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Migrants dans la Manche : la violence au quotidien

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Une tente parmi beaucoup d'autres, à Calais, en 2016.
Une tente parmi beaucoup d'autres, à Calais, en 2016.
© AFP - Nnoman / Agence Anadolu

Épisode 5. Il y a eu 80 expulsions de lieux de vie informels à Calais en juillet. Les associations dénombrent 564 tentes saisies et 22 vélos. Elles dénoncent aussi les "mises à l'abri forcées" des exilés dans des centres d'accueil (CAES) très mal adaptés. Au point que le défenseur des droits a été saisi.

La violence est omniprésente. Violence des vagues qu'il faudra franchir pour atteindre les côtes anglaises. Violence des expulsions menées par les forces de l'ordre au petit matin, presque chaque jour. Violences subies par les riverains, qui se plaignent à la police municipale de Calais des délits que commettent certains migrants. Violence enfin des "mises à l'abri" forcées des migrants que l'on conduit dans des bus, vers des centres d'accueil qui paraissent bien inadaptés.

Migrants dans la Manche : la violence au quotidien

1 min

Dans ce dernier volet de notre série en cinq épisodes, il sera question du rêve qui taraude les exilés et des raisons plutôt fondées qui les poussent à tenter leur chance sur le sol britannique. Il y aura les propos très fermes de Natacha Bouchart, la maire LR de Calais, et les propos plus ronds du sous-préfet du Pas-de-Calais, Michel Tournaire. Nous entendrons aussi Chloé, Léa, Laure, Bastien, Tiphaine, autant de jeunes gens, souvent bénévoles qui travaillent aux côtés des exilés et qui raconteront les "cris de singe"et les enfants qui s’évanouissent quand ils n'ont pas assez mangé. 

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Ils sont des milliers à partager le même rêve. Venus des quatre coins d'une planète en guerre, ils souhaitent émigrer en Angleterre, franchir pour cela ces quelque 30 km de houle, parfois meurtrière qui séparent les côtes du Calaisis de celle de Douvres. La traversée prend plusieurs heures, sur de minuscules embarcations qui s'aventurent sur cette "autoroute" où croisent 600 porte-conteneurs et autres géants des mers chaque jour. 

Mercredi 19 août, les secours ont découvert le corps d'un homme de 28 ans, rejeté par les flots, sur la plage de Sangatte. Il était parti avec un jeune adolescent soudanais, un compatriote, tenter la traversée. Leur matériel était particulièrement rudimentaire, comme souvent. L'an dernier, quatre personnes ont péri dans la Manche. La Méditerranée est bien plus meurtrière encore pour les exilés, mais les associations soulignent qu'on ignore le nombre de traversées qui ont échoué et que les flots engloutissent parfois les cadavres. La préfecture maritime, elle, affiche un décompte précis des traversées ou tentatives de traversées qui seraient, dit-elle, beaucoup plus nombreuses que l'an dernier. 

Les sauveteurs de la préfecture maritime abordent une embarcation de migrants, au large de Calais.
Les sauveteurs de la préfecture maritime abordent une embarcation de migrants, au large de Calais.
- Préfecture martitime

De janvier à juillet, la 'prémar' a empêché cinq fois plus de traversées qu'en 2019 et sur le seul mois de juillet 2020, dix fois plus qu'en l'année précédente. Les secouristes et la police ont aussi retrouvé quatre fois plus de matériel dissimulé dans les dunes cet été que d'ordinaire. Parallèlement, l'Etat s'attaque aux passeurs : depuis janvier, quatre filières ont été démantelées par la Brigade mobile de Recherche de la police de l'air et des frontières. Et sept personnes condamnées par le Tribunal judiciaire de Boulogne-sur-mer.

Et pourtant, les traversées se poursuivent, avec ce même objectif : gagner un pays anglophone où, pensent les migrants, il est plus facile de se fondre. Et ils n'ont pas vraiment tort, explique Léa Lambert. Cette jeune femme qui travaille pour quelques semaines encore au sein de la Maison Sésame, a bien analysé les raisons qui poussent ces hommes, ces femmes et ces enfants à prendre la mer : 

"Il y a toujours un ami, un voisin, un cousin, quelqu'un qui vient de la même ville que toi, et qui va pouvoir t'aider", dit Léa Lambert

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Quand on arrive en Angleterre et qu'on est, par exemple, kurde ou irakien, on a une communauté énorme qui nous attend, qui nous aide, qui est déjà passée par les procédures légales et donc qui est capable de nous expliquer des choses. Il y a toujours un ami, un voisin, un cousin qui pourra aider (...) Le travail illégal n'est pratiquement pas régulé en Angleterre, donc on peut travailler des années au noir, sans se faire contrôler, donc on peut gagner de l'argent ! Et on peut vivre en Angleterre, même sans papiers. C'est la différence majeure avec la France.

En attendant un hypothétique passage, les personnes exilées se cherchent un abri, près des villes du littoral. A Calais et Grande-Synthe, elles sont particulièrement nombreuses, puisque ce sont aussi les zones d'où il est le plus simple de partir. Depuis le démantèlement de la "jungle" de Calais en 2016 et du camp de la Linière à Grande-Synthe en 2017, les migrants se réinstallent où ils le peuvent et leurs habitats deviennent de plus en plus précaires. Ces trois dernières années, les autorités ont procédé à des expulsions presque systématiques, dès que les étrangers menaçaient d'installer un campement un peu trop visible. 

Plus de 300 plaintes des riverains

Les municipalités et la préfecture expliquent qu'elles doivent faire face à des "troubles à l'ordre public" et qu'il faut tenir compte des nuisances que ces familles étrangères font subir aux riverains. Ainsi, la maire Les Républicains de Calais, Natacha Bouchart, dit en substance que sa population se montre très résiliente et que les associations qui font parfois "pire que mieux" devraient inciter les migrants à se mettre à l'abri dans des structures d'hébergement : 

La maire de Calais assure qu'elle ne fait pas le jeu du Front National

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La population est très digne. Les gens ne sont pas "anti-migrants", ils n'en peuvent plus de subir cette situation. Le nombre de plaintes et de mains courantes que j'envoie chaque jour au ministre de l'Intérieur et au Préfet est considérable (...) malheureusement les nouvelles populations de migrants boivent, et cela engendre des situations compliquées. (...) J'ai ouvert une ligne spécifique dans les lieux, où il y a trop de concentrations de migrants pour que les riverains puissent nous appeler la nuit.

Madame la maire de Calais a mandaté un collaborateur pour répondre la nuit, aux appels des riverains mécontents. Les "mains courantes" que les habitants de Calais déposent auprès de la police municipale ne sont pas consultables, dit l'élue, mais elle peut communiquer sur leur nombre. "Depuis le début de l’année 2020, nous comptons jusqu’à aujourd’hui 307 mains courantes au sujet des migrants. A raison d’une quarantaine par mois, sachant que depuis juillet, nous avons doublé le nombre de mains courantes par semaine", répond la secrétaire de Natacha Bouchart par mail. 

Chloé Smidt-Nielsen, l'une de observatrices des violences de HRO
Chloé Smidt-Nielsen, l'une de observatrices des violences de HRO
© Radio France - T.S.

La police accusée de pousser des "crise de singe" 

Un peu comme en miroir, les associations recensent elles aussi les violences, faites aux personnes exilées, cette fois. Depuis 2017 à l'initiative des dizaines de bénévoles et salariés qui oeuvrent aux côtés des migrants, est né un nouvel Observatoire baptisé Human Rights Observers. Co-financé par l'Auberge des migrants et Help Refugees, cette équipe "interassociative" a pour objectif de documenter précisément ce qu'il se passe sur le terrain, notamment lors des expulsions. L'idée étant aussi qu'un observateur extérieur peut parfois dissuader les forces de l'ordre d'aller trop loin. Cette méthode de "copwatching", (littéralement "surveillance de la police") explique l'observatoire dans son rapport annuel de 2019, implique de se lever à l'aube pour assister aux démantèlements. Et de noter très précisément comment les choses se sont déroulées. Human Rights Observers s'appuie donc sur des salariés et des stagiaires, comme Chloé Smidt-Nielsen. Cette jeune femme raconte avec une grande précision les "insultes", "cris de singe", " l'eau saisie et les bidon d'huiles explosés" par les forces de l'ordre :  

Chloé raconte la violence quotidienne des expulsions, les insultes notamment.

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Hier, on a eu un témoignage racontant qu'un agent de sécurité privé du port de Calais aurait lâché des chiens sur les exilés, entamant une course poursuite (...) et un chien a mordu l'exilé en question. (...) Quand on  a un blessé avec une morsure à la jambe et une vidéo en appui avec le chien et l'agent de sécurité, on n'a pas vraiment besoin de plus de preuves. Après c'est compliqué, parce que même à l'hôpital à Calais, ils ne veulent pas délivrer nécessairement de certificat médical. Donc ça peut conduire à des situations compliquées si on veut avoir accès à des preuves assez forte pour porter plainte.

Les chiffres révélés par Human Rights Observers sont impressionnants : 104 expulsions à Calais en juin, 101 en mai, 90 en avril et le même nombre en mars. Et les jeunes militants ont noté scrupuleusement ce que les policiers ont confisqué ou détruit. Ainsi le mois dernier, en juillet, lors des 80 expulsions documentées, il apparaît que les policiers ont saisi :  18 matelas, 564 tentes/bâches, 12 chaises et 1 table, 36 sacs de couchages/couvertures, des habits ont été saisis 5 fois, 22 vélos et  17 sacs à dos. 

Des enfants dénutris dans les centres d'accueil

A Grande-Synthe, lors de ces expulsions, qui sont donc souvent violentes, les forces de l'ordre sont accompagnées d'une association mandatée par l'Etat pour informer les personnes migrantes qu'elles peuvent être "mises à l'abri". Cette association, l'AFEJI, oriente dès que possible les adultes vers des CAES, des Centres d'accueil et d'étude de situation. Laure Pichot travaille pour une autre association, indépendante de l'Etat, qui se nomme Utopia 56. Elle raconte combien il est compliqué pour les personnes expulsées de faire confiance, sur le moment, aux représentants des pouvoirs publics : 

Laure Pichot raconte les "mises à l'abri forcées" des personnes exilées

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L'Afeji a un double mandat, un mandat préfecture pour organiser la mise à l'abri des personnes majeures, et un mandat départemental pour rencontrer les mineurs, les informer et les mettre à l'abri. Ce double mandant est très problématique sur le terrain, car l'Afeji intervient lors des expulsions de terrain, qui sont nombreuses. 

Ces structures d'accueil, ces CAES, ont été développées progressivement sur tout le territoire, à partir de 2017. Pour se faire une idée du maquis de structures existantes, l'état des lieux des dispositifs rédigé par la Cimade est par ailleurs édifiant : entre les CADA, les  HUDA (qui ont intégré les places d'ASTA et de CAO) , les CPH, et les tout derniers CAES, il y a de quoi se perdre ! C'est en tous cas  sous l'impulsion d'Emmanuel Macron, que ces nouveaux centres ont été créés afin d'accueillir pour une durée courte, d'environ 15 jours, les exilés, leur permettre de se reposer et de commencer à examiner sereinement leur situation administrative. L'objectif est de permettre aux étrangers sans papiers qui vivent dans des conditions indignes, de considérer l'option d'une demande d'asile en France et de débuter des démarches en ce sens. 

Malheureusement, les CAES qui se trouvent dans le département du Pas-de-Calais ne semblent pas à la hauteur de l'enjeu, si l'on en croit les nombreux témoignages des associations qui épaulent les migrants. Ces structures sont au nombre de trois, et visiblement, lorsque les personnes expulsées y arrivent, elles s'empressent de téléphoner aux bénévoles qu'elles connaissent. Laure Pichot, d'Utopia 56 - qui reconnaît aussi que quand cela se passe bien, elle n'est pas forcément au courant - relate les récits que lui font les personnes de retour des CAES :

"Les gens nous rappellent des centres, sur le téléphone d'urgence en disant : il n'y a pas de douches, il n'y a rien à manger et il n'y a pas de travailleurs sociaux."

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Moi, j'ai ces informations par les gens qui reviennent de ces centres d'hébergement et qui se plaignent et qui disent : c'est pas possible, ces conditions d'accueil. Il n'y avait pas de douches, il n'y avait pas de nourriture pour mes enfants. Je voulais aller au supermarché, mais je ne pouvais pas car j'étais dans un endroit perdu au milieu des champs, j'ai cherché le bus il n'y avait pas de bus, je voulais appeler un taxi, mais il n'y avait pas de réseau pour appeler un taxi. J'ai voulu demander à un travailleur social qui était là dans le centre, avec son gilet orange, mais il ne parlait pas anglais !

Ce récit est corroboré par une autre jeune femme, Léa Lambert, qui écoute, elle aussi les témoignage des personnes migrantes qu'elle héberge dans la Maison Sésame, pour quelques jours ou parfois plusieurs mois. Léa ose parle de "maltraitance" dans les CAES du Pas-de-Calais, qu'elle cite même nommément : 

"Le mot maltraitance est fort, mais il est vraiment justifié, on est sur des centres qui ne sont pas adaptés au profil des personnes."

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Ce sont des centres qui ne ménagent pas d'espace de jeu, par exemple, pour les enfants, même les plus jeunes qui ont pourtant absolument besoin de sortir de leur chambre de 6 m2 pour tout simplement prendre l'air. Ce sont des centres situés dans des zones rurales, à des heures de marche du premier commerce et qui ne proposent rien pour vivre ! Ils ne proposent rien pour l'intégration, pas de cours de langue, ni aux parents, ni aux enfants. 

"Ce ne sont pas des lieux clos"

Face à ce réquisitoire dressé par les associations, les pouvoirs publics ont leurs propres arguments. Ils notent d'abord que ces mises à l'abri dans les CAES sont censées être temporaires. Elles doivent théoriquement durer 15 jours ou au maximum 1 mois. Voilà pourquoi il n'est pas nécessaire d'y faire donner des cours de langue ou de proposer aux migrants des outils d'intégration. Dans la réalité, rétorquent les associations, certaines familles restent des mois. 

Le sous-préfet du Pas-de-Calais, Michel Tournaire, dans son bureau
Le sous-préfet du Pas-de-Calais, Michel Tournaire, dans son bureau
© Radio France - T.S.

Impossible de rencontrer sur place l'association qui, dans le Pas-de-Calais, gère les CAES pour le compte de l'Etat. Mais la préfecture me propose un rendez-vous avec Michel Tournaire, le sous-préfet qui reçoit dans son vaste bureau, Esplanade Jacques Vendroux, à Calais. Le haut fonctionnaire détaille le fonctionnement de ce nouveau dispositif, s'étend sur les 500 places théoriques offertes aux personnes migrantes, et sur la centaine de places vacantes actuellement. En revanche, il n'a jamais entendu parler de l'absence de travailleurs sociaux capables de délivrer une information adéquate, ni de nourriture mal adaptée aux enfants dans les CAES. Michel Tournaire rappelle que ces structures répondent à des normes bien précises : 

"Nous proposons une mise à l'abri systématique dans les CAES, c'est le Pas-de-Calais qui a été innovant."

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Il y a des cahiers des charges précis. Ce qui m'étonne, c'est que quand on est responsable de ces structures (...) en terme d'hygiène, il y a une réglementation, sachant que c'est des locaux qui accueillent du public. (...) Il y a des visites régulières d'organismes para-gouvernementaux ou autres qui vont à l'intérieur de ces CAES, ou des missions d'enquêtes, des missions parlementaires. Enfin ce ne sont pas des mondes clos

"Ils refusent de scolariser les enfants"

Pour en avoir le coeur net, il faut s'adresser à une autre association, qui elle aussi, oeuvre aux côtés des personnes migrantes.  La Cabane Juridique se charge d'informer les exilés sur leurs droits et organise des permanences à cet effet. Comme les juristes de la Cimade, ceux de la Cabane Juridique sont parfaitement au fait des problèmes qui se posent dans les Centres d'accueil et d'étude de situation. Bastien Roland et Tiphaine Roux détaillent par exemple comment le règlement intérieur de l'un des CAES "invitait les gens à ne pas se rendre dans les commerces du village pour ne pas déranger."  Il y a eu aussi une saisine du défenseur des droits sur des problèmes constatés de "dénutrition d'enfants". Exactement le récit que faisait Léa tout à l'heure, de ces enfants qui s'étaient évanouis parce qu'ils manquaient de nourriture appropriée. Et puis, diront aussi Bastien et Tiphaine, il y a le problème de l'absence de scolarisation : 

Il y a eu deux saisines du défenseur des droits, à propos de problèmes de dénutrition et de scolarisation, explique Bastien

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Mais le récit des deux juriste ne s'arrête pas là. D'après leurs informations, une famille a même été inquiétée pour avoir tenté d'exiger la scolarisation de ses enfants alors qu'elle se trouvait dans un centre d'accueil. Au point que l'on a failli lui retirer la garde de ses enfants, raconte Bastien Roland, de la Cabane Juridique. Il explique d'abord pourquoi, il n'y a pas eu de plainte à propos de la non-scolarisation 

Bastien raconte comment une famille a commis l'imprudence d'aller voir la mairie pour demander à ce que ses enfants soient scolarisés

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Nous avons saisi le défenseur des droits, mais il n'y a pas eu de recours devant les tribunaux. Pour cela il faut des requérants, c'est à dire que les premiers concernés acceptent de porter plainte, par exemple contre le maire. Et si vous voulez, c'est le problème qu'on a de manière générale, quand on travaille avec des personnes extrêmement précaires, c'est qu'elles ne veulent pas porter plainte, par peur que cela ne leur porte un énorme préjudice. Et elles n'ont pas forcément tort ...

Parmi les associations les plus établies à Calais, il y a l'Auberge des migrants, qui prend sous son aile 7 autres structures partenaires. Engagé formellement au côté des personnes exilées depuis 2014, François Guennoc est un observateur particulièrement aigu de la crise migratoire et surtout du comportement des pouvoirs publics, locaux et nationaux. Il estime que les obligations dressées en 2017 par le Conseil d'Etat ne sont pas suffisamment appliquées, pour fournir aux étrangers démunis un accès réel à leurs droits élémentaires. L'Auberge pallie donc les manques de l'Etat, avec les autres associations partenaires, en fournissant un peu tout, véhicules pour transporter les distributions de nourriture ou l'eau, vêtements, tentes etc. Leur budget provient essentiellement de dons et s'élève pratiquement à 600 000 euros, dont la moitié est financée par des britanniques. "Pour la petite histoire, l'association avait un peu de subventions publiques, département, région, ville de Calais, préfecture, tout cela est tombé en 2015, parce que l'on gène. On a analysé les choses comme ça, quand le nombre de migrants était autour de 300 l'action des associations était bien vue, à partir du moment où leur nombre a augmenté, ça a été beaucoup plus compliqué pour nous."

François Guennoc revient sur les expulsions qui sont très nombreuses depuis trois ans et sur les violences qui s'en suivent: 

Le coût du blocage de la frontière est énorme. Cette politique est donc coûteuse, inefficace - les gens passent quand même, et inhumaine, dit François Guennoc.

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Il y a des policiers qui enlèvent les chaussures des migrants pour le plaisir. Et quelque fois aussi, ce qui est plus grave, qui détruisent des papiers et notamment des attestation de demande d'asile. Cela arrive soit parce qu'on a affaire à des brigades un peu plus violentes ou un peu plus racistes que la moyenne des policiers soit parce que peut-être il y a des consignes de temps en temps, de mettre plus de pressions sur les personnes avec l'idée de diminuer leur nombre.

"les migrants sont en infraction", note le sous-préfet

Laissons, pour finir, longuement la parole au sous-préfet du Pas-de-Calais qui a accepté de revenir sur l'action des forces de police, au moment des expulsions, tout en rappelant qu'elle n'est pas de son ressort. Michel Tournaire en profite aussi pour détailler ce que fait l'Etat pour subvenir aux besoins des personnes migrantes. Depuis que le Conseil d'Etat, en 2017, a contraint la mairie de Calais et la préfecture à agir en ce sens : 

"Nous rappelons le comportement que doivent avoir les forces de l'ordre. Les consignes sont précises, il ne faut pas enelver leurs possessions aux migrants", dit le préfet.

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"L'action des forces de sécurité, police et gendarmerie, intervient dans le cadre de la loi. Elles interviennent dans le cadre de la flagrance tous les deux jours, sous le contrôle et l'autorité du Procureur de la République. Ce n'est pas le préfet. En fonction des disposition du code pénal. Les migrants sont en infraction en raison d'une occupation illégale des biens d'autrui