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Migrants : la carte des inflexions depuis les attentats

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Carte. Notre carte fait le point sur l'inflexion des politiques migratoires dans une dizaine d’Etats depuis les attentats.

Mise à jour le 03/12/15. Les résistances à accueillir migrants et réfugiés se parent depuis le 13 novembre de justifications sécuritaires. L'accroissement des risques liés au terrorisme légitimerait le durcissement des règles de sécurité et de contrôles aux frontières, jusqu'à rejeter ceux-là mêmes qui fuient les violences dans leur pays. Action en justice de la Hongrie contre la répartition européenne, vote américain pour suspendre l'accueil de Syriens et d'Irakiens, interdiction de nationalités ciblées dans les Balkans...  
Cliquez ou survolez sur les routes, les données et les pays pour obtenir des précisions. Déplacez-vous dans la carte, zoomez ou dézoomez avec le bouton +/- pour obtenir des informations sur les Etats-Unis :

  • Sources : Commission européenne (répartition), Frontex et OIT (principales routes empruntées par les migrants), AFP, Reuters et Virginie Guiraudon (politiques migratoires)*

Crispation des politiques migratoires

Le 22 septembre, l'Union européenne s'est mis d'accord sur un plan de répartition de 120.000 réfugiés, faisant suite à une répartition de 40.000 personnes en mai (sans accord chiffré pour la Hongrie, l'Italie, la Grèce, et des dérogations pour le Royaume-Unis, le Danemark et l'Irlande). Aujourd'hui, selon Virginie Guiraudon, directrice de recherches au CNRS, spécialiste des politiques migratoires, "un nombre dérisoire de réfugiés ont été "relocalisés" depuis l'Italie et la Grèce vers d'autres pays européens". Depuis les attentats de Paris, les résistances déjà fortes de certains de ces pays ont redoublé, se servant de l'argument de passeports syriens appartenant à deux des kamikazes de Saint-Denis. Leurs empreintes ont été relevées de Grèce jusqu'en Serbie, leur piste se perdant en Croatie. Cette rhétorique sécuritaire interfère avec l'agenda politique intérieur de la plupart de ces pays (Canada, Etats-Unis, Pologne, France...) :

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  • Aux Etats-Unis , la Chambre des représentants, à majorité républicaine, a voté jeudi la suspension de l'accueil de réfugiés syriens et irakiens sur le territoire américain jusqu'à ce que des mesures de contrôle plus sévères soient mises en place. Barack Obama, qui a promis d'y mettre son veto, a dénoncé mercredi l'"hystérie" des Républicains. Cette proposition doit encore être soumise au Sénat, où elle ne devrait pas survivre en l'état.
  • En Pologne , le nouveau gouvernement polonais n'est pas encore officiellement investi mais il multiplie les déclarations de défi à l'Union européenne sur l'accueil des réfugiés. La nouvelle Première ministre Beata Szydlo a déclaré refuser la répartition des réfugiés décidée par l'Union européenne.
  • En Hongrie , le Parlement a donné mardi 17 novembre son feu vert au Premier ministre Viktor Orban pour intenter une action en justice contre les accords de répartition de réfugiés entre Etats membres, décidés par l'Union européenne cet automne. Viktor Orban avait assuré la veille que "les terroristes [avaient] exploité les migrations de masse".
  • La Slovaquie a porté plainte mercredi devant la Cour de Justice de l'Union européenne (CJUE) contre les quotas de migrants adoptés en septembre par l'UE, contre lesquels elle avait voté en septembre, de concert avec la Hongrie, la République tchèque et la Roumanie. Bratislava compte accueillir uniquement, à titre volontaire, vingt-cinq familles, soit au total 149 réfugiés chrétiens d'Irak, attendus prochainement, avait indiqué mardi le ministre de l'Intérieur Robert Kalinak.
  • En République tchèque , le président Milos Zeman participait mardi à une manifestation anti-immigration et anti-islam organisée à Prague. "Cette nation ne mérite pas que d'autres lui imposent quoi que ce soit", a lancé M. Zeman, qui s'était déjà plusieurs fois dit hostile à l'idée des quotas automatiques de répartition des migrants entre les pays de l'UE.
  • En Slovénie , l'expulsion, mercredi, de 162 réfugiés, présentés comme des migrants économiques, a provoqué une réaction en chaîne dans tous les Balkans. Pas directement liées à l'argument sécuritaire, ces décisions se sont prises dans le contexte de crispation post-attentats, justifiant contrôles et tris des réfugiés et migrants traversant ces pays. Les kamikazes de Saint-Denis avaient déposé une demande d'asile en Serbie et leur trace s'était perdue en Croatie.
  • En Serbie , jeudi, l'accès au territoire a été limité aux seuls migrants originaires de Syrie, d'Irak ou d'Afghanistan.
  • En Macédoine_,_ jeudi, même ciblage des provenances syrienne, irakienne et afghane. Seront désormais interdits d'accès les migrants en provenance du Maroc, Sri Lanka, Soudan, Liberia, Congo et Pakistan.
  • En Norvège , la législation sur le droit d'asile a été durcie vendredi 20 novembre. L'inflexion de la politique d'asile était prévue depuis plusieurs semaines, mais le débat a pris une connotation sécuritaire. Une majorité de parlementaires s'est prononcée en faveur d'une réforme incluant une procédure accélérée d'expulsion pour les personnes ayant été condamnées par la justice pénale.
  • Au Danemark , les électeurs se prononcent jeudi 3 décembre par référendum sur une coopération renforcée avec l'Union européenne en matière de police et de sécurité, questions techniques qui soulèvent des débats sur la menace djihadiste et l'immigration. Une formation anti-immigration, arrivée deuxième aux législatives de juin, fait une campagne très suivie en arguant le risque de perte de contrôle de la politique migratoire.

**A l'échelle de l'Union européenne,**une semaine après les attentats de Paris, vendredi 20 novembre, les Etats européens emmenés par la France ont obtenu la généralisation des contrôles aux frontières extérieures de l'Union européenne, qu'ils veulent rendre imperméables face aux djihadistes. Ce renforcement des contrôles aura des conséquences sur les routes empruntées par les réfugiés et migrants provenant de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan, d'Erythrée..., très informés, notamment sur les réseaux sociaux, et très réactifs. "A une semaine ou deux près, ils rebasculeront vers l'Est, vers l'Asie centrale" selon Virginie Guiraudon, et trouveront d'autres routes et d'autres pays pour fuir la violence de leur pays.

Canada, Allemagne, France... : les initiatives contre l'accueil des réfugiés se multiplient

  • Au Canada , une pétition contre l'accueil rapide de réfugiés syriens rencontre un grand succès sur les réseaux sociaux. Le 18 novembre, elle avait obtenu 70 000 signatures contre 45 000 pour une pétition concurrente soutenant l'accueil des réfugiés. Des responsables politiques demandent au Premier ministre dans une lettre ouverte de suspendre ce processus d'accueil. Justin Trudeau avait proposé d'accueillir d'ici la fin de l'année 25 000 réfugiés Syriens. Il n'est jusqu'ici pas revenu sur sa décision.
  • En Allemagne, les autorités ont beau répéter ne pas avoir d'indication que des djihadistes se faisant passer pour des réfugiés seraient sur le territoire, les manifestations de Pegida rencontrent un grand succès.
  • **En France,**Marine Le Pen qui demande l'arrêt immédiat de tout accueil de migrants. Eric Ciotti (Les Républicains) est également intervenu dans ce sens dans un entretien accordé à Nice Matin : "La frontière est poreuse, c’est pourquoi nous avons la nécessité de stopper l’accueil des migrants tant que nous sommes dans cette situation à risque. On ne peut accueillir les 33 000 réfugiés acceptés par François Hollande dans des conditions de sécurité."

Avec Marie-Pierre Vérot, journaliste à la rédaction de France Culture

Pour l'Union européenne et l'ONU, les réfugiés ne doivent pas devenir les bouc-émissaires des attentats

Des voix associatives, civiles, mais aussi politiques et institutionnelles s'élèvent contre ce resserrement des politiques migratoires :

  • Thorbjørn Jagland, secrétaire général du Conseil de l'Europe, l'a souligné lundi dans un entretien à l'AFP : "On ne devrait pas mélanger la crise des migrants et la menace terroriste. Le terrorisme était là bien avant. Nous ne devons pas accuser de terrorisme ceux qui le fuient".
  • Melissa Fleming, porte-parole du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés(UNHCR), le scandait lors d'un point presse mardi : "Nous sommes préoccupés par les réactions de certains Etats qui veulent mettre fin aux programmes mis en place, revenir sur leurs engagements pris pour gérer la crise des réfugiés, ou proposent d'ériger des barrières ou des clôtures (...) Les réfugiés ne devraient pas devenir des boucs émissaires et ils ne doivent pas devenir les victimes secondaires de ces tragiques évènements".
  • François Hollande et Barack Obama l'ont également répété, en particulier lors du G20 : les réfugiés sont dans leur immense majorité les premières victimes du terrorisme de l'Etat islamique en Irak, en Syrie. Ils cherchent précisément à fuir ce terrorisme en se réfugiant en Europe ou aux Etats-Unis.

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