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Migrants arrivant en Angleterre, toutes les émotions en une image

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Des migrants venus de France arrivent sur la plage de Dungeness en Angleterre le 24 novembre 2021.
Des migrants venus de France arrivent sur la plage de Dungeness en Angleterre le 24 novembre 2021.
© Maxppp - Steve Finn. Xinhua News Agency / Newscom

Le monde dans le viseur. Au péril de leur vie, des migrants tentent toutes les semaines de traverser la Manche pour rejoindre l'Angleterre. Steve Finn, photographe britannique indépendant, a saisi l'instant où un groupe de migrants pose le pied sur le sol britannique. Entre empressement, rire et soulagement.

Le 24 novembre, au large de Calais, une embarcation transportant des migrants en direction de l'Angleterre fait naufrage : 27 morts, le "pire accident" impliquant des migrants dans la Manche selon la préfecture maritime. Ce jour-là, de l'autre côté, le photographe britannique Steve Finn se trouve sur la plage de Dungeness, au sud est de l'Angleterre. Si ce bateau n'a jamais atteint le rivage d'une nouvelle vie, d'autres ont eu plus de chance et Steve Finn a immortalisé leur premier pas sur le sol britannique. Ses photos ont été publiées cette semaine.

L'une d'elles montre un groupe de personnes, gilets de sauvetage rouge bien attachés, sauter d'un canot pneumatique posé sur la plage. Un des hommes s'accroupit et lève les mains au ciel, soulagé d'être vivant. Une journée comme Steve Finn en a rarement vécu :

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J'ai pris cette photo précisément à la mi-journée. Je faisais le tour des plages de Dungeness depuis l'aube. Grâce à mon expérience, je sais où les bateaux arrivent en général. Il y en avait beaucoup ce jour-là sur la côte et aucun sauveteur en vue pour intercepter les canots pneumatiques. Au total, j'ai observé trois arrivées ce jour-là, ce qui est très inhabituel.

Sans politique, pas d'image

Steve Finn, photographe depuis 37 ans, suit les questions migratoires depuis plusieurs années. "Au départ, c'était par accident, raconte-t-il. J'ai suivi un journaliste du Daily Telegraph sur un reportage autour des traversées de la Manche. J'avais aussi déjà fait des sujets à Calais, dans le camp de migrants. C'est à ce moment-là que je me suis rendu compte de l'augmentation des traversées. J'ai passé des heures à prendre des photos pour documenter le phénomène mais les journaux britanniques n'en voulaient pas à l'époque. Ils disaient que ce n'était pas concernant pour leurs lecteurs."

À l'époque, en 2017, Steve Finn peinait à vendre ses photos. "Je sentais que je devais faire tout ce que je pouvais pour mettre en évidence ce sujet si sérieux. Finalement, en mai dernier, j'ai persuadé Nigel Farage [ancien leader du parti europhobe UKIP, ndlr] de s'impliquer, je lui ai expliqué ce qui se passait dans le tunnel. Grâce à son influence, il a attiré l'attention des grands médias. Bien ou mal ? En tout cas, c'est ce que j'ai fait." Les photos prises le 24 novembre 2021, jour du naufrage, ont toutes été vendues, selon Steve Finn. "Tous les journaux britanniques ont publié les photos en version papier ou en ligne. Une tragédie fait malheureusement la UNE des journaux et relance les débats."

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Un seul message mais toutes les émotions

Pour le photographe, la puissance de la photo vient surtout de l'homme à droite. "Il a l'air tellement soulagé avec ses bras en l'air." Cet homme et ce qu'il représente ont fait la différence parmi le millier de clichés pris par Steve Finn ce jour-là. Pour Guillaume Binet, fondateur de l'agence de photographes indépendante Myop, "il y a toutes les émotions sur cette image. Le soulagement avec l'homme à genoux, la protection avec le jeune homme du milieu qui met ses bras autour de deux personnes pour les éloigner du bateau, et il y a le rire aussi, avec les jeunes, derrière, qui sont heureux d'être arrivés". On peut noter aussi l'empressement de la femme à gauche qui se dépêche de sortir de l'eau. "On sent que l'image a été préparée, que le photographe savait où se placer pour la prendre", analyse Guillaume Binet.

Dans cette image, il y a selon le spécialiste, un seul message : "Ces familles débarquent en Angleterre".

L'image est très belle car il y a cette forme de brouillard ou cette eau derrière qui est floue. Il n'y a pas de ligne d'horizon, la scène de l'image est belle et simplissime. Notre regard n'est dirigé que vers ce bateau. Il n'y a pas autre chose derrière, ni bateau, ni mouette qui nous gêne, on est vraiment concentré là-dessus, presque comme une scène de théâtre.

Codes et dangers

Cette apparente simplicité dans l'image lui apporte de la force graphique, mais, avertit Guillaume Binet, "ce genre d'images a besoin d'être contextualisé parce que depuis 2014 et le début de la crise migratoire, on en voit non stop". Guillaume Binet, qui est allé en tant que photographe sur les îles grecques et en Libye sur la thématique des migrations, estime que les photos de ce type présentent un danger car elles peuvent être récupérées et détournées par n'importe qui.

"Ce qui me frappe ensuite, poursuit Guillaume Binet, c'est que l'eau est très claire, alors qu'on ne s'attend pas à ça quand on pense à la Manche." Cette couleur d'eau lui fait plutôt penser à la Grèce. Pour lui, l'image reprend tous les codes des photos prises depuis le début de la crise migratoire : "Une construction en pyramide, des familles qui arrivent, un cadrage très resserré sur le sujet sans premier plan." Ce cliché lui rappelle le prix Pulitzer de 2016 de Sergey Ponomarev, un Radeau de la méduse moderne, des migrants arrivant à Lesbos.

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