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Maurice Genevoix : "Cet obus est tombé juste devant moi et j'ai été le seul épargné de la tranchée."

L'écrivain Maurice Genevoix chez lui à Paris en juillet 1979.
L'écrivain Maurice Genevoix chez lui à Paris en juillet 1979.
© Getty - Micheline Pelletier

1973. En 1972, Maurice Genevoix fait paraître "La mort de près", un ultime témoignage sur les souffrances de la guerre, écrit à l'âge de 82 ans, un récit qui s'est imposé à lui alors qu'il se sent arrivé au terme de sa vie. Dans cet entretien, il revient sur l'essentiel qu'il veut transmettre.

Invité de l'émission "Une demi-heure avec" de Pierre Lhoste, l'écrivain et académicien Maurice Genevoix parle de son dernier récit publié en 1972, La mort de près. Dans cet essai, l'écrivain de la Grande Guerre revient sur son expérience vécue dans les tranchées alors qu'il fut à trois reprises blessé et qu'il frôla la mort. Il s'explique sur les raisons qui l'ont poussé, cinquante-sept ans après la guerre, à écrire ce livre, un ultime témoignage des neuf premiers mois de la Première Guerre mondiale : "J'ai connu toutes les formes de la guerre : la guerre de mouvement, la fixation des fronts, la guerre de tranchées, la guerre de mines..."

Je crois que l'âge situe les perspectives et on se rend beaucoup mieux compte après cette espèce de désencombrement de la mémoire, de ce qui a vraiment compté et de ce qui a moins compté. Et comme le temps imparti, le temps qui reste c'est la peau de chagrin, est devenu extrêmement limité, et bien il est temps justement de choisir ce que la mémoire elle-même a choisi pour soi et de délivrer un message dont on est réellement comptable. On n'a pas le droit de taire ces choses-là, à partir du moment où on est un écrivain et que l'on veut communiquer avec ses semblables, on n'a pas le droit de le garder pour soi.

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Maurice Genevoix parle de ses souvenirs de guerre autour de son livre "La mort de près", le 04/09/1973 sur France Culture.

30 min

Maurice Genevoix insiste sur ce qui est important à ses yeux dans son témoignage, "c'est l'approche de la mort et surtout le contact avec la mort des autres".

C'est l'instant où les balles vous atteignent, un fragment de seconde, moi ça a pris un peu plus parce que j'en ai reçu trois successivement, c'est le même type qui a manœuvré sa culasse et qui m'a balancé une balle dans le bras gauche, puis une autre dans le même bras et une troisième dans la poitrine, enfin c'est tout de même instantané. Et bien, avant vous êtes dans le domaine des gens vivants et après vous êtes dans le domaine des gens qui sont au seuil de la mort. Et c'est grâce au recul, cinquante-sept ans après l'événement, et grâce à cette expérience de la vie dans l'intervalle, que vous pouvez faire l'effort difficile de revivre votre propre mort.

Dans le cours de l'entretien, Maurice Genevoix décrit ses sensations, grièvement blessé et transporté dans l'ambulance, se sentant à l'approche de la mort. Il livre son témoignage empli de sérénité, arrivé à l'âge de 83 ans.

Je souffrais beaucoup, et puis un moment venait où j'avais le sentiment de flotter. [...] Un moment venait où progressivement la souffrance s'abolissait, c'était déjà une première miséricorde : on cessait de souffrir et d'entendre, tout en gardant conscience. Et on descendait petit à petit, sans angoisse, on avait le sentiment qu'on allait passer au-dessous de la limite. Puis au moment où tout allait s'abolir, la vitalité reprenait ses droits et on émergeait très lentement. Mais si on n'était pas remonté, et bien je crois que c'est cela la mort et la mort vous aurait non pas brutalement saisi, mais recueilli, accepté, dans ses bras.

  • "Une demi-heure avec"
  • Première diffusion le 04/09/1973
  • Producteur : Pierre Lhoste
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France