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Méditerranée : la France, plus gros producteur de déchets plastiques mais faible pollueur

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Une bouteille de plastique prise en photo dans le parc national de Port-Cros et Porquerolles le 1er mai 2017. Ce parc est l'un des refuges d'un poisson emblématique de la Méditerranée : le mérou.
Une bouteille de plastique prise en photo dans le parc national de Port-Cros et Porquerolles le 1er mai 2017. Ce parc est l'un des refuges d'un poisson emblématique de la Méditerranée : le mérou.
© AFP - Boris Horvat

Repères. La France est le plus gros producteur de déchets plastiques des 22 pays riverains de la Méditerranée d'après le WWF, qui a publié une étude à la veille du 8 juin, journée mondiale des océans. La France n'est pourtant pas la plus pollueuse : d'autres pays produisent moins mais rejettent plus.

Le dernier rapport sur la pollution aux plastiques en Méditerranée comporte une statistique inattendue : la France est le pays qui génère le plus de déchets plastiques parmi les pays riverains avec 4,5 millions de tonnes produits, soit 66,6 kg par habitant en 2016. Plus gros producteur mais pas plus gros pollueur : grâce à son système de collecte, notre pays est loin du trio de tête en la matière. À eux seuls, l'Égypte, la Turquie et l'Italie rejettent les deux tiers des 600 000 tonnes de plastique déversées dans la Méditerranée. La France, première puissance économique de Méditerranée, n'en rejette "que" 11 200 tonnes d'après le WWF.

"C'est l'équivalent de 34 000 bouteilles en plastiques jetées chaque minute dans la Méditerranée" : précisions de Véronique Rebeyrotte dans le journal de 8 heures de Clara Lecocq Réale du 7 juin 2019

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La France, grosse consommatrice de plastique

"La consommation de plastique par la France est effectivement d'un peu moins de 5 millions de tonnes par an", confirme Sylvain Pasquier, spécialiste des emballages plastique au sein de l'Ademe, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. "Ce chiffre recouvre les usages des particuliers et des entreprises" :

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L'emballage ménager représente 23% du plastique produit en France chaque année. C'est le plastique qu'on utilise chez soi, dans les bouteilles d'eau, les pots des yaourts, etc. Les emballages industriels et commerciaux comptent pour 15% : il s'agit des palettes en plastique, des films de palettisation... L'autre grand secteur est le bâtiment : les fenêtres en PVC notamment. Le secteur de l'automobile compte pour 9%, les produits électriques (5%) et le reste (30%) est constituée par les jouets, le jardinage, le plastique agricole et des objets de rangement comme des bacs en plastique.                  
Sylvain Pasquier, spécialiste des emballages plastique à l'Ademe.

Un rapport du WWF publié le 7 juin montre que les pays riverains de la Méditerranée génèrent 24 millions de tonnes de déchets plastiques chaque année. Sur ce total, 600 000 tonnes sont rejetés en mer.
Un rapport du WWF publié le 7 juin montre que les pays riverains de la Méditerranée génèrent 24 millions de tonnes de déchets plastiques chaque année. Sur ce total, 600 000 tonnes sont rejetés en mer.
© AFP - Laurence Saubadu, Olivier Levrault

Le plastique peut parfois être vertueux

Le plastique met en danger les écosystèmes sous-marins mais ce matériau présente aussi, parfois, des avantages : "Dans l'automobile, le fait de mettre plus de plastique va conduire à alléger les véhicules", observe Sylvain Pasquier, "et donc à réduire la consommation, ce qui permet de limiter l'impact environnemental en matière de rejet de carbone. Et ça n'est pas ce plastique là que l'on va retrouver dans l'océan".

"Présenter le plastique comme uniquement mauvais est très réducteur par rapport à la diversité des usages de ce matériau", précise Sylvain Pasquier, "dans l'automobile, c'est une bonne idée. Ce qu'il faut surtout, c'est bien collecter les plastiques, les recycler autant que l'on peut."

En savoir plus : Alchimie d’une matière
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La France recycle mais moins que d'autres

En matière de collecte, la France parvient à récupérer 98% du plastique produit d'après le WWF. Les trois quarts sont incinérés ou enfouis et un quart environ est recyclé : un taux inférieur à l'Italie, l'Espagne, Israël et la Slovénie. "Mais je ne connais pas les méthodes de calcul de ces pays", complète Sylvain Pasquier, "la Commission européenne travaille actuellement à harmoniser les pratiques dans l'UE".

Les 2% de plastique non collecté finissent dans la nature et représentent 80 000 tonnes, "ce qui est considérable car c'est un matériau très léger", estime le représentant de l'Ademe. Sur cette masse de déchets, 11 200 tonnes tombent dans la Méditerranée. Parmi les causes évoquées, le WWF critique un système de collecte moins performant dans les départements méditerranéens et l'impact du tourisme et des activités de bord de mer : "les activités côtières représentent le gros de la pollution, soit 79% des rejets dans la nature", d'après le rapport de l'ONG. "Les fleuves charrient 12% des déchets plastiques retrouvés en mer alors que la pêche, l'aquaculture et le transport maritime sont à l'origine de 9% de cette pollution : casiers à crabes, filets à moules, conteneurs..."

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Moins de plastique à l'avenir

En Méditerranée, le WWF appelle à un accord multilatéral contraignant pour stopper les rejets en mer d'ici 2030. Au niveau français, des mesures sont déjà prises, explique Sylvain Pasquier : "le premier niveau concerne la conception et la mise en marché des produits"

Dans certains cas, on peut substituer le plastique par d'autres matériaux. Il y a quinze ans par exemple, nous avions dix milliards de sacs de sortie de caisse distribués chaque année. Aujourd'hui, il n'y en a quasiment plus car on utilise des cabas. C'est un exemple de changement des pratiques en amont : un compromis entre nos besoins et l'impact sur l'environnement.              
Sylvain Pasquier, Ademe

"La collecte est le deuxième niveau sur lequel nous pouvons travailler. Éviter que des déchets partent dans l'environnement. Le dernier élément est d'innover en matière de recyclage : créer de nouveaux matériaux, etc. Sachant qu'un produit 100% recyclé n'existe pas, il faut à chaque fois rajouter de la matière vierge."

À l'échelle européenne, un texte a été adopté le 27 mars dernier par le Parlement sur les plastiques : la directive SUP (pour "Single used plastics"). Il prévoit d'ici deux ans l'interdiction des cotons-tiges, pailles, couverts et autres touillettes à café. Tous ces produits en plastique à usage unique seront interdits dans les pays de l’UE en 2021. 

Quant à se passer définitivement du plastique, comme le demande le WWF, Sylvain Pasquier répond qu'il sera difficile d'y arriver : "En matière médicale, ce matériau reste nécessaire par exemple, comme dans beaucoup d'autres activités. C'est un matériau léger, malléable..."  L'autre piste parfois envisagée est l'utilisation de plastiques d'origine végétale : "mais cet usage pose d'autres questions. Comment fait-on pousser ces végétaux, avec quels produits ? Et quelles seraient les conséquences sur les surfaces agricoles, déjà utilisées pour produire notre nourriture ?" 

De son côté, le WWF ne défend pas non plus le plastique végétal mais propose d'améliorer la réutilisation et d'instaurer un système de consigne.

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