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#MeToo : des pays inégaux devant la prise de conscience

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Manifestation à New-York le 9 décembre 2017
Manifestation à New-York le 9 décembre 2017
© AFP - STEPHANIE KEITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Malgré la dénonciation des agissements du producteur de cinéma américain Harvey Weinstein et le succès du hashtag #MeToo, la prise de conscience sur les violences sexuelles contre les femmes varie d'un pays à l'autre. Petit tour du monde.

La problématique est universelle. Elle fait fi des continents, des cultures, des religions, ou encore de la condition socio-économique. La question du harcèlement sexuel, des agressions sexuelles, et des viols, touche le monde entier. Dans des proportions différentes, mais toujours au-delà de ce que l'on pouvait imaginer.

Lorsque l'actrice Alyssa Milano appelle sur Twitter toutes celles qui ont subi des violences à caractère sexuel à utiliser le mot-clé #MeToo ("moi aussi"), les réponses abondent en provenance du monde entier. Nous sommes mi-octobre 2017, quelques jours seulement après la publication de premiers témoignages édifiants – beaucoup d'autres suivront – sur le comportement du producteur de cinéma Harvey Weinstein.

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L'actrice dit vouloir "donner aux gens une idée de l'ampleur du problème". Dans les heures qui suivent, des milliers d'utilisateurs reprennent le mot-clé pour témoigner de leurs expériences.

En quelques jours, ce mot-clé est utilisé plus de deux millions de fois sur Twitter par des utilisatrices de 85 pays.

Un tweet permet de retracer la propagation du mot-clé dans les deux jours qui ont suivi l'appel d'Alyssa Milano :

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Le mot est décliné : Le #MeToo anglais devient  #أنا كمان ("ana kamane", moi aussi) dans les pays arabes, notamment en Egypte, où selon l'ONU, 99,3% des femmes affirmaient en 2013 avoir été victime d'au moins une forme de harcèlement. #YoTambien dans les pays hispanophones. En France, c'est le mot-clé #BalanceTonPorc qui est utilisé. #QuellaVoltaChe (la fois où) en Italie.

Des conséquences dans la vie réelle

La prise de conscience se matérialise par des conséquences bien réelles. Début novembre, en Grande-Bretagne, le ministre de la Défense Michael Fallon démissionne après un premier témoignage d'un journaliste sur un comportement déplacé.

Le gouvernement français annonce vouloir présenter en 2018 un projet de loi "contre les violences sexistes et sexuelles", notamment le harcèlement de rue. Le président Emmanuel Macron promet une "procédure de verbalisation plus simple des actes de harcèlement ".

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En fin d'année 2017, le magazine américain Time a fait de ce mouvement et de ces "briseuses de silence" sa personnalité de l'année.

Il est toute de même à noter que dans certains pays le mouvement n'a pas été très suivi, et ce pour différentes raisons. C'est le cas au Brésil où le mot-clé #EuTambém ("moi aussi") n'a pas eu le même succès qu'aux Etats-Unis. Mais le combat des femmes y existe. Notamment pendant le mois de février qui correspond au Carnaval. L'occasion de combattre et de "repousser" les stéréotypes sur les femmes.

Eviter la "mode passagère"

Ce n'est pas la première fois que des femmes utilisent les réseaux sociaux pour dénoncer des violences sexuelles. en 2014 au Québec des centaines d'entre elles se mobilisent autour du mot-clé #AgressionNonDénoncée. Lui-même prolonge le mot-clé #BeenRapedNeverReported (J'ai été violé, je ne l'ai jamais dénoncé). Le Québec n'a pas été épargné par le mouvement #MeToo puisque deux stars ont été rattrapées par des accusations de violences sexuelles.

Mais cette fois, pour les femmes, ce qui a démarré en octobre 2017 doit perdurer et s'amplifier.

"Il était grand temps" que le scandale mondial des violences sexuelles éclate, s'est réjouie Chimamanda Ngozi Adichie, écrivaine nigériane, lors de la Nuit des Idées. Dans un entretien à nos collègues de l'AFP, elle a souhaité que ce mouvement soit un "début" et non "une mode passagère".

"Pendant trop longtemps, les femmes dans de nombreuses régions du monde ont eu le sentiment qu'elles ne pouvaient pas parler de ces choses-là parce qu'on ne les croirait pas ou parce qu'il y aurait trop de répercussions (graves) pour elles", souligne-t-elle.

Mais la tâche à accomplir est énorme. L'agence Thomson Reuters a dressé pour 2017 un triste palmarès des villes les plus dangereuses du monde. Pour le seul critère du harcèlement sexuel ainsi que des agressions et des viols, c'est la ville de Delhi qui apparaît comme étant la plus dangereuse pour les femmes. Puis on trouve : 

  • Sao Paulo
  • Cairo
  • Mexico
  • Dhaka
  • Istanbul
  • Jakarta
  • Kinshasa
  • Karachi
  • Lima

Autant de villes où les pratiques perdurent et les dénonciations restent inaudibles.

Mais parfois ce sont les autorités elles-mêmes qui censurent la parole des femmes. C'est ce qu'a constaté Dominique André, la correspondante de France Culture en Chine. 

La censure des autorités chinoises

Le mouvement "Ye Wo Shi", littéralement "moi aussi", a commencé en Chine sur le campus de l'université de Beihang, à Pékin, via Weibo, le Twitter chinois
Le mouvement "Ye Wo Shi", littéralement "moi aussi", a commencé en Chine sur le campus de l'université de Beihang, à Pékin, via Weibo, le Twitter chinois
© AFP - Wang Zhao

Là bas, le mouvement Me Too est devenu Wo Ye Shi. Une  ancienne étudiante de l’université Beihang à Pékin et une journaliste de Canton sont à la pointe d'une campagne qui se heurte à la censure de l’internet et au tabou de la société chinoise.

Il y a 12 ans, Luo Qianqian est agressée par son professeur à l’université. Le 1er janvier dernier, Luo a dénoncé publiquement l’agression sous le hashtag "Wo Ye Shi", traduction en chinois du "Me Too" américain. "Nous devons nous lever et dire non", a écrit l’ancienne étudiante, qui s'est inquiétée de la pression qui pesait sur les victimes. 

"Nous devons être consciente qu'être harcelée sexuellement, ce n'est pas notre faute. C'est la faute de l’agresseur. Nous devons leur dire non avec courage. J'espère pouvoir continuer à témoigner dans les universités." 

A l'occasion d'une enquête journalistique et d'un sondage auprès d'un petit panel de 250 femmes, 80 % ont répondu avoir été harcelées sexuellement sur leur lieu de travail. Mais seulement 1% a déposé plainte. 

Il faut souligner que le contrôle de l’internet, le poids de la société, la méfiance du Parti communiste chinois à l'égard de tout mouvement qui pourrait remettre en cause la stabilité du pays, et l'attitude des fonctionnaires sont autant d’obstacles que rencontrent les victimes.

Il y a deux ans, cinq féministes ont ainsi été arrêtées pour avoir distribué des tracts qui dénonçaient le harcèlement sexuel dans les transports publics.

Un flop au Japon

Au Japon, rares sont les femmes qui osent dénoncer le sexisme ordinaire ou tout simplement exprimer leur point de vue ! Et la Journée Internationale des droits des femmes y passe plutôt inaperçue. Pourtant, en novembre dernier, un scandale politico-judiciaire aurait pu lancer un débat sur le tabou du harcèlement et des agressions sexuelles dans l'archipel. La journaliste Shiori Ito a publié un livre dans lequel elle évoque son combat après avoir été violée par un proche du Premier ministre Shinzo Abe. 

La police a voulu la dissuader de porter plainte et le principal accusé n'a pas été inquiété par la justice. Mais Shiori a aussi reçu très peu de soutien de la part de ses collègues : dans des shows télévisés, on préfère commenter sa façon de s'habiller plutôt que d'aborder directement le sujet du viol. On évoque les questions morales, plutôt que de s'intéresser à l'histoire de la victime. D'ailleurs, certains vont même jusqu'à la traiter de prostituée sur les réseaux sociaux, quand d'autres remettent en question sa "véritable" identité japonaise : selon les règles de bienséance, une femme au Japon ne doit pas dénoncer ce genre de sujets "honteux" en public. Moins de 4 % des femmes violées osent porter plainte sur le sol nippon. Dans une société verticale, patriarcale, sans culture du débat contradictoire et où règne un idéal d'harmonie sociale, les victimes préfèrent rester tapies dans l'ombre. Seules quelques femmes, à visage découvert, tentent de faire vivre le mouvement MeToo à Tokyo. 

Sophia Marchesin est allée recueillir quelques très rares témoignages sur MeToo à Tokyo. Traduction assurée par Taeko Haga

3 min