Maurice et Katia Krafft, un couple explosif

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Maurice et Katia Krafft, un couple explosif

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Il y a 30 ans, ils mouraient ensemble dans une nuée ardente au Japon, dévorés par leur passion pour les volcans. Par leurs films, leurs livres et leurs conférences, Maurice et Katia Krafft ont su transmettre leur passion à un large public comme aucun autre scientifique avant eux.

Le 3 juin 1991 au Japon, Maurice et Katia Krafft meurent comme ils ont vécu : dans un volcan. Ironie du sort, au même moment aux Philippines, leur dernier film de prévention sur les risques volcaniques motive l’évacuation de la population - plus de 20 000 personnes - juste avant une terrible éruption. Médecins de la Terre, ils ont filmé, inventé des outils scientifiques, écrit, collectionné, témoigné, partagé... et démocratisé ainsi leur passion comme aucun autre passeur de science avant eux. 

Plus de 150 éruptions

En 25 ans, ce couple explosif, nomade, aventurier, a étudié plus de 150 éruptions de par le monde : Islande, Kenya, Antilles... En filmant leurs nombreux terrains, ils constituent ainsi un fonds iconographique unique qu’ils partagent, en passeurs infatigables, notamment sur les plateaux de télévision, répondant parfois à des questions d'enfants. 

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Les Américains surnomment ces Alsaciens marginaux les “volcano devils”. Lui, géologue de formation, découvre sa passion enfant, lors d'une excursion touristique à Stromboli avec son père. Il militera toute sa vie pour faire des volcans des zones protégées, mais ouvertes au tourisme. Elle, physicienne et chimiste brillante, obtient le prix de la Vocation en 1969. 

La chimiste et le géologue

"C’est sûrement le plus beau phénomène, le plus beau spectacle de la nature. La mer déchaînée à côté, c’est nul. Le problème sur un volcan, c’est la limite à ne pas dépasser." Devant les déclarations un brin provocatrices de Maurice Krafft en 1991 sur un volcan à Hawaï, sa femme rit en secouant la tête. Mais elle ne fait pas que l'écouter. Loin du simple rôle d'accompagnatrice, Katia collecte les données, invente des appareils plus performants, se démène pour développer la géothermie en Indonésie... Physicienne brillante, elle a passé plus de vingt ans de sa vie à guetter l'éruption la plus spectaculaire.  Quelques mois avant sa mort, en 1991, elle fait le compte : 170 éruptions, alors que Maurice, lui, n'en a vu que 150. Pendant qu'il court les conférences, elle parcourt le monde.  Ce différentiel est "un problème dans notre couple", souligne-t-il en riant. Un couple forcément explosif, qui, à la place "d'un vulgaire coucher de soleil", observe le clapotis de la lave sur un volcan islandais ou kenyan. 

Leurs nombreux guides des volcans et autres documentaires encouragent le renouveau des études géologiques en France et vulgarisent la théorie de la tectonique des plaques, une révolution dans les années 1970, à laquelle ils contribuent. 

Précurseurs des énergies alternatives, ils œuvrent à développer la géothermie dès les années 1960, notamment en Indonésie. Mais pour les Krafft, au fond, s’intéresser aux volcans, c’est pénétrer les mystères de la vie et s’enivrer de la beauté du monde.

57 min