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Migrants, réfugiés, demandeurs d'asile en Europe 1/3 : les chiffres et les mots

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Carte. Etat des lieux de la situation des "migrants" arrivés en Europe au premier semestre 2015, alors que les pays en développement accueillent pour rappel 86% des réfugiés de par le monde.

Premier épisode d'une série sur les migrations en Europe en trois volets : avant une mise en perspective historique et géographique, et un inventaire des réponses politiques de l'Europe, voici un état des lieux de la situation des "migrants" arrivés en Europe au premier semestre 2015, alors que les pays en développement accueillent pour rappel 86% des réfugiés de par le monde.
"Nous sommes tous bouleversés par ces terribles nouvelles " confiait ce jeudi Angela Merkel, réagissant à l'annonce de dizaines de morts retrouvés dans un camion en Autriche. Au même moment se déroulait à Vienne un sommet avec les dirigeants des Balkans de l'Ouest (Serbie, Macédoine, Grèce, Hongrie) afin de trouver une solution pour résoudre la crise de l'asile à laquelle fait face l'Europe.

Sur place, en Hongrie, les envoyés spéciaux de Radio France Jérôme Jadot et Gilles Gallinaro interrogent habitants, ONG et dirigeants sur l'efficacité de la barrière érigée par les autorité pour faire face à une arrivée massive de Syriens, d'Afghans et d'Irakiens.

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Où vont les réfugiés et les demandeurs d'asile ?
Pour faire le point sur des données complexes à manipuler, cette carte représente deux réalités souvent amalgamées dans le discours public : les demandeurs d'asile , indiqués par les points oranges, qui ont administrativement formulé une demande auprès des autorités : au premier semestre 2015, près de 30 000 premières demandes d'asile ont été enregistrées en France, près de 12 000 au Royaume-Uni, et près de 189 000 en Allemagne. Les flux de migrants estimés par l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex) et le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), sont quant à eux indiqués par les flèches violettes, qui désignent également les principaux accès maritimes et terrestres. L a route des Balkans et celle de la Méditerranée de l'Est sont récemment les plus massivement empruntées , avec respectivement 102 300 et 132 240 passages entre janvier et juillet 2015 estimés par Frontex. Ces estimations de l'agence européenne et du programme de l'ONU, à manier avec précaution en tant qu'estimations, évoluent par ailleurs d'heure en heure, les migrants passant les frontières de l'UE et circulant à l'intérieur de l'espace Schengen.

*Circulez dans la carte avec la souris, zoomez avec le bouton +/-, et cliquez pour obtenir des informations précises sur chaque pays et chaque route (part de demandeurs d'asile dans la population globale, provenances principales des migrants...) dans les infobulles sur les données. *

Le nombre de demandeurs d'asile ainsi présenté en valeur absolue dans chaque pays ne donne pas une idée juste de l'impact démographique de ces migrations. Il est nécessaire de rapporter ces données à la population globale des pays européens _* pour prendre conscience du poids réel que représentent les demandeurs d'asile à l'intérieur du pays, ou vis-à-vis de l'ensemble de la population européenne, comme le montre ce graphique, soit *_moins d'1 demandeur d'asile pour 1.000 personnes (données fournies par Eurostat et le HCR cumulant les demandes d'asile déclarées entre janvier et juin 2015) :

D'où viennent les migrants et réfugiés ?

L'itinéraire de Hamed, venu d’Érythrée, rappelle s'il le fallait que l'immense majorité de ces "migrants" quittent leur patrie sous la contrainte. Il témoigne des raisons de son départ, et de son parcours jusqu'à la Méditerranée, au micro de Chloé Cambreling, dans le Magazine de la Rédaction, "De l'Erythrée à La Chapelle : fuir la terreur à tout prix", diffusé le 3 juillet 2015 :

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Les principaux pays de provenance des "migrants" estimés par Frontex, arrivés en Europe par les routes des Balkans et de la Méditerranée entre janvier et juillet 2015, met en évidence le caractère avant tout politique et contraint de leur départ. La plupart de ces exilés sont ainsi éligibles d'emblée, de par leur pays d'origine, au statut de réfugié selon les termes du HCR :

Chaque jour, des centaines de personnes risquent ainsi leur vie à la recherche d'un sentiment de sécurité, et des conditions correctes d'existence en Europe. Le HCR dénombre ainsi 2 240 morts et disparus en Méditerranée depuis janvier 2015. Ce chiffre s'alourdit de jour en jour, comme le prouve sur ses cartes le consortium européen de journalistes "The Migrants Files".

La délicate question du lexique

Mal nommer ces centaines de milliers d'hommes, femmes, enfants jetés sur les routes de l'exil par la guerre, les violences, les persécutions, la misère serait-il ajouter à leur malheur?

C'est le débat, récurrent depuis plusieurs semaines dans les rédactions, principalement anglo saxonnes, qu'a relancé un journaliste de la chaîne Al Jazira en en publiant un appel sur son blog : "Ne les appelez plus migrants" . Il demande aux médias de préférer "réfugiés " pour rendre compte de la fuite contrainte face aux horreurs de la guerre alors que "migrants" serait connoté péjorativement. C'est surtout par ce que l'on y accole qu'il l'est devenu : les politiques opposent volontiers "vrais réfugiés" à "migrants économiques" , cette crise serait "migratoire" lit-on partout, alors qu'il faudrait plutôt parler de crise de l'asile ou de crise de l'accueil en Europe. Migrant est en effet un terme "neutre", qui rend compte d'un mouvement, et s'est généralisé dans les médias et la classe politique depuis les années 2000, remplaçant les vocables porteurs, eux, d'une idéologie négative "sans papier" , * "clandestins"* , désormais tombés en quasi désuétude. Un terme a priori généraliste et donc pertinent... sauf que sa neutralité est parfois mise en cause : parler de migrants occulterait les personnes, les histoires humaines et les drames, sa neutralité pourrait contaminer le regard que l'on porte sur les personnes. One saurait pour autant parler de réfugié au sens propre, sauf à créer une confusion, banaliser et au final enlever de sa force au terme de "réfugiés" . "Exilés" , qui ne recouvre pas de notion juridique, pourrait s'imposer car ce terme porte à la fois une dimension émotionnelle, rend compte de l'obligation que l'on a eu à s'arracher de son pays et ne distingue pas entre les personnes qui ont fui, mais *migrant * reste pour l'instant le plus couramment employé.

- Migrant

Ce n'est pas un concept juridique. Est migrant tout individu qui a quitté volontairement son pays d'origine et est en chemin vers un autre, quelles que soient les raisons de son départ -guerre ou misère économique, raisons politiques, économiques ou culturelles. Il devient immigré lorsqu'il s'installe dans un pays tiers. Migrant est le terme générique le plus large.

- Réfugié

Recouvre une définition juridique précise. L’article 1 de la Convention de Genève de 1951, ratifiée par 145 pays, relative au statut des réfugiés définit un réfugié comme "une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle, et qui du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social déterminé ou de ses opinions politiques craint avec raison d’être persécutée et ne peut se réclamer de la protection de ce pays ou en raison de ladite crainte ne peut y retourner ". Lors de guerres considérées comme telles au niveau international (Syrie, Afghanistan, Irak, Libye...), le HCR reconnaît des réfugiés "prima facie ". Ils n'ont pas besoin d'apporter la preuve de leur persécution, pour le HCR leur nationalité suffit. En revanche, pour les Etats, qui seuls sont habilités à accorder le droit d'asile, est considérée comme réfugiée une personne qui a déposé une demande d'asile et a obtenu le droit d'asile après avoir apporté la preuve que sa vie est sérieusement menacée dans son pays. Les 145 pays signataires de la convention de Genève - dont les pays de l'Union européenne - se sont engagés à les accueillir et protéger. Tout réfugié est donc un migrant mais tout migrant n'est pas réfugié. La France peut par ailleurs accorder l'asile constitutionnel "à toute personne persécutée en raison de son action pour la liberté" mais existe aussi, par transposition des textes européens, une protection subsidiaire pour les personnes qui ne remplissent pas les critères pour obtenir le statut de réfugié mais sont menacées de peine de mort, de traitements inhumains ou dégradants dans leur pays.

- Demandeur d'asile

Désigne ceux qui ont déposé une demande d'asile arguant de leur besoin de protection et sont en attente de l'octroi du statut de réfugié. la période d'examen de leur dossier ainsi que les conditions d'accueil durant cet examen sont variables selon les pays.

- Déplacés

S'emploie plutôt pour désigner les victimes d'un conflit, déplacées au sein de leur propre pays.

Migrants, réfugiés, demandeurs d'asile en Europe, une série en 3 volets :

- 2e chapitre : les réponses politiques de l'Europe (1er septembre 2015)
- 3e chapitre : mises en perspectives des flux actuels dans l'espace et le temps (04 septembre 2015) _*
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Et l'ensemble des analyses et témoignages de la chaîne au sujet des migrants et des réfugiés.
Découvrez une sélection d'analyses et de témoignages diffusés sur France Culture :

  • Le témoignage de Philippe Martinez, capitaine d'un bateau qui a sauvé 1 840 naufragés en Méditerranée, émission des Pieds sur terre, diffusée le 15 décembre 2014 :

Sauvetage de migrants en Méditerranée filmé par...par franceculture

  • Le Magazine de la Rédaction, de Chloé Cambreling, consacré à l'itinéraire de réfugiés Érythréens jusqu'à Paris, diffusé le 3 juillet 2015 :

Les migrants érythréens en France

43 min

  • CulturesMonde : du 31 août au 3 septembre, l'émission quotidienne d'analyse internationale consacre une semaine au thème "Des migrations à l'exode", avec notamment, pour commencer la semaine, la chercheuse Catherine Wihtol de Wenden :

Des migrations à l'exode (1/4) - Vers un nouveau paradigme

50 min