Maurice Genevoix raconte 14-18 #CulturePrime

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Maurice Genevoix raconte sa guerre de 14-18

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Archive | Maurice Genevoix a 24 ans quand il est mobilisé sur le front. Il frôle la mort, et perd l’usage d’une main. De l’autre, il décrira minutieusement les horreurs subies par "Ceux de 14", jusqu’à sa mort, à 90 ans. Ecoutez-le raconter sa guerre.

En cette journée de commémorations de l'Armistice de 1918, prenons le temps de (ré)écouter le récit de guerre d'un écrivain-combattant, Maurice Genevoix, dont la dépouille est aujourd'hui panthéonisée. Il raconte comment sa blessure, en le faisant frôler la mort, l'a poussé vers l'écriture. En voici un extrait : 

Maurice Genevoix : "La mission que nous avions reçue était la mission de sacrifice type, c’est-à-dire que l’on nous collait sur une plaine sans aucune espèce d’ouvrage retranché ou fortifié, avec mission, lorsque l’attaque allemande se produirait, de résister le plus longtemps possible, quitte à nous faire tuer sur place selon la formule traditionnelle, et de manière à donner aux gens qui étaient derrière nous le temps d’organiser cette seconde ligne mythique qui, peut-être grâce à notre sacrifice, existerait le soir ou le lendemain. La mission d’un commandant de compagnie dans ce cas-là est très simple, c’est de faire le chien de berger le long de sa ligne et d’essayer de maintenir ses hommes dans des conditions extrêmement dures et difficiles, sur une ligne où il n’y a que des embryons de tranchées ou des trous de tirailleur individuel.

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Et à un moment est arrivé ce qui ne pouvait pas ne pas arriver, c’est-à-dire que dans une trouée j’ai été aperçu par un des tireurs de la ligne d’assaut allemande, car l’assaut s’était déclenché très violent à ce moment-là. Ce tireur m’a vu, m’a collé une balle dans un bras, cette balle m’a atteint la face interne du bras, c’est-à-dire une très grosse lésion. Je suis tombé sur place, mon bras saignant et giclant, le tireur allemand qui me voyait a manœuvré sa culasse, m’a collé une deuxième balle, heureusement son arme devait porter un petit peu à droite et en haut, il m’a attrapé le même bras, j’essayais de remuer mais j’étais stupéfié, je ne pouvais pas matériellement, il a manœuvré sa culasse, il m’a flanqué une troisième balle qui cette fois m’a atteint à la poitrine.

À ce moment-là j’ai senti que certains de mes hommes me ramassaient, me portaient dans un abri, il s’agissait d’évacuer cette épave souffrante et misérable. Heureusement pour moi, il y avait neuf mois que je vivais avec ces hommes, et je crois qu’ils m’aimaient bien. Il s’en est trouvé quatre pour me mettre dans une toile de tente, assujetti sur deux baliveaux, pour m’emmener à tous petits pas pendant des centaines de mètres, sous les balles qui continuaient de voler et de frapper, - c’est magnifique-,  jusqu’à un poste de secours.

On m’a pansé comme on a pu et on m’a trimballé ainsi pendant des kilomètres jusqu’à un village qui s’appelle Rupt-en-Woëvre. Je suis arrivé à Rupt-en-Woëvre dans une… enfin pas un hôpital mais une ambulance divisionnaire si vous voulez, où on évacuait les blessés. Il y en avait beaucoup, il y avait des brancardiers, des infirmiers, il y avait des scribes, des comptables, tout ça dans une agitation extraordinaire. J’étais allongé sur une civière, sur le carrelage,  au milieu des gens qui allaient qui venaient, au milieu des cris. Et puis tout d’un coup j’ai entendu le lieutenant : 'Là, enlevez !'. Et on m’a collé dans une espèce de petite tapissière, qui nous a amené jusqu’à Verdun..."
 

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