi, l’État devrait mettre de l’ordre dans ses propres incohérences : commencer, au minimum, par ramener la DRAC à Marseille où elle a évidemment sa place ; réunir les deux ballets nationaux d’Aix et de Marseille (pourquoi pas à Marseille) ; et fusionner le très riche festival d’Aix avec l’Opéra paupérisé de Marseille (pourquoi pas à Aix) – autant de fusions indispensables pour libérer des crédits et remettre de la lisibilité dans une politique culturelle qui n’en a plus.

Nombreux sont les tournages à Marseille qui génère un besoin en techniciennes et techniciens de l'audiovisuel,  ici sur un tournage de "Plus Belle La Vie" à l'été 2021.
Nombreux sont les tournages à Marseille qui génère un besoin en techniciennes et techniciens de l'audiovisuel, ici sur un tournage de "Plus Belle La Vie" à l'été 2021.
© AFP - Nicolas Tucat

À ce stade, le projet pharaonique de "cité du cinéma", qui risque de se heurter à ces écueils et à ces six mirages, me parait faire assez largement fausse route (ce que bien des acteurs marseillais disent off the record). Parce qu’il se trompe d’échelle ; parce qu’il mise essentiellement sur le modèle archaïque des studios ; parce qu’il mêle une vision patriotique à un projet nécessairement privé ; parce qu’il s’appuie sur le modèle d’une industrie du cinéma qui n’existe plus. On est en train de construire une nouvelle Cinecittà, avec cinquante ans de retard… quand il faudrait bâtir le futur HBO ! 

Que faire ? C’est ici que, paradoxalement l’idée de "capitale de la Méditerranée" et celle d’une "cité du cinéma" peuvent être utiles, se rejoindre et devenir crédibles. A condition de changer d’échelle et de repenser le projet à l’aune de la diversité culturelle et du modèle des start-ups. Deux atouts qui pourraient finalement aider Marseille à atteindre sa grande ambition. 

La diversité, le Maghreb et les start-ups

Au lieu de prendre modèle sur le Hollywood d’un âge d’or révolu, comme Emmanuel Macron le suggère, Marseille pourrait regarder vers Miami et vers Recife (Brésil). La première du fait de sa diversité ; la seconde pour son nouveau "port digital" (porto digital) et son économie de start-ups. Paradoxalement, si ces deux voies étaient empruntées, le projet marseillais pourrait finalement réussir au-delà de toutes espérances.  

Pourquoi Miami ? Parce que Miami est devenue la capitale exogène de l’Amérique latine, comme Marseille, qui représente la Méditerranée en miniature, pourrait devenir sa capitale. Miami est la ville au monde qui a le plus grand pourcentage d’habitants nés à l’étranger (59 %). Elle comprend 34 % de Cubains, 6 % de Nicaraguayens, 6 % de Haïtiens, 3 % de Honduriens, sans compter un grand nombre de Mexicains, de Dominicains, de Brésiliens ou de Colombiens. Trois langues officielles existent à Miami : l’anglais, l’espagnol et le portugais !

De fait, Miami représente l’Amérique latine en miniature. Et c’est la raison pour laquelle elle est devenue la capitale musicale, télévisuelle et celle de l’entertainment pour le Mexique et l'Amérique du Sud. Même chose pour Hong Kong qui est un peu l’Asie en miniature ou Los Angeles avec près de 48 % de Latinos (et singulièrement 36 % de Mexicains).

La diversité singulière de Marseille, avec sa trentaine de communautés ethniques, a été violemment critiquée par Éric Ciotti ou Éric Zemmour : mais c’est en fait l’atout principal de Marseille. Encore faut-il mettre cette diversité au centre du projet cinématographique marseillais, au lieu de le laisser à sa marge. L’avenir de Marseille ne passe pas par la cinémathèque de Costa-Gavras ; il passe en revanche par l’intégration des influenceurs tunisiens ou syriens exilés, des dissidents algériens ou égyptiens, des jeunes déplacés d’Afrique francophone ou d’Afrique de l’Est. Tous ces immigrés ne parlent pas forcément français, mais ils communiquent entre eux, et avec les peuples de la Méditerranée, par une langue commune : celle des images, de la danse et du rap dans les stories d’Instagram, Snapchat ou Tik Tok.

Voilà la force de Marseille. Si elle devient la ville des débats sur la Méditerranée, la ville dans laquelle tous les dissidents trouvent refuge, où les YouTubeurs créent leurs stories et les BookTubers postent leurs écrits, alors elle constituera l’écosystème dont elle a besoin – ses auteurs, ses influenceurs, ses storytellers –, préambule indispensable pour bâtir ensuite son cinéma et ses séries. Marseille peut devenir la ville refuge des talents du monde arabe et de l’Afrique francophone, la ville des start-ups créées par les migrants, tous mêlés dans cette Miami de la Méditerranée, melting-pot provençal au bord de la mer Blanche. 

Au lieu d’imaginer, de façon arbitraire et artificielle, Marseille comme "capitale de la Méditerranée" à partir de la Cinémathèque française ou des Studios qui seront créés avec des millions de subventions, il faudrait plutôt renverser complètement la perspective et repartir des blogueurs, des YouTubeurs migrants, des TicTockeurs algériens et des Instagrammeurs libyens. Tous les médias indépendants du monde arabe et des régimes autoritaires d’Afrique pourraient être hébergés et financés à Marseille. Telle devrait être la première étape du projet de capitale culturelle de la Méditerranée et de la "cité du cinéma" : Marseille terre d’asile des artistes, des créateurs et des opposants politiques des deux rives de la "Mare nostrum". "Notre mer" de laquelle on repêche chaque saison des centaines de corps de migrants, et parfois – heureusement, grâce à Médecins Sans Frontières et à l'association, basée à Marseille, SOS Méditerranée – des migrants encore en vie, sauvés des eaux. Face à cette Europe inhospitalière, Marseille doit continuer à accueillir : les talents, les créateurs, les dissidents et désormais les artistes digitaux.

Je crois profondément que la cité du cinéma de Marseille se construira davantage grâce aux migrants sauvés en mer par SOS Méditerranée, ou par les élèves de l’école Kourtrajmé, que par la construction de Studios et d’une énième institution parisienne délocalisée. 

Croire et miser sur les start-ups

Enfin, il y a le numérique. C’est ce qui peut relier, une nouvelle fois, le projet de "cité du cinéma" et de "capitale de la Méditerranée". C’est miser sur le futur et non pas sur la nostalgie ou les mirages hollywoodiens. 

Avec quatorze câbles sous-marins et des data centers de grande ampleur (trois américains, un japonais), Marseille est déjà l’un des neuf principaux hubs Internet mondiaux. C’est par cette ville qu’entrent notamment en France et, pour une part, en Europe, les données Internet de l’Asie et de l’Afrique, faisant de Marseille une capitale méconnue du numérique. Comme Djibouti ou Suez, Marseille est devenue depuis une quinzaine d’années un lieu de passage obligé pour le trafic des données. "Le XIXe siècle était le siècle des gares et des ports, le XXe celui des aéroports et des autoroutes, le XXIe est celui des data centers et des câbles sous-marins", peut-on lire dans une enquête récente de l’édition marseillaise de 20 minutes qui mettait en avant cet atout méconnu de Marseille. Avec un port en berne, la ville peut-elle se recréer avec un port numérique, comme a réussi à le faire Recife, au Brésil, avec son modèle "Porto Digital" ? C’est mon hypothèse.

Au-delà de l’économie des "tubes", comme les a appelés le journaliste de Wired Andrew Blum, bâtir un écosystème digital à Marseille reste complexe. Malgré un vivier de start-ups et d’écoles spécialisées, et la présence d’experts comme, par exemple, Grégoire Kopp, ancien d’Uber et d’ OVHcloud (qui conseille des leaders de la Tech française comme Sorare sur le fantasy gaming, Geevsur sur les dons entre particuliers, ou l’association Les Déterminés qui a lancé sa formation à l’entrepreneuriat à Marseille), tout reste à faire. Marseille manque en particulier de développeurs, de "business angels" et de "Venture capitalists" – des "gros" mots pour certains adjoints de la nouvelle équipe municipale et d’élus du Printemps marseillais. Ces derniers pensent souvent la politique en termes de "sortie du capitalisme", de subventions publiques et d’assistance quand il faut penser le numérique en termes d’investissements, d’innovation, de recherche et de rentabilité. Avec les fonds qui pourraient être dépensés pour une nouvelle cinémathèque d’élite, la collectivité pourrait investir, avec le même budget, dans 300 start-ups – et espérer récupérer ses fonds !

Ce qui est étrange, ce sont les débats sans fin qui encombrent le "printemps marseillais" sur des sujets qui ne sont pas… de la compétence des élus locaux ! Les câbles sous-marins, par exemple. En revanche, les sujets qui sont de leur ressort, comme attirer les investisseurs, ou former des développeurs, ne sont pas toujours pris au sérieux, assez travaillés ou le sont avec une approche idéologique. C’est l’une des fragilités du Printemps Marseillais. 

Sans masse critique, il faut à Marseille une offre qui lui ressemble

​En dépit d'un personnel politique déconnecté et peu pragmatique, les spécialistes de la French Tech parient sur Marseille, qui est déjà l'une des capitales numériques françaises – et pourrait devenir la deuxième après Paris. Cédric O, le secrétaire d’État au numérique, a multiplié les déplacements dans la ville, tout comme Clara Chappaz, la nouvelle patronne de la French Tech. Business France et la Banque Publique d'Investissement ont ouvert des bureaux à Marseille, un signe qui confirme qu'ils croient au décollage "tech" de Marseille. Un million de Français travaillent déjà dans le numérique ; ils seront deux millions (selon la French Tech) d'ici trois ans. Ce boom des embauches aura lieu dans des villes comme Marseille, prédisent-ils. C'est la mission que s'est fixée Jean-Baptiste Geissler, le directeur de la French Tech Aix-Marseille. Encore faut-il que Marseille s'en donne les moyens et cesse de confondre le numérique avec les GAFA (version PCF et LFI) ou le numérique avec le réchauffement climatique (version EELV). Ce n'est pas gagné ! 

D'autres enjeux plus démographiques ou technologiques existent aussi. Ainsi du manque chronique de développeurs à Marseille. Le cinéma, les start-ups et les contenus audiovisuels ont désormais besoin du "code" – de beaucoup de "code". Pour espérer devenir une capitale du cinéma, il faut des développeurs. Or il en manque des milliers à Marseille et les écoles d’informatique sont peu nombreuses et débordées. "La Plateforme", qui forme désormais 400 étudiants par an à Marseille, devrait en former 3 000 dans cinq ans sur son nouveau campus de 25 000 m2, devenant une grande école du numérique. Un premier pas. Qui s'ajoute aux écoles plus traditionnelles comme Centrale Marseille, PolyTech ou de bons départements de l'université d'Aix-Marseille sur le campus de Marseille-Luminy. La grande école Epitech est également présente et se développe, tout comme Simplon et le Wagon. Une branche de l’école 42 pourrait être également invitée à Marseille.

Lors de la visite récente de Cédric O, les élus marseillais, qui n'avaient semble-t-il guère travaillé leurs dossiers, avaient une seule obsession : que les emplois créés le soient à Marseille et non pas à  Aix-en-Provence (et notamment dans le dynamique Technopole de l'Arbois) ; les élus aixois avaient, bien sûr, l'obsession inverse ! (Cédric O, du coup, est allé jusqu'à critiquer les élus des deux villes pour leur posture et la défense de leur "pré carré", ce qui n'était pas, a-t-il ajouté, à la hauteur des enjeux) ! Un fonctionnement localiste décalé avec les besoins de la métropole. Car ou bien la région va décoller, et Aix avec Marseille, ou bien tout le monde va couler ensemble joyeusement dans le Vieux port !

"Au lieu de se donner comme objectif de faire émerger une licorne dans la métropole [un géant de la tech déjà valorisé à plus d'un milliard de dollars], les élus raisonnaient en politiciens", s'étonne une participante aux réunions.

L'un des problèmes de Marseille réside donc dans cette question de l'investissement et de la capitalisation des start-ups (friends & family, accélérateurs, incubateurs, série A, série B etc.). ​S'il existe déjà dans la ville des acteurs comme Marseille Innovation,  P. Factory, l’accélérateur  M  (The camp et  ZeBox), c'est insuffisant. Aujourd'hui, 82 % des investissements dans la tech sont réalisés à Paris – pour Marseille il est vital d'entrer dans le  jeu, sinon toutes les ambitions numériques de la ville seront vaines. 

Au lieu de rêver de devenir la prochaine Silicon Valley, il faut donc chercher à se différencier p​our attirer les investisseurs de manière décalée. C'est ce qu'a réussi à faire Austin (Texas) à partir du festival SXSW : partie de presque rien, et au Texas, elle est devenue aujourd'hui la seconde capitale de la "tech" aux États-Unis. "On doit proposer une offre qui nous ressemble, m'explique Jean-Baptiste Geissler, qui dirige la French Tech Aix-Marseille. Non pas vouloir être la Silicon Valley mais Marseille ! Marseille, c'est une ville rebelle, qui doit bousculer les modèles"

​Si Marseille n'a ni les investisseurs, ni la masse critique, elle a déjà quelques pépites. En pointe sur plusieurs secteurs comme les Green Tech et l'AgroTech, elle est forte aussi dans la mobilité et la logistique tech. La ville pourrait cultiver ces singularités et construire un écosystème dans une dynamique territoriale propre et en misant sur les innovations de rupture, moins représentées à Paris.

Reste la fracture digitale, bien réelle à Marseille. Le programme "Tremplin" de la French Tech vise notamment à dynamiser l'écosystème digital en incitant les créations de start-ups dans les quartiers difficiles ou dans les secteurs les moins bien dotés. C'est une piste essentielle qui permet, ici encore, de relier les trois ambitions affichées : la capitale européenne de la Méditerranée, le Hollywood du Sud et la revitalisation urbaine de la ville.

Un dernier exemple, parmi tant d'autres : Zinc. L’association de Céline Berthoumieux et Mathieu Vabre, hébergée à la Friche Belle de Mai, apporte un dynamisme bienvenu dans les arts numériques, notamment avec les Chroniques biennales des imaginaires numériques. Pourquoi ne pas bâtir, en élargissant celui-ci avec de très gros moyens, un festival de type SXSW qui pourrait entrainer avec lui toute une dynamique ? Ce n'est qu'un exemple. Des centaines d’autres initiatives existent. Ensemble, elles forment les bases de cet écosystème créatif, entre l’art et le numérique, "bordélique" et joyeux, dont Marseille aura besoin avant de bâtir ses ambitions futures. Tous se sont sentis exclus des discussions en cours – alors qu’ils auraient dû être placés aux manettes !

Voilà quelques-uns des enseignements que j’ai tirés d’une dizaine de voyages et de missions à Marseille en 2020 et en 2021 où j’ai interviewé près d’une centaine de personnes (dont une vingtaine parlent dans le podcast qui accompagne cet article). En s’appuyant sur le terreau un peu "bordélique" de Marseille et sur son "anarchie républicaine" (l’expression est de Renaud Muselier dans l’émission qui accompagne cet article), en espérant donner un port et une "identité" à des migrants qui n’en ont plus (comme me le dit le maire Benoît Payan), Marseille a des atouts qu’aucune ville française ne possède. Si elle ne les gâche pas avec de vieilles lunes, des idées communistes ou insoumises d’un autre temps, des Studios inspirés d’un âge d’or hollywoodien révolu ou des rêves anti-migratoires et racistes qui viendraient nier son histoire, un certain optimisme est possible. Et je crois même que Marseille en est capable. 

Frédéric Martel 

* Cet article est le complément thématique de l’émission spéciale sur la politique culturelle de Marseille : "Le printemps culturel marseillais ?", diffusée sur France Culture le 12 décembre. Podcast à réécouter ici. 

Pour écrire cet article et réaliser cette émission, je me suis nourri des livres et articles suivants : 

Sur Marseille : 

– Pauline Graulle et Coralie Bonnefoy, "Mélenchon et Marseille : l’histoire d’un rendez-vous manqué", Médiapart (avec MarsActu), 9 décembre 2021. 

– Michel Peraldi, Michel Samson, Gouverner Marseille, Enquête sur les mondes politiques marseillais, La Découverte 2006.

– Michel Vergé-Franceschi, Marseille, Histoire et dictionnaire, Bouquins, 2013

– Jean-Laurent Cassely, "Soleil, loyers modérés et liberté : Marseille attire la jeunesse créative et fauchée", Le Monde, 30 juin 2021.

– Marc Bassets, "Marseille, exceptionnelle figure des tares de la France", El Pais (republié dans Courrier International, 2 novembre 2021.

Sur la diversité et les migrants : 

– Albert Londres, Marseille, Porte du Sud, 1927 (rééd. 2007). 

SOS Méditerranée, Les naufragés de l’enfer, Digobar, 2017

Sur l’économie des câbles numériques sous-marins : 

– Andrew Blum, Tubes, A Journey to the Center of the Internet (Harper Collins, 2012)

Sur le futur du cinéma :

– Edward Jay Epstein, The Big Picture, The New logic of money and power in Hollywood, Random House, 2005,

– Tom Shone, Blockbuster : how Hollywood learned to stop worrying and love the summer, Free Press, 2004

– Michael Storper, "The transition to Flexible Specialization in the US Film Industry : external economics. The Division of Labor and Crossing of Industrial Divides", Cambridge Journal of Economics, n°13, 1989.

– Peter Biskind, Down and Dirty pictures, Miramax, Sundance and the rise of independent film, Simon & Schuster, 2004 (trad. en français : Sexe, mesonges et Hollywood, Le Cherche Midi). Ainsi que, du même, Easy riders, Raging bulls : how the sex-drugs-and-rock’n’roll generation saved Hollywood, Simon & Schuster, 1998.

– Toby Miller, Global Hollywood, British Film Institute, 2001.

– La récente enquête sur l’histoire économique d’HBO, James Miller, Tinderbox (ici).

– et sur la nouvelle géographie et la nouvelle économie du système du cinéma à travers le monde, voir F. Martel, Mainstream (Champs-Flammarion, 2012) et Smart (Champs-Flammarion, 2015 ; voir les chapitres "smart curation" et "social TV", et celui sur les "smart cities", dont "Porto Digital", livre dont je me suis largement inspiré ici).