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Mode, photo, parfum, spectacles : l'artiste du corps Thierry Mugler est mort

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Un modèle du défilé haute-couture de 1997 et Thierry Mugler en 1991.
Un modèle du défilé haute-couture de 1997 et Thierry Mugler en 1991.
© Getty - Daniel SIMON / Frederic HUIJBREGTS/Gamma-Rapho

Un ange de la mode s'est éteint. Thierry Mugler est décédé de façon inattendue mais "naturelle" selon son agent. Le créateur de mode mais aussi de parfums, photographe, réalisateur et metteur en scène avait 73 ans. Une figure internationale de l'expression artistique des années 80 et 90.

"Depuis toujours, je suis fasciné par le plus bel animal sur terre : l’être humain. J’ai utilisé tous les outils qui étaient à ma disposition pour le sublimer" déclarait il y a peu Manfred Thierry Mugler. Manfred, son "prénom de baptême que je gardais au chaud" confiait-il en 2017 dans C dans l'air.

Celui qui a commencé adolescent à Strasbourg comme danseur classique à l'Opéra du Rhin, au grand soulagement de ses parents "bourgeois" (père médecin), aura centré son oeuvre sur le corps. Jusqu'à transformer le sien de façon surprenante par la chirurgie esthétique et le body building. "J'aime bien mettre les femmes en aventure" expliquait-il à propos de celles qu'il se plaisait à transformer en créatures fantasmagoriques très souvent sensuelles. Avec une liberté dans le dessin et dans la coupe très affirmée.

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"J'essaie de mettre sur pied une élégance nette, moderne, avec des vêtements graphiques. Cela vient toujours par une histoire d'aventure avec une femme." Thierry Mugler en 1983 dans 'Nuits Magnétiques' de Jane Gozzett et Jacques Taroni.

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Un style flamboyant qui marque les années 80-90

Son nom reste empreint d'un style flamboyant, extravagant, criard pour certains, de ses visions créatives, et d'univers débridés entre science-fiction, uniformes militaires et robotique, avec des airs de Metropolis, de bande dessinée ou de constructivisme russe. Après les arts déco à Strasbourg, il était arrivé à Paris à 20 ans puis avait crée sa propre griffe "Café de Paris", en 1973, avant de fonder un an plus tard la société "Thierry Mugler".

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Avec Jean Paul Gaultier ou Claude Montana, il marque les années 80, en particulier par son dessin des épaules. Et il propose même en 1984 un défilé public payant inédit au Zénith de Paris avec 250 modèles dont une madone en extase sous une pluie d'or. Des défilés aux allures de spectacles : 80 shows en vingt ans. Sans fourrure, car bien avant tout le monde, il la délaisse au profit de matières synthétiques. Et comme l'explique le styliste Jean-Charles de Castelbajac, à l'annonce de son décès, "habité de transversalité" : 

Jean-Charles de Castelbajac : "Tout était décloisonné. Les murs entre le spectacle et la mode, entre la musique et la mode, entre le cinéma et la mode, n'existent pas. D'où un univers remarquable, très fort et très marqué par son style."

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L'amour de la mise en scène pour les stars comme pour le grand public

Bowie, Diana Ross, Madonna et plus tard Lady Gaga en sont fans. Il habillera Jerry Hall, Mylène Farmer ou Sylvie Joly, sera le directeur artistique de Beyoncé, et parmi les dernières photos sur son compte Facebook, on pouvait voir Kim Kardashian, en tenue et chapeau de cow-boy métallisés, conçue pour elle pour Halloween par le créateur.

Thierry Mugler était le créateur du look emblématique du Met Gala 2019 de Kim Kardashian.
Thierry Mugler était le créateur du look emblématique du Met Gala 2019 de Kim Kardashian.
© Getty - Kevin Tachman/MG19/Getty Images for The Met Museum/Vogue

En 1985, Jack Lang fait scandale à l'Assemblée nationale avec un de ses costumes col Mao. Yves Mourousi s'habillera de même dans le très populaire journal de 13h de TF1. La Comédie Française lui confie le plus important budget costumes de son histoire. Et George Michael la conception de son clip emblématique des années 90 et des mannequins stars de l'époque : Too Funky

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Un flacon de son parfum Angel vendu toutes les dix secondes

Thierry Mugler réussit aussi en 1992 un coup de génie aux accords sucrés et à l'hyperpatchouli : son parfum Angel, toujours parmi les plus vendus dans le monde. Invité de Bernard Thomasson sur France Info, en 2013, il avait raconté les difficultés à lancer "cette étoile bleue qui était soi-disant impossible à réaliser" avec "cette essence qui n'avait jamais été créée avant, cette odeur de praline et de chocolat" :

Pour Angel, "Il y a eu beaucoup à convaincre. J'ai voulu faire un parfum mythologique, de grande qualité, en cristal, fini à la main. Et en plus le bleu, dans l'histoire du parfum pour femmes, ne s'est jamais vendu."

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Ses photos très graphiques, qui ont beaucoup servi à ses propres campagnes publicitaires, affichent sa vision du monde, de la mode et de la femme. Critiquées par certains pour leur côté Leni Riefenstahl. En 1989, dans l'émission Lunettes noires pour nuits blanches, il lui reconnait du talent et confie à Thierry Ardisson avoir été "influencé par les Fauves, leur rythme et leur violence, leur espèce d'instinct".

En 2002, il se retire de la mode avant notamment de mettre en scène du cabaret, comme dans Mugler Follies. Danseuses singulières de la filiforme au modèle Botero, ventriloques, cantatrice, chanteuse de fado, acrobates, numéros de force inédits : cela faisait "longtemps" qu'il voulait monter une revue, "un art libre, de joie de vivre et d'échange, sans message, où tout est possible", avait-il à l'époque confié à l'AFP. Et d'ajouter : "La mode ne me manque pas vraiment".

"Croyons en demain. Vive le futur" lançait-il encore dans le livre Couturissime, du nom de la grande exposition rétrospective qui fait escale en ce moment même au Musée des arts décoratifs de Paris. 

La rappeuse et célébrité américaine Cardi B en Mugler au musée des Arts décoratifs de Paris le 28 septembre 2021, et l'artiste à la même date et au même endroit pour le lancement dans la capitale de sa rétrospective.
La rappeuse et célébrité américaine Cardi B en Mugler au musée des Arts décoratifs de Paris le 28 septembre 2021, et l'artiste à la même date et au même endroit pour le lancement dans la capitale de sa rétrospective.
© Getty - Richard Bord/WireImage

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"Mugler voulait se détacher de la haute couture qui correspondait à une élite, et montrer que les jeunes pouvaient aussi porter de la haute couture et que cela pouvait être autre chose qu'une robe pour aller à une soirée chic", avait déclaré à l'AFP en septembre Thierry-Maxime Loriot, commissaire de l'exposition, produite à l'origine par le Musée des beaux-arts de Montréal.

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