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Mathématiques : le destin hors norme de Maryam Mirzakhani, première lauréate de la Médaille Fields

Par
Maryam Mirzakhani
Maryam Mirzakhani
© Maxppp - STANFORD UNIVERSITY/HANDOUT/EPA

Décès. Victime ce samedi à seulement 40 ans d'un cancer, Maryam Mirzakhani fut la première mathématicienne distinguée par la plus prestigieuse récompense dans sa discipline. Née à Téhéran, elle était passée par les plus célèbres universités américaines.

"Plus je passais de temps à faire des maths, plus j'étais heureuse.", confiait encore jeudi dernier dans son ultime post Facebook celle qui rêvait pourtant initialement de devenir écrivain.

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Née à Téhéran, Maryam Mirzakhani avait donc d'abord choisi les lettres jusqu'à ce que son frère lui fasse découvrir un livre de maths qui raconte la fameuse histoire de Friedrich Gauss, ou comment effectuer facilement la somme de tous les entiers de 1 à 100. Collégienne, elle se passionne alors pour les chiffres.

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Évocation de Sarah Maquet

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Spécialiste de la géométrie des formes inhabituelles

Autre curiosité dans sa vie : son domaine de prédilection. Sa passion pour la géométrie des formes inhabituelles (de la dynamique et de la géométrie des surfaces dites de Riemann) lui a fait découvrir de nouvelles façons de calculer les volumes d'objets avec des surfaces hyperboliques, comme une selle de cheval. Et fait inédit, cette jeune femme discrète remporta trois médailles d'or aux Olympiades internationales de mathématiques deux années de suite, avec un "sans faute" pour sa seconde distinction, en 1995. Ce alors qu'aucune femme n'avait jamais fait partie de cette équipe iranienne.

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Après un master en Iran à l'Université Sharif, elle quittera son pays pour affirmer son génie aux Etats-Unis. Selon le Guardian, elle soulignera les difficultés de l'Iran à conserver ses "cerveaux". Et elle vient aussi d'échapper à la mort, en 1998, de retour d'une compétition de mathématiques avec son équipe universitaire. Son bus a un accident dans la ville de Ahwaz : deux chauffeurs et sept de ses camarades meurent.

Elle débute à Harvard avec des notes en farsi ponctuées de quelques questions en anglais ! Mais elle brillera par son doctorat en 2004. Sa thèse est qualifiée de "chef d'oeuvre" par le Stanford News. "La plupart des mathématiciens ne produiront jamais quelque chose d'aussi bon (…). Et elle l'a fait dès sa thèse", avait estimé à l'époque le professeur de mathématiques de l'université de Chicago Benson Farb. Le médaille Fields 1998 Curtis McMullen, qui a dirigé cette thèse, évoque "une ambition sans peur".

Maryam Mirzakhani passera ensuite à Princeton, puis à Stanford, où elle enseignait depuis 2008. Selon le Stanford News, la jeune fille décrivait son travail comme "de la peinture".

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"Je serai heureuse si cela encourage de jeunes femmes scientifiques et mathématiciennes"

Maryam Mirzakhani était entrée dans l'Histoire il y a trois ans. En août 2014, elle est la première femme à décrocher la Médaille Fields depuis 1936 ! Elle qui confie à l'époque à la Fondation Clay, qui l'a également primée, être "une chercheuse lente". "La première femme, ENFIN !", s'exclame alors avec fierté Michèle Artigue, professeur émérite à l'université Paris-Diderot. "Une mathématicienne jeune, brillante, avec de grandes qualités humaines.", se souvient l'ancienne présidente du Comité scientifique des IREM (Instituts de recherche sur les mathématiques).

Aujourd'hui encore, la jeune Iranienne reste la seule femme à avoir obtenu l'équivalent du Nobel des mathématiques, révélé tous les quatre ans. Le Congrès international des mathématiciens (ICM) explique alors pour accompagner sa distinction : "Dotée d'une parfaite connaissance d'un éventail très divers de techniques mathématiques et de cultures mathématiques disparates, elle maîtrise une rare combinaison de capacités techniques, d'ambition audacieuse et une profonde curiosité". Maryam Mirzakhani avait alors réagi ainsi :

C'est un grand honneur et je serai heureuse si cela encourage de jeunes femmes scientifiques et mathématiciennes. Je suis convaincue que de nombreuses autres femmes recevront ce type de récompense dans les prochaines années.

Comme en écho, le président de Stanford, Marc Tessier-Lavigne a déclaré hier que "Maryam est partie bien trop tôt mais son influence restera vivante à travers les milliers de femmes qu'elle a encouragées sur la voie des maths et des sciences".

Pour le mathématicien et auteur du livre à succès "Amour et maths" Edward Frenkel, Maryam Mirzakhani a brisé le plafond de verre et a déclenché beaucoup de vocations, d'hommes comme de femmes.

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Le médaillé Fields français Cédric Villani a rendu hommage à un "bel esprit, une belle âme, une femme merveilleuse. Une figure emblématique pour l'Iran et pour les femmes dans les sciences."

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Enfin, dans un de ses tweets d'hommage, le scientifique américano-iranien et ami Firouz Michael Naderi a évoqué la fille, la mère et l'épouse :

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La crise des mathématiques en France

Découvrez en complément notre "Pixel" de mars 2014 sur les femmes et les sciences. On y apprenait notamment qu'en France 45% des filles étudiaient les matières scientifiques au lycée et ont de meilleurs résultats que les garçons au bac S. Mais avec après une chute vertigineuse, en particulier en mathématiques : 16% seulement s'y intéressent en facs et grandes écoles. A tel point que l’on s'inquiétait de pouvoir trouver de futures enseignantes ! Laurence Broze présidente de l'association Femmes et Mathématiques, lancée il y déjà 26 ans, ne désespérait pas pour autant alors, malgré une dégradation de la situation :

"Nous ne nous décourageons pas, avec 3 points précis : envers notamment les jeunes, collégiennes et lycéennes, pour faire découvrir les métiers riches et variés des mathématiques."

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