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Matthieu Pigasse étend son empire culturel

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Matthieu Pigasse était déjà président des Eurockéennes. Ici, le 5 juillet 2015, à Belfort
Matthieu Pigasse était déjà président des Eurockéennes. Ici, le 5 juillet 2015, à Belfort
© Maxppp - Darek Szuster

A la frontière entre la culture et les affaires, Matthieu Pigasse rachète le festival Rock en Seine, l'un des plus grands festivals français. Passionné de rock, le patron de la banque Lazard en France renforce ses investissements culturels, lui qui détient déjà quantité de médias.

Et de deux ! A l'été 2015, tout juste nommé président (bénévole) des Eurockéennes, Matthieu Pigasse confiait son amour du festival franc comtois. "J’apprécie son côté festif, cool, ouvert d’esprit avec des publics très différents. Je suis tombé amoureux de ce festival !", déclarait-il à l'Est Républicain. Ce matin, le patron de la banque Lazard en France parle à l'AFP de Rock en Seine comme d'un "investissement coup de coeur". "Je ne rachèterais pas Rire et Chansons ou Radio Nostalgie", précise celui qui détient depuis un an Radio Nova.

Également co actionnaire du groupe du Monde (Le Monde, Télérama, L'Obs), du Huffington Post ou de Vice France, il ajoute à propos de ce rachat via sa holding personnelle des Nouvelles Éditions Indépendantes (LNEI) : "C'est aussi un projet politique : nous utilisons l'éducation et la culture pour changer le monde".

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Mais Matthieu Pigasse s'intéresse surtout aux 110 000 spectateurs de Rock en Seine, le 4ème festival français en terme de fréquentation, jusque là détenu par ses trois fondateurs. L'objectif de l'homme d'affaires est de faire des recettes de billetterie, grâce à un pass vendu pour ces rassemblements entre 150 et 200 euros par personne, et des recettes publicitaires. Et surtout, celui qui contrôle également le magazine Les Inrocks reconnaît sa volonté de placer sa branche événementielle, LNEI live, à la tête de la production de contenus premium. Elle deviendrait leader sur tout le marché de la musique, tant sur les festivals que sur les droits de diffusion et surtout sur le net. Matthieu Pigasse ne cache pas d'ailleurs sa volonté de racheter d'autres événements live en France et en Europe.

Un prolongement de ses investissements très importants depuis un an dans la production audiovisuelle, aux côtés du patron de Free, Xavier Niel, et de Pierre-Antoine Capton. Leur fonds, Mediawan, vient en particulier de racheter le groupe de télévision français AB pour 270 millions d'euros, avec l’ambition de devenir l’un des plus grands groupes de médias et de contenus en Europe.

Également vice président du Châtelet, celui qui ne cesse de revendiquer son indépendance maîtrise donc désormais une grande part de la chaîne de production et de diffusion culturelle.

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La concentration de l'industrie culturelle

Le phénomène n'est pas nouveau, puisque depuis la fin des années 90 et l’effondrement du marché du disque, les grands groupes privés se sont réfugiés sur les festivals. Fimalac, SFR, la Fnac, Lagardère ou Vivendi, qui a d'ailleurs annoncé hier encore le lancement d'un festival culturel franco britannique à Londres pour assoir toutes ses filiales londoniennes. Le spectacle vivant est menacé depuis longtemps d'une forte concentration, à l'image de ce qui se passe dans les médias. Et la baisse des subventions publiques dans le domaine culturel n'arrange rien.

Bien sûr, ce modèle de financement à l'américaine a du bon, notamment parce qu'il permet de financer toute l'échelle de la production. Mais des voix s'élèvent à la Sacem notamment pour dénoncer le risque d'uniformisation culturelle. Car ces grands groupes décident aujourd'hui de plus en plus au niveau européen, voire américain. Ce qui favorise les grandes stars internationales. C'est le public qui en sort perdant : il paie globalement plus cher, pour moins de choix et de diversité.