Publicité

Michel Sardou, Patrick Buisson : meilleures ventes pour les nostalgiques du monde d'avant

Par
Michel Sardou chante lors de l'enregistrement d'une émission de télévision en 1977 à Paris, France
Michel Sardou chante lors de l'enregistrement d'une émission de télévision en 1977 à Paris, France
© Getty - Daniel SIMON

La deuxième autobiographie de Michel Sardou est à la première place des ventes et l'essai du très conservateur Patrick Buisson entre au classement Edistat. C'est un peu paradoxal : les tenants du "c'était mieux avant" semblent finalement très à l'aise dans notre époque.

Bienvenue dans le Box Office, le rendez-vous hebdomadaire de l’émission Soft Power. On y épluche chaque semaine les tendances de la culture et les plus gros succès du moment. En partenariat avec l’institut d’études GfK pour les livres et les jeux vidéos et CBO Box Office pour le cinéma.

En Essais-Documents, à la première place des ventes, le retour d'un ancien : Michel Sardou. Le chanteur, qui se faisait discret ces temps-ci, nous rassure sur son état de santé dès le titre (au cas où nous serions inquiets) : Je ne suis pas mort, je dors. Une autobiographie somnambule, donc, en référence à une de ses chansons de 1979 qui portait le même titre. Il y chantait : "Et n'encombrez pas ma mémoire // De vos regrets de vos histoires". 

Publicité

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

À relire cette chanson, on se dit que Sardou, le plus réac des chanteurs français, l’ami de Sarkozy, l’auteur du temps béni des colonies, avait déjà peur de l’histoire ; comme s’il craignait de se faire "cancel" à la façon d'une statue de Colbert. Il chantait d’ailleurs : « Je n'veux pas qu'on m'ensevelisse. // Je n'veux pas être piétiné ». En tout cas : que ses nombreux fans se rassurent, il n’est pas encore "cancel", il est visiblement bien portant et il est surtout premier du palmarès des ventes.

Le top 10 Essais-Documents en France cette semaine, établi par GfK.

Beaucoup plus loin dans le classement Edistat, un autre auteur qui risque de se faire "canceler" : Patrick Buisson. On l’a entendu ici même, dans une matinale lugubre, raconter que le monde va mal depuis mai 68, depuis la libération de la femme, depuis la télévision, la culture rock ("entreprise d’abrutissement collectif", dit-il), sans oublier Vatican II, la libération sexuelle et surtout "la pilule contraceptive", l’horreur de l’horreur car elle a permis, je cite encore, "la destitution biologique des hommes" - parfois, on a du mal à suivre parce que Vatican II et la pilule, ça fait pas toujours bon ménage. Tout ça est dans son livre La fin d’un monde chez Albin Michel, traditionnellement l’éditeur des réacs, bien que Fayard et Robert Laffont soient également sur les rangs. Bref, Patrick Buisson le jure : "Oui, c’était mieux avant !" Dans son collimateur, il y a le transistor, vous savez l’appareil radio avant le podcast, l’iPhone et Spotify. Le transistor, c’est pour lui "le vecteur de pénétration de la marchandise au sein de l’intimité familiale". A la place du rock, Buisson préfère Anne Sylvestre et la chanson à texte. Signalons ici qu’avec sa chanson courageuse de 1974 Non tu n’as pas de nom Anne Sylvestre militait pour l’avortement – que Patrick Buisson condamne. Quant au rock : Après tout, il a raison, Anne Sylvestre vaut bien à elle seule, tout David Bowie, les Beatles, les Rollings Stones, Elton John, Elvis Presley et les dizaines de milliers de hits rock, pop, sol et R&B. En gros, Patrick Buisson dit un peu n’importe quoi. Qu’il ait été le maître à penser d’un président de la République française ne cesse de surprendre. 

L'Ouroboros de Pierre Lemaître

Cette semaine, à la 8ème place des meilleurs ventes en littérature, c’est Le Serpent Majuscule, le dernier livre de l’écrivain Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 pour Au revoir là haut. Le Serpent Majuscule, c’est le dernier livre de Pierre Lemaître mais c’est en réalité son premier roman. Un polar de jeunesse, une première histoire, écrite en 1985, mais qui n’avait jamais été publiée. Et à l’occasion de sa sortie, Lemaître a annoncé… qu’il n’écrirait plus jamais de polar. Le Serpent Majuscule est donc son premier polar et son dernier, son Ouroboros à lui, vous savez, ce serpent allégorique des anciens Grecs, celui qui se mord la queue pour l’éternité.

Le top 10 littérature en France cette semaine, établi par GfK.

Biomutant, samouraï suédois premier en France

En jeux-vidéo, c’est un RPG suédois qui s’impose à la première place : Biomutant. L’histoire d’un ronin, c’est-à-dire en japonais un samouraï errant, mais en 2021 on dirait plutôt un samouraï freelance. Biomutant, un jeu suédois à la première place des ventes en France mais qui atteint aussi la première place des ventes au Japon. Bref, un samouraï freelance nordique qui plaît aux Japonais… c’est vraiment beau, la mondialisation.

Le top 10 jeux-vidéo en France cette semaine, établi par GfK.

"The Father" de Florian Zeller, troisième film le plus populaire de la semaine

Au cinéma, cette semaine, c’est encore Adieu les Cons d’Albert Dupontel à la première place, avec plus de 200 000 entrées. À la troisième place, un nouvel arrivant : The Father, de Florian Zeller. Un résultat d’autant plus remarquable que ce n'est que le premier film de Florian Zeller (adapté d’ailleurs de sa propre pièce de théâtre, Le Père). Mais ceux qui suivent le cinéma sont déjà familiers du réalisateur, puisque le film a remporté deux Oscars cette année : celui de la meilleure adaptation de scénario et celui du meilleur acteur pour Anthony Hopkins.

Doja Cat, le chat d'Internet qui transforme la pop

En musique, cette semaine, le morceau le plus recherché au monde sur l’appli Shazam, c’est Kiss Me More, de Doja Cat et SZA, un morceau qui se place également à la 8ème place du Billboard. Doja Cat, de son vrai nom, Amala Ratna Zandile Dlamini, est un oiseau rare de la pop américaine. Son père est un acteur et producteur sud-africain d’origine zoulou ; sa mère une peintre juive américaine, qui travaille aussi dans le design de mode. Mais pour comprendre le cocktail Doja Cat, il faut un autre ingrédient essentiel : la culture internet. Comme le “cat” de son nom l'indique, elle a grandi dans les mèmes et les forums de chats anonymes, troll à ses heures, toujours dans ce second degré hyper-référentiel typique des enfants d’Internet. Quand Billboard lui consacre sa une en avril, le magazine lui demande très justement : comment une weirdo (dérivé de l'anglais weird, bizarre) d’Internet a-t-elle envoyée la pop dans une autre dimension ? On écoute sa réponse : Kiss me more.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

CETTE CHRONIQUE EST À REECOUTER DANS LE PODCAST DU 06/06

LES RÉSEAUX SOCIAUX | Suivez Soft Power sur les réseaux sociaux pour ne rater aucun podcast mais aussi voir les photos, les vidéos et la playlist de l'émission : Instagram | Twitter | Facebook | LinkedIn | Spotify

L’ACTUALITÉ DE SOFT POWER | Pour tout comprendre à l’actualité du numérique, lisez notre Alphabet numérique et notre guide des 44 intellectuels pour penser le numérique. Et pour en savoir plus sur la pensée de l'écologie, nous avons créé notre bibliothèque idéale des penseurs de l'écologie.