Mary Read et Anne Bonny, pirates des Caraïbes #CulturePrime

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Mary Read et Anne Bonny, pirates des Caraïbes

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Au début XVIIIe siècle, deux femmes pirates se battent, seules, contre un équipage entier. Anne Bonny et Mary Read, deux personnalités exceptionnelles, ont fait de la piraterie leur espace de liberté. Voici leur histoire, en images.

“Venez vous battre comme des hommes !” 1720,  Le Revenge écume les mers des Antilles, deux femmes se battent contre l’ennemi, plus courageuses que tous. Les hommes se sont cachés, tandis qu'elles sont sur le ponton pour affronter les troupes anglaises. Le combat est perdu d’avance mais Anne et Mary le voient comme l’affrontement ultime, celui de leur liberté. 

Deux enfances différentes

Avant d’être deux femmes pirates unies, Anne et Mary étaient aux antipodes. Mary grandit en Angleterre, elle ne connaît pas son père, et sa mère la travestit en garçon pour récupérer une pension de sa belle-famille. La combine marche : Mary, jusqu’à ses 13 ans, grandira dans la peau d’un petit garçon. 

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Elle rêve d’aventure et à l’époque, sans argent, ce n’est possible que par un seul biais : la marine. Elle reprend son costume de garçon et s’engage. Elle partira ensuite parcourir l’Europe dans l’infanterie et la cavalerie anglaise. 

Anne est son opposée. Élevée dans une bonne famille irlandaise, son père l’emmène avec lui aux États-Unis, dans une plantation en Caroline du Sud. Tête brûlée, hargneuse, capricieuse, Anne quitte le domicile à 16 ans quand elle rencontre un pirate. Elle rêve d’une aventure vibrante et romantique, son mari est en fait un informateur qui dénonce les pirates des Antilles. Elle le quitte alors pour un autre, un vrai bandit des mers cette fois-ci.   

“Leurs motivations sont très différentes à toutes les deux. Anne Bonny, ça paraît presque comme un caprice. On sait qu’elle avait un caractère absolument épouvantable, elle était volcanique. Elle a eu une enfance gâtée avec un père qui l’aimait beaucoup, qui l’a éduquée dans l’aisance. Mary Read, c’est tout à fait différent. Chez elle, se faire passer pour un homme a toujours été une question de survie. Elle n’est pas partie en se disant : “Je vais devenir flibustière, pirate dans les Antilles.” Pas du tout, elle a en fait été plongée dans ce milieu-là, contre son gré", analyse Marie-Ève Sténuit, écrivaine et océanographe. 

La découverte de la piraterie

Mary monte à bord d’un navire anglais en direction des Indes Occidentales, elle pense y trouver un nouveau départ. Des pirates attaquent alors le bateau, ils cherchent des effectifs et Mary saisit cette chance. 

Le code d’honneur de la piraterie, à l’époque, séduit : chaque voix compte, le butin est partagé et il y a une assurance pour malades et blessés. Les avantages sont nombreux et les esprits plus ouverts. Mais les femmes y sont totalement interdites… 

Mary vogue pendant plusieurs années sous le nom et l’apparence de “Willy Read” 

En 1719, Anne Bonny et son nouvel amour, Jack Rackham, pillent les eaux antillaises. Anne aussi se travestit et se fait appeler Adam Bonny. 

À réécouter : L’imaginaire pirate du protestantisme

Mary Read apprend que Jack Rackham cherche à recruter et les rejoint. Anne, attirée par la version masculine de Mary, la drague et cette dernière lui avoue qu’elle aussi est une femme. La supercherie est découverte. 

“Ce sont aussi des esprits plus rebelles, plus libres et qui ont finalement moins de mal à accepter la présence de femmes. On sait qu'Anne Bonny ne cachait pas le fait qu’elle était une femme mais elle était dans une position privilégiée : elle était la maîtresse du capitaine. Elle ne s’habillait en homme que pour les combats ou pour naviguer parce que c’était plus pratique. Mary Read, par contre, a continué à cacher le plus longtemps possible le fait qu’elle était femme et ce n’est qu'après avoir reçu les avances d’Anne Bonny qui la prenait pour un homme qu’elle s’est dévoilée. Et tout le monde dans l’équipage savait, à ce moment-là, qu’elle était une femme et cela n’a posé aucun problème", développe Marie-Ève Sténuit

Un lien infaillible

À partir de ce moment-là, les femmes se lient d’amitié. Rapidement, la place d’Anne et Mary est bien plus que tolérée : elles sont des pirates hors pair. 

Elles sautent les premières sur les bateaux ennemis, combattent avec hargne et en première ligne. Certains racontent qu’entre Anne et Mary l'amour se mêlait à l'amitié… Mais le mystère reste entier. 

“Les motivations des femmes qui s’engagent, que ce soit dans la piraterie ou dans l’armée ou ailleurs, c’est aussi une façon d’être maître de son destin et de prendre sa vie en main à une époque où les voies professionnelles pour les femmes n’étaient quand même pas nombreuses, surtout quand on venait de la campagne ou d’un milieu très défavorisé", décrit Marie-Ève Sténuit. 

Mais après des dizaines d’abordages, des tonnes de thé volé et un petit butin accumulé, Le Revenge, sang de tortue sur la poupe, se fait arrêter. Le navire est attaqué en octobre 1720 par les troupes de George Ier. Les pirates de l’équipage sont tous saouls et partent se cacher. Anne et Mary sont les seules à se battre. 

À réécouter : Un panorama historique

Tous sont emprisonnés en Jamaïque et condamnés à la pendaison. Mary et Anne disent être enceintes et évitent la pendaison. 

Mary Read meurt en cellule peu de temps après, avant même d’accoucher. Anne Bonny disparaît de la circulation trois ans plus tard. Son père l’aurait fait sortir de prison, elle se serait mariée et aurait repris la vie qui était prévue pour elle : plantation, mari et enfants.  

A écouter aussi

Deux pirates des Caraïbes : Anne Bonny et Mary Read. Une histoire de la collection "Les Odyssées" de France Inter