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Michel Déon : "J'ai nourri mes livres de mes déplacements, de mes curiosités"

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Michel Déon en Irlande en 1988
Michel Déon en Irlande en 1988
© AFP - Ulf Andersen / Aurimages

disparition. L'écrivain, membre de l'Académie Française depuis 1979, est décédé ce 28 décembre à l'âge de 97 ans. Dans la cinquantaine de livres qu'il a publiés depuis 1944, "Un taxi mauve" est son ouvrage le plus célèbre. Le roman se déroule en Irlande où il a passé une partie importante de sa vie.

L'écrivain, dramaturge, et académicien français Michel Déon est mort ce mercredi 28 décembre 2016, à l'âge de 97 ans. Secrétaire de rédaction de l'Action française de Charles Maurras, il est associé aux "Hussards", ce mouvement littéraire opposé à l'existentialisme sartrien. Il est l'auteur entre autres ouvrages des Gens de la nuit, des Poneys sauvages, d'Un taxi mauve ou encore du Jeune homme vert.

En janvier 2013, il racontait son parcours et son regard de passionné de la littérature à Frédéric Taddeï, dans l'émission le Tête-à-tête :

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Michel Déon dans "le Tête-à-tête" en 2013

57 min

"Je n'avais qu'une envie c'est d'être libre, d'avoir une vie tranquille et d'écrire des romans."

"L'écrivain c'est quelqu'un qui jusqu'à la fin de sa vie apprend à écrire des livres."

Michel Déon est né à Paris le 4 août 1919 sous le nom d'Édouard Michel. Il a tout d'abord adopté Michel Déon comme nom de plume avant d'en faire son patronyme légal. Mobilisé de 1940 à 1942 et démobilisé à Lyon en novembre 1942, il devient en zone sud secrétaire de rédaction à L'Action française auprès de Charles Maurras.

"[Charles Maurras] a beaucoup imprégné mes lectures - il a raconté des choses admirables sur la Grèce. Anthinéa,le voyage en Grèce c'est une chose inoubliable.[…] C'était un grand philosophe. Il y avait un autre homme que j'admirais, peut-être beaucoup plus, mais que je n'ai pas connu c'était Jacques Bainville, historien, commentateur politique. Un visionnaire extraordinaire. Dans Les Conséquences politiques de la paix, en 1920, il a prévu tout ce qu'il allait se passer 20 ans après. C'était un homme prodigieux. Malheureusement il était une béquille de Maurras. Il ne se serait pas laissé entraîner dans le vichysme comme Maurras l'a été."

"Mon premier roman est paru le jour de la libération de Paris et le lendemain j'ai ouvert les journaux et on ne parlait absolument pas de mon roman !"

Après la Guerre, il commence une vie de voyages qu'il n'arrêtera plus et qui nourrira constamment son œuvre romanesque. D'une manière plus ou moins prolongée, il séjourne notamment en Suisse, en Italie, aux États-Unis, qu'il parcourt en train et en bus Greyhound grâce à une bourse de la fondation Rockefeller, au Canada, au Portugal et en Grèce (à partir de 1959), d'abord à Skyros, puis à Spetsai. Mais c'est encore en Irlande, pays dont il se sent proche culturellement, qu'il séjourne le plus longtemps en famille. Ses voyages et séjours en Irlande furent de grandes inspirations pour ses romans.

"J'ai été 28 ans en Grèce, puis en Irlande. J'ai été en Italie, j'ai passé un an aux Etats-Unis. J'ai nourri mes livres de mes déplacements, de mes curiosités."

Parallèlement à la composition de ses livres, il poursuit une carrière de journaliste, d'éditeur pour la maison Plon et de critique aux Nouvelles Littéraires ou au Journal du Dimanche. Lié aussi à la revue et aux éditions de La Table Ronde, il est associé aux "Hussards", bien qu'il ait lui-même contesté l'existence de ce mouvement.

"Je n'ai pas eu l'impression de mener le même combat, ils menaient un combat politique, je m'étais détaché et je n'ai pas lutté. J'étais un peu dégoûté de la politique. Je savais qu'il serait beaucoup plus amusant pour moi d'écrire des romans."

"Le journalisme m'a sorti de moi-même, je n'ai pas regardé mon nombril, j'ai regardé le nombril des autres. Le journalisme m'a écrit une économie des mots, un article est une excellente leçon de style."

Après la liberté de ton de La Corrida ou de La Carotte et le Bâton, il donne une nouvelle orientation à son œuvre en recourant au genre plus classique mais aussi plus ambitieux de la fresque contemporaine (Les Poneys sauvages) ou du roman de formation (Le Jeune Homme vert).

Il est élu le 8 juin 1978 à l'Académie française en même temps qu'Edgar Faure. Il y est reçu le 22 février 1979 par Félicien Marceau et fait l'éloge de son prédécesseur au 8e fauteuil, Jean Rostand. Sa carrière d’académicien permit de révéler au grand jour Vincent Delecroix (Tombeau d’Achille) et Jean Rolin (Chrétiennes). Il est aussi commandeur de la Légion d’honneur.

portrait rédigé avec la Documentation de Radio France