Michel Simon et son singe, en 1961
Michel Simon et son singe, en 1961

Michel Simon, écolo visionnaire en 1965

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Michel Simon, écolo visionnaire

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1965 | Il y a cinquante ans, le 1er ministère de l'environnement voyait le jour en France. Quelques années plus tôt, un visionnaire, l'acteur Michel Simon, prévoyait déjà l'extinction des espèces, les dangers des pesticides et de la surpopulation, et surtout, l'urgence d'une protection de la nature.

Charlie Chaplin voyait en lui "le plus grand acteur au monde". Il hante de sa présence les films de Dreyer, Carmé, Renoir, Vigo, Guitry... Michel Simon, monstre sacré du cinéma et du théâtre au XXe siècle, avait aussi une passion secrète : son jardin de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). En 1965, il faisait visiter à la télévision française sa propriété de plusieurs hectares, qui avait appartenue jadis à l'écrivain Alphonse Allais. Il y partage ses réflexions visionnaires sur la nécessité de la protection de la nature, les effets des pesticides et une imminente extinction des espèces animales.

Savoir cultiver son jardin

Michel Simon, 1965 : "J’adore voir pousser une plante. 

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Les bêtes sont merveilleuses parce qu’elles sont en contact direct avec la nature. Et ce qui aurait peut-être pu sauver l’humanité, je crois que c’est peut-être la femme. Parce qu’elle est encore en contact avec la nature. Elle échappe aux lois, aux imbécilités émises par les anormaux. Elle est encore en contact avec la nature. Mais elle n’a pas voix au chapitre. 

Les animaux vont disparaître, il n’en restera plus bientôt. En Afrique, c’est l’hécatombe permanente. Ici, quand je suis venu ici, j’avais une trentaine de nids d’hirondelles. L’année passée, j’ai eu deux nids d’hirondelles, et pour la première fois, j’ai ramassé une hirondelle qui était tombée de son nid, qui était si pauvrement alimentée. Et grâce aux 'progrès' de la science, la science chimique qui assassine la terre, qui assassine l’insecte, qui assassine l’oiseau, qui tue toute vie, qui assassine l’homme, on s’en apercevra peut-être trop tard… Grâce à cela, il n’y a plus d’oiseaux. Dans ce parc, quand je suis arrivé en 1933, c’était merveilleux, le printemps, c’était une orgie de chants d’oiseaux, c’était quelque chose de merveilleux. Aujourd’hui, il n’y en a plus. Et je ramasse chaque printemps des oiseaux morts tombés du nid. Ou des oiseaux adultes qui ont mangé des insectes empoisonnés, et qui meurent."

Le miracle d'une rose

Michel Simon, 1966 : "Je n’ai touché à rien. J’étais tellement heureux d’avoir trouvé un morceau de nature ! 

Toutes les plantes ont le droit de vivre chez moi. Même les orties. Pourtant je ne les aime pas. Ce sont les insectes, ce sont les oiseaux qui s’occupent de mes salades. Ils ne m’en laissent pas beaucoup. 

Il y a trois ans, je voulais m’en aller dans le Midi, et j’ai voulu vendre cette propriété. Alors des hommes d’affaires sont venus, parce que c’est très important, il y a un hectare. Des hommes d’affaires sont arrivés ici, et très souriants, devant tous ces arbres, ils ont dit : 'Ah, on va raser tout ça.' Alors je leur ai dit : 'Vous ne raserez rien du tout. Parce que je ne suis plus vendeur, voilà.' 'Mais comment voulez-vous qu’on construise là-dessus ! On peut construire beaucoup de maisons ici…' Un jour, je la donnerai à des gens méritants. 

Je crois à la terre parce qu’elle est là. Et puis elle ne me trompe jamais. Elle fait des miracles. Elle fait des roses. Où va-t-elle chercher le parfum de la rose ? Est-ce qu’il y a un chimiste qui pourrait m’expliquer ça ? Et l’architecture de la rose, et les couleurs de la rose viennent de la terre. C’est pas croyable, non ? 

J’ai toujours eu pour la terre une passion. Il y a quarante ans de ça, je partais avec mon sac sur le dos et je plantais ma tente, même sur les glaciers. 

C’est la fin de l’Homme ! Quand il y aura quatre ou cinq ou six ou dix milliards d’habitants sur cette planète, qu’est-ce qu’on sera devenu…? Les derniers des esclaves. Tout ça au nom de la liberté."