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Matières à penser | « Et nos amours ? » par Frédéric Worms

Frédéric Worms
Frédéric Worms
- M.Lazaridis / IFA

Du 17 au 21 juin 2019 Matières à penser : une semaine, un producteur, un thème sur France Culture 22h15 -23h

« Et nos amours » : le poète a raison de le dire ainsi, car on les oublie ! Et nos amours, dans tout ça ? Ce n’est pas la moindre des choses, c’est au contraire le coeur du contemporain. Les amours concrets, ou concrètes. Leur diversité, leurs ruptures, leurs aventures, leurs souffrances et leurs joies, qui disent tout de l’époque et nous permettent de la penser, d’y résister. De l’eau a coulé sous les ponts, et même le pont Mirabeau, ce n’est pas toujours le même. « Faut-il qu’il m’en souvienne ». Mais qu’en est-il de nos amours, aujourd’hui ? On en discute avec philosophes, écrivains, qui n’hésitent pas à les affronter, les vivre et les penser.  

Lundi 17 juin 2019

L’amour au-delà de toute économie

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Avec Luc Boltanski, sociologue.

La sociologie et le poème ont un point commun : ils doivent aller au-delà de l’économie et des échanges pour penser les passions humaines et en particulier l’amour. La singularité de Luc Boltanski est d’aller jusqu’au bout dans les deux cas, dans les deux approches et les deux écritures. Il les dissocie et les associe à la fois. Car on ne peut pas comprendre la société sans l’étrange économie de l’amour qui dépasse toute économie. On connaît moins sa poésie, une grande poésie, traversée concrètement par les déchirements et les rencontres, et nos amours.

Parmi de nombreux ouvrages, il a publié L’amour et la justice comme compétences : trois essais de sociologie de l’action (Gallimard, 2011) et plusieurs ouvrages de poésie dont le plus récent : 61 adresses, 9 destinataires (Ed. MF, 2013)

Mardi 18 juin 2019

L’amour à travers la rupture

Avec Claire Marin, philosophe et écrivain 

La rupture nous révèle la force de l’amour mais en quoi consiste-t-elle exactement ? Est-ce une force vitale que nous découvrons tout à coup et qui peut nous briser, comme dans le cas de la maladie, avec cette « violence de la vie » que la philosophe du soin a déjà étudiée dans de précédents livres ? Ou est-ce la force d’un lien singulier, avec « quelqu’un » qui nous a défini, et tout coup en nous quittant peut nous briser, dans notre singularité ? Quoi qu’il en soit, la rupture amoureuse n’est pas un épisode secondaire, mais une fenêtre sur ce qui nous constitue. Elle le révèle en le menaçant, mais aussi pour nous le rappeler, et nous y reconduire.

Auteure de “rupture” (Ed. De l’observatoire, 2019)

Mercredi 19 juin 2019

L’amour qui commande

Avec Catherine Chalier, philosophe, traductrice. 

Pour Catherine Chalier, il n’est pas question d’opposer la loi et l’amour, pas plus dans la tradition religieuse (comme si on réservait l’une au judaïsme et l’autre au christianisme) que dans nos vies. C’est dans tous les cas l’amour qui est le critère, l’amour vital contre celui qui est mortel, c’est l’amour qui commande. La loi sans l’amour serait sans critère, sans justice. L’amour sans la loi serait illusoire, comme s’il était donné, alors qu’il est menacé, par la haine. C’est son grand livre, La gravité de l’amour. Le dernier ouvrage, sur la pureté, y revient encore, car il y a une pureté destructrice, mais la pureté concrète est faite d’amour pour les êtres vivants, concrets, charnels, fragiles, et c’est lui que l’on peut commander, c’est lui qui commande.

Auteure de Pureté, impureté : une mise à l’épreuve (Bayard, 2019) et de plusieurs ouvrages sur les liens entre la pensée hébraïque et la philosophie.

Jeudi 20 juin 2019

Les histoires d’amour ne sont pas finies

Avec Grégoire Bouillier, écrivain

Le tome II du Dossier M comme amour de Grégoire Bouillier n’est pas l’histoire d’une « peine » et de sa « fin », comme on pourrait croire. Il en a « pris pour dix ans », lui dit une voix, après la rupture. Et c’en est le récit. Mais l’amour et son histoire ne sont pas finis, sont presque infinis. Et ce n’est pas l’histoire d’une peine seulement, mais d’une création et d’une joie. La relation à l'autre éclaire tout, rend tout possible, jusque dans l’après, dans une immense création comparable au « free jazz » où l’on retrouve toute l’époque, qui n’est pas finie, qui continue.

Auteur de Le Dossier M, volume 1 (Flammarion, 2017) et Le Dossier M, volume 2 (Flammarion, 2018)ré-édités en 2019 (Ed. J’ai Lu).

Vendredi 21 juin 2019

Où en sommes-nous avec la jalousie ?

Avec Giulia Sissa, historienne et philosophe

On critique la jalousie comme une passion triste, vaine, qu’il faudrait dépasser. Mais c’est elle qui nous dévoile la réalité de l’amour, sa cruauté mais aussi sa profondeur. C’est le signe de tout amour réel, qui est tissé de singularité, qui la remet en jeu et en cause, mais aussi la prouve et l’éprouve. L’Antiquité le savait, de Médée à Phèdre ; les grands livres la retrouvent toujours, ainsi chez Proust ; la jalousie nous rappelle que l’amour n’est pas un jeu, mais un feu, et qui continue à brûler. Il faut assumer la jalousie, et sa vérité.

Auteure de La jalousie : une passion inavouable (Odile Jacob, 2014)

Réalisation  Anne-Pascale Desvigne