"Maya" de Mia Hansen-Løve : les coulisses d'une scène

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"Maya" de Mia Hansen-Løve : les coulisses d'une scène

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La lumière rosée des temples de Hampi, les perruches en liberté, le regard de cette femme indienne, seule au milieu des ruines, qui sert du thé aux passants... Mia Hansen-Løve décrypte une scène clé de son long-métrage "Maya" où les relations entre les personnages basculent.

Dans Maya, on suit la reconstruction d'un reporter de guerre, Gabriel, resté quatre mois otage en Syrie. Il part se ressourcer en Inde où il a grandi, il fait la rencontre d'une jeune femme : Maya. La réalisatrice du film, Mia Hansen-Løve décrypte une scène clé du film.

La scène qu'on évoque ici commence alors qu'on est déjà à Hampi depuis un petit moment, les personnages sont au bain de la Reine, c'est un des plus beaux temples, il est situé au cœur d'Hampi. C'est un temple que j'aimais notamment pour sa lumière, très particulière, rosée. On a filmé Hampi très tard dans le film, on était à ce moment-là en équipe très légère on avait libéré déjà une partie de l'équipe, et on a filmé tout ça sans aucune lumière, vraiment juste la caméra, le 35 mm et Hampi est tellement beau que c'était possible de le filmer comme ça.

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Un des moments qui m'a procuré le plus de plaisir pendant ce tournage, c'est celui où on a filmé ces perruches parce que c'était quelque chose qui n'était pas au scénario, nous avons trouvé cet endroit près du temple et nous avons improvisé ces plans où Gabriel et Maya regardent les perruches. Ce sont des petits plans où on essaie de les suivre et on voit bien que la caméra a du mal : cela fait partie pour moi du charme de la scène. Ce plan fixe sur eux deux a été complètement improvisé en contrechamp avec les perruches que nous venions de filmer et il a fini par être l'affiche du film, j'aime bien cette idée que souvent dans les films, ce sont des moments, des instants pris au vol qui finissent par donner la note définitive du film.

À la fin de l'extrait, on voit Gabriel et Maya se faire servir un petit bol de thé auprès d'une femme indienne qui est là, seule au milieu des ruines, il n'y a personne autour, ça c'est quelque chose d'absolument authentique, cette femme était là, nous l'avions repérée un an avant, je m'étais moi-même arrêtée à son échoppe, et j'avais été impressionnée par la beauté de son visage et de son regard et j'espérais revenir la filmer et effectivement elle était toujours là, et donc cette scène, c'est une scène qui montre leur rapprochement et un silence entre eux lourd de désir et en même temps c'est aussi de façon très éphémère, l'occasion pour moi de regarder cette femme.