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Maurice Genevoix : "Je crois que je suis de ces écrivains intemporels ! "

Maurice Genevoix en avril 1980.
Maurice Genevoix en avril 1980.
© Getty - Micheline Pelletier/Gamma-Rapho

1969. Maurice Genevoix est invité pour parler de la réédition de ses contes pour enfants, "L'hirondelle qui fit le printemps". Le grand écrivain âgé de 80 ans s'exprime ainsi sur les raisons intimes qui l'ont amené à écrire pour la jeunesse et lance un plaidoyer pour l'amour et la défense de la nature.

A l'occasion de la republication de son livre L'Hirondelle qui fit le printemps écrit en 1941 et réédité en 1969, l'écrivain Maurice Genevoix tente de répondre aux raisons qui l'ont poussé à écrire pour la jeunesse, sûrement pense-t-il qu'il se trouvait à un "tournant" de sa vie.

Il y a aussi peut-être ce désir de se retourner vers sa propre enfance, de se prouver à soi-même que le fil n'est pas tout à fait brisé ou alors qu'il est possible de le renouer. [...] Il ne faut pas se demander tant de choses que cela et se poser tant de questions : il faut se prendre comme on est et comme ça vient !

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Maurice Genevoix invité de l'émission "Elle et lui" du 21/02/1969 à propos de son livre "L'Hirondelle qui fit le printemps"

17 min

Maurice Genevoix se dit effectivement "ramené de plus en plus vers cette enfance", sûrement avec l'âge qui avance. Cela explique donc son désir d'écrire pour les enfants et c'est l'occasion pour le secrétaire perpétuel de l'Académie française de réfléchir à cette écriture à destination de la jeunesse. Le seul moyen d'y arriver, explique-t-il c'est d'éviter toute "attitude" et "d'écrire sans penser" que l'on écrit pour des enfants.

Combien de fois dans des ouvrages destinés à l'enfance, on sent cette espèce de guindage intérieur, cette espèce de raideur, on bêtifie, on devient gnangnangnan, on devient ultra-puéril et pratiquement ridicule et par conséquent on rate, c'est sûr ! Il ne faut pas songer à écrire pour l'enfance mais... malgré moi, actuellement lorsque j'écris, je suis non pas infesté d'enfance, mais au contraire, tout éclairé d'enfance, tout réchauffé d'enfance.

L'écrivain de presque 80 ans au moment de l'émission, donne son avis sur cette tendance de l'époque à vouloir sortir de l'enfance de plus en plus tôt. "C'est tout à fait fâcheux" selon l'écrivain, il lui semble que l'on "abîme" les enfants à vouloir les "contraindre" bien avant l'entrée dans le secondaire.

Il faut maintenir les enfants dans ce climat poétique où ils vivent tout naturellement et qui n'a que trop tendance, hélas, à se faner, à s'étioler et à disparaître. Et bien loin d'y contribuer en les attirant vers un domaine, vers lequel ils seront entraînés fatalement du fait de l'enseignement, du fait de leur études, du lycée, c'est inévitable... mais il ne sera jamais trop tard pour les y contraindre.

Maurice Genevoix poursuit sa réflexion sur le "scientisme" à la mode en 1969 qui donne la prédominance à la science, à la technique, au détriment à son grand regret de l'intérêt et du goût pour la nature.

A mesure que l'oppression d'un certain scientisme, d'un certain machinisme, d'un certain mécanisme se fera de plus en plus tyrannique, et bien de plus en plus il y aura chez nos contemporains et chez nos suivants, un véritable besoin physiologique de retourner à ces réalités intemporelles qui valent tout de même que l'on s'intéresse à elles parce que c'est un domaine poétique qui n'a pas fini de nous prodiguer ses richesses.

  • "Elle et lui"
  • Première diffusion le 21/02/1969
  • Producteur : Françoise Favier
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France