Publicité

Martinique, Guadeloupe et Guyane : uniques territoires français désormais privés de quotidien régional

Par
La Une de "France Antilles" Guadeloupe de ce jeudi 30 janvier et un article en ligne de l'édition de Guyane de ce début de semaine
La Une de "France Antilles" Guadeloupe de ce jeudi 30 janvier et un article en ligne de l'édition de Guyane de ce début de semaine
- "France Antilles"

Après plus d'un demi siècle de parution, le groupe de presse "France-Antilles" a été placé en liquidation judiciaire sans poursuite d'activités par le tribunal de commerce de Fort-de-France. 235 salariés perdent leur emploi et les habitants de ces territoires une source écrite d'information.

La situation est unique en France : jamais des territoires n'auront ainsi été privés de quotidien régional. Le groupe "France Antilles" a été liquidé par la justice ce jeudi et une page se tourne dans l'histoire de la presse des Antilles, de la Guyane et de l'ensemble du pays. Ultime sursis ce samedi pour cet ancien fleuron de l'empire Hersant : une édition spéciale permettra d'abonder le plan social destiné aux 235 salariés touchés.

Triste journée à Fort-de-France. Récit d'Eric Chaverou, dans le journal d'Aurélie Kieffer, avec le témoignage du représentant des salariés, Rodolphe Lamy.

2 min

"Un cataclysme social"

"Ce matin, il y a eu des pleurs, un peu de colère, d'amertume, de tristesse aussi, parce que c'est un gâchis pour nous. Un gâchis sans nom. Mais nous sommes surtout très tristes pour des salariés qui ont consacré toute leur vie à cette entreprise. Certains ont fait 35 ans de nuit à l'imprimerie." Représentant des salariés de "France Antilles", le journaliste Rodolphe Lamy raconte très ému la journée funeste pour cette institution de la presse locale. Sans surprise, le tribunal de commerce de Fort-de-France a décidé la liquidation judiciaire sans poursuite d'activités. On avait en effet appris la veille que le montage financier de l'unique repreneur encore en lice - l'actuel actionnaire - ne tenait pas. Malgré un engagement fort de l’Etat et de quelques entrepreneurs locaux, il manquait encore 1,3 million d’euros.

Publicité

Dans un communiqué commun, le ministre de la Culture Franck Riester, et la ministre des Outre-mer Annick Girardin "regrettent que la mobilisation d'investisseurs privés, aux côtés d'un soutien exceptionnel de l'Etat, n'ait pas été suffisante pour permettre un projet de reprise". Les deux ministres "suivront avec la plus grande attention les conséquences sociales de cette liquidation judiciaire et l'accompagnement apporté aux salariés".

"Notre actionnaire Aude Jacques-Ruettard (petite fille de Robert Hersant) nous a repris il y a deux ans. Il y a eu des erreurs stratégiques assez importantes.", affirme Rodolphe Lamy. "Elle portait le projet de reprise, mais sans vouloir remettre au pot du tout. Elle a un terrain en Martinique qu'elle aurait pu mettre en garantie, puisqu'une banque était prête à apporter les 1,3 million d'euros. Elle ne l'a pas fait non plus." ajoute-t-il, alors que le groupe enregistrait des pertes de 500 000 euros par mois, pour un chiffre d'affaires annuel de 28 millions d'euros. Le directeur général du groupe, Frédéric Verbrugghe, avait souligné à l'automne que "l'édition d'un quotidien dans chacun des trois départements demeurera structurellement déficitaire", à cause d'"un lectorat limité par sa géographie et sa démographie" et d'"un marché publicitaire contraint".

Seules les filiales radio des trois éditions sont cédées à un repreneur. Et la justice a accepté une ultime requête pour ce titre lancé lors de la visite du général de Gaulle en Martinique, en 1964 : un dernier numéro sera publié ce samedi. La conclusion d’une page de l’histoire de la presse française dont les recettes serviront aussi aux salariés, pour abonder le plan social.

La première réaction de Rodolphe Lamy, le représentant des salariés, depuis Fort-de-France

3 min

La pluralité de l'information menacée

Cette disparition met également en danger pour beaucoup l'appréhension de l'information locale par la population. "Notre crainte depuis le début, confie Rodolphe Lamy_, c'est que les réseaux sociaux déjà très présents continuent de prendre encore plus d'ampleur. Avec tout ce que l'on peut voir de fausses informations. Maintenant, il reste quand même ici des médias fiables : la radio ou la télé. Mais ce n'est pas pareil. On ne traite pas de la même façon les événements en presse écrite ou en radio ou télé."_

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Le président de l'Alliance de la presse d'information générale, Jean-Michel Baylet, y voit une "horrible nouvelle pour la presse et la démocratie, à l'instar de ce qui se passe aux USA où 1 800 titres régionaux ont déjà disparu !". "Nous voyons là, entre autres raisons, la conséquence néfaste de l'action des GAFA et de leur refus d'appliquer les textes adoptés par l'Union européenne et le Parlement français", a-t-il estimé à l'AFP, appelant le président de la République à "agir".

Le SNJ, syndicat national des journalistes, a publié un communiqué sur "l’épisode désolant d’un gâchis annoncé." Entraînant "Le premier désert médiatique en France ! Et ce à quelques semaines des élections municipales."  

Lors de ses voeux à la presse mi-janvier, Emmanuel Macron avait assuré que "des mesures spécifiques" seraient prises pour aider la presse en Outre-mer, "particulièrement fragilisée".  "L'information est un maillon essentiel de la démocratie, nous ne pouvons donc que déplorer cette grande perte", a réagi la sénatrice de Martinique Catherine Conconne. Tandis que la présidente du Conseil départemental de Guadeloupe, Josette Borel-Lincertin, a évoqué sur Twitter un "Désastre pour les salariés, désastre pour les lecteurs, désastre pour le pluralisme. Le fait qu’aucune solution de reprise sérieuse n’ait pu être élaborée ces derniers mois par le gouvernement avec les entreprises des trois territoires restera comme le signe d’un abandon."