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Mises en capsules, 6e édition – festival de formes courtes théâtrales (critique de Cédric Enjalbert), Ciné 13 Théâtre à Paris

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Avis aux placomusophiles !
Mis es en capsules, 6e édition. Le festival des jeunes compagnies initié par Benjamin Bellecour reprend au Ciné 13 Théâtre. Une quinzaine de créations d’une demi‑heure se disputent gaiement le plateau.

Autour de ma pierre
Autour de ma pierre

Placomusophiles de tous pays, réveillez‑vous ! À deux pas du Moulin-de‑la‑Galette et pas si loin du rouge (le Moulin), bref, au sommet de la Butte, les capsules se comptent en nombre : le Ciné 13 collectionne les dramatiques et les comiques, celles pour couple d’acteurs, pour groupe ou seul en scène, des un peu ternes et des franchement brillantes. Un impératif, un seul : la taille. Mises en capsules est un festival de forme courtes : seules trente minutes sont laissées à chaque spectacle. Cinq spectacles sont en lice chaque soir.

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Faux Juste

N’ayez pas peur, je vais m’occuper de vous , ouvrait le bal, un bal plutôt macabre sous ses accents papaux. N’ayez pas peur, soit, mais soyez prévenus : la capsule n’est pas du meilleur goût. Elle pourrait rester au travers de la gorge. Entre humour noir et franc dérapage, ce texte bancal, interprété non sans peine par Salvatore Ingoglia, multiplie les pistes. La solitude, la fierté, la peur, la cruauté ou la lâcheté, sont abordées sur fond lointain de France d’Occupation. Un bon vieillard seul et grisonnant, voire tout à fait gris jusqu’au dedans, planque une famille pour leur sauver la vie. L’armistice est fêté, mais la Libération n’est pas pour tous. Ce faux Juste garde avec lui la petite famille dans son grenier à l’abri du réel, pour pallier sa solitude… à leurs périls. À l’ambiguïté de ton s’ajoute une adresse mal définie : auprès de qui témoigne ce vieux ? Pas clair.

Capsule en travaux

Pas bien claire non plus, Dépendance , la capsule qui fermait ce premier soir de festival. Deux frères (Florent Chesné et Aurélien Rondeau), réunis à l’occasion d’un héritage dans l’appartement en travaux du défunt père, attendent leur aîné, Carl, qui tarde. Ce retard rouvre des plaies, ranime la mémoire. Des longueurs, et des répliques qui ne font pas mouche chaque fois, une chute subite sans transition ni annonce, un découpage en tableaux inutiles dans ce laps de temps, et une scène encombrée rendent l’abord de la courte pièce difficile.

Capsule d’amour

La scène encombrée : un problème récurrent. Des changements de décor, que l’on imagine fastidieux, appellent des quarts d’heure d’entracte entre chaque spectacle. Ces quarts d’heure permettent aussi à la salle de se renouveler. Peut‑être pourraient‑ils être raccourcis un brin et faits à vue ? Qu’importe. Toujours est‑il qu’il n’est pas tout à fait nécessaire de cumuler une projection vidéo, un monticule de sacs en plastique, un cercueil, une guitare électrique, et sept costumes pour six comédiens et trente minutes, comme dans Autour de ma pierre . La pièce de Fabrice Melquiot se perd ainsi au début dans des méandres de détails. Le road‑movie nous embarque difficilement dans l’histoire de ces deux frères dépouillant des cadavres dans une Naples accablée de chaleur. L’un d’eux meurt. Une famille pas tout à fait orthodoxe se réunit pour l’enterrer tandis que des amours renaissent. Mieux conclue qu’elle ne débutait, cette capsule renferme une très belle scène d’amour et de quasi‑première fois (Julien Leonelli et Magali Genoud), sous l’œil complice d’un tiers, pseudo-poète alsacien paumé (Arnaud Dupont). Onirique et amusée, un peu gonflée, elle aurait suffit à constituer le noyau dur d’une courte pièce à trois.

Tuer Dieu le père

Paumés, il en est d’autres. Car la World Compagny va mal dans Tu es le père . Jésus neurasthénique a lâché les commandes, il jette l’éponge : la gestion de l’entreprise Monde, c’est trop pour lui. N’est pas Dieu le père qui veut, après tout. Tous alcooliques au sommet, Zeus comme sa fille Vénus, sœur de Jésus déshéritée, et tous rongés par les petites ambitions, Hermès comme Marie, la mère. Belle tirade de Jésus (Jean‑Paul Bordes) lorsqu’il tire le rideau, prêt à buter son père pourtant immortel, prêt à se faire lui‑même sauter le caisson pour n’avoir plus à assumer le dérèglement climatique, l’exploitation des pauvres, l’enrichissement des riches, l’écologie de bonne conscience et l’indignation à pas cher… la misère du monde. Tu es le père revisite en deux coups les gros la théorie du père de la psychanalyse. Elle ravive notre cosmogonie, sinon nos croyances, avec joie… et quelques lourdeurs. Tuer le père n’est pas si simple.

Capsule d’hypocondrie

Tuer le père ? Un passage obligé pourtant, si l’on en croit Freud, pour échapper à la névrose. Les deux patients de la Salle d’attente auraient bien fait de passer à l’acte. Ces deux malades imaginaires sont réunis sous la plume alerte de Serge Joncour dans la salle d’attente d’un fameux cabinet. L’un est un vieux maniaque hypocondriaque inquiet de n’être plus malade (Henri Courseaux), ou malade de ne l’être plus. L’autre est un malade qui s’ignore, gagné par l’inquiétude du premier. L’un et l’autre, dans l’attente inquiète d’un diagnostic, tissent un dialogue relevé, teinté de mauvaise foi, de rosserie et d’empathie. Alternant entre le gentil fou et le maniaque acariâtre, Henri Courseaux déclenche par sa seule présence un rire franc irrésistible.

Le traitement de choc joyoméopathosympathique dure jusqu’au 16 juin 2012 : cinq capsules par soir, des sourires, et au lit.

Cédric Enjalbert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

Mises en capsules, 6e édition – festival de formes courtes théâtrales

Ciné 13 Théâtre • 1, avenue Junot • 75018 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

www.cine13-theatre.com

Du 28 mai au 16 juin 2012 à partir de 19 heures

Durée : 3 h 30 environ

36 € | 20 € | 12 €