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Mieux détecter le cancer, rare, de l'oeil

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Si la tumeur est grosse, le globe oculaire est retiré. Dans le pire des cas, ce cancer est à l’origine de métastases, notamment au foie, très difficiles à traiter.
Si la tumeur est grosse, le globe oculaire est retiré. Dans le pire des cas, ce cancer est à l’origine de métastases, notamment au foie, très difficiles à traiter.
- Aurélie Beaucoté / Institut Curie

Le mélanome de l'uvée est le cancer de l'oeil le plus fréquent chez l'adulte. Il n'en reste pas moins un cancer rare, avec 500 nouveaux cas par an, et mal connu. Pris assez tôt, il peut se soigner par protonthérapie, à Orsay et à Nice. Il est important d'être attentif aux symptômes.

C'est un cancer rare : il ne touche que 500 personnes par an. C'est pourtant le cancer de l'oeil le plus fréquent chez l'adulte, auquel nous avons choisi de nous intéresser à l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer de ce mardi. Le mélanome de l'uvée se traduit par des symptômes mal connus : on peut voir des flashs un peu irisés, ou avoir une partie du champ visuel altérée. Diagnostiquer la tumeur assez tôt est essentiel parce qu'on peut souvent sauver l'oeil malade, notamment grâce à la protonthérapie.

Le mélanome uvéal est le cancer de l'oeil le plus fréquent chez l’adulte. Reportage de Tara Schlegel dans le journal d'Aurélie Kieffer

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Une tumeur à l'intérieur de l'oeil qui au départ peut donner peu de symptômes

Les signes de ce cancer rare sont assez méconnus. Le mélanome de l'uvée se traduit parfois par un décollement partiel de la rétine qui provoque une tâche dans le champ visuel ou des flashs qui se répètent au même endroit. 

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Il est très important de diagnostiquer le plus tôt possible la maladie afin de traiter la tumeur avant qu'elle ne soit trop grosse. Autrefois, ce cancer était systématiquement synonyme d'une ablation du globe oculaire. Aujourd'hui, on sait soigner le mélanome uvéal par protonthérapie. Mais dans 30% des cas, environ, des métastases se développent, essentiellement au foie.  

Vincent a consulté son ophtalmologiste en août 2010 dès qu'il a repéré que sa vision était partiellement altérée. Les rendez-vous se sont enchaînés très vite, confie ce patient, qui est encore suivi aujourd'hui à l'Institut Curie. Il raconte son parcours de soin avec une grande lucidité : 

"J'avais l'oeil un peu douloureux au toucher et je voyais des sortes de flashs sur la bordure de l'image, même la nuit."

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Quand je fermais l'oeil, j'avais des images en couleur toujours présentes, même la nuit. C'était bizarre et je me suis dit qu'il fallait consulter. Je ne connaissais absolument pas cette maladie. J'avais déjà eu des petites pathologies, mais très limitées. Et il n'y avait pas dans l'histoire de ma famille de pathologie de cette nature. Et je suis un peu tombé de ma chaise lorsque l'on m'a dit que c'était un cancer. Et j'ai eu la chance que la prise en charge à l'institut Curie a été très rapide. On m'a dit qu'il y avait deux solutions, compte tenu de ma tumeur très importante, de 8 - 9 mm : la protonthérapie ou on enlève l'oeil tout de suite. J'ai décidé la protonthérapie.

À lire : Axel Kahn : "En France, 65 000 morts de cancer par an seraient évitables"

"Le problème du retard au diagnostic est déjà lié à celui de l'accès aux soins, en particulier en province où les rendez-vous peuvent être assez éloignés"

Le professeur Nathalie Cassoux est chef du service d'oncologie oculaire à l'Institut Curie. Elle rappelle qu'un fond de l'oeil - réalisé tôt - est le diagnostic qui peut garantir un bon pronostic. Mais l'accès aux ophtalmologues est très inégal en France. Une fois diagnostiquée, la tumeur peut être traitée par protonthérapie. Cette technique de pointe n'est disponible que à Orsay et à Nice. Compte tenu du faible nombre de malades, l'oncologue ne plaide pas pour l'implantation de nouveaux accélérateurs de particules réservés aux cancers de l'oeil. Elle assure que la France est déjà bien dotée. 

Le professeur Cassoux détaille les symptômes et les traitements disponibles pour soigner au mieux cette maladie rare : 

"Il faut faire des diagnostics précoces car malheureusement, si la tumeur est très volumineuse, on est obligé de retirer le globe oculaire."

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Pour les tumeurs plus petites, le mélanome choroïdien est une tumeur radio-résistante, donc qui va nécessiter une très forte dose de rayons pour être contrôlée. C’est pour cela qu’on ne peut pas utiliser n’importe quel appareil de radiothérapie. On a deux techniques possibles : l’irradiation par faisceau de proton, qui a l’avantage de délivrer de très fortes doses au niveau de la tumeur, de contrôler la tumeur et d’épargner le reste de l’œil - en particulier le nerf optique et la macula, la glande lacrymale, les paupières et ce qui se trouve en arrière de l’œil. Cela marche très bien. On arrive à contrôler les patients dans 98% des cas et on détruit la tumeur. 

L’autre technique, ce sont des disques radioactifs. En France, on utilise surtout des disques d’iode 125 qui sont posés sur l’œil, en regard de la tumeur. Ils vont délivrer la dose de rayon au niveau de la base de la tumeur jusqu’au sommet. C’est moins précis que les protons, mais cela marche aussi très bien. Dans quelques cas particuliers, on utilisera cette technique de disques d’iode.

Le pronostic dépend – comme souvent – de l’apparition de métastases. Le risque de métastase est très dépendant de la taille de la tumeur, ajoute le professeur Cassoux. Si elle est petite, le risque est faible par rapport à une tumeur plus grosse : 

Ce risque dépend aussi de la composition des cellules tumorales à l’intérieur de la tumeur. Si ces cellules tumorales présentent des modifications des chromosomes, par exemple si elles ont perdu un chromosome 3 et ont des chromosomes 8 en plus, le risque de métastase est plus élevé. Cela ne modifie pas le traitement de la tumeur initiale, mais cela modifie le suivi. Ceux qui ont un risque faible auront un suivi tous les six mois par échographie hépatique pendant 10 ans. Les autres auront un suivi plus rapproché par IRM hépatique et seront aussi suivis par un oncologue, pour pouvoir être pris en charge si jamais c’est nécessaire.