Publicité

Mona Ozouf : "J'aime les méandres, j'aime les digressions"

Mona Ozouf
Mona Ozouf
© Radio France - Marion Siéfert

2000. Mona Ozouf est l'invitée de l'émission "For intérieur" en 2000. L'occasion pour cette historienne de revenir sur son enfance, ses choix politiques d'après-guerre, ses travaux de recherche autour de la Révolution française et des grandes figures féminines.

Au micro d'Olivier Germain-Thomas, dans son émission "For intérieur", l'historienne Mona Ozouf raconte avoir vécu "une enfance très recluse" et son "moyen unique" de rompre cette solitude, c'était "les livres". Elle insiste sur le fait qu' "il n'y a pas de loisirs" dans cette enfance. C'est au collège qu'elle raconte a découvert la littérature russe et les romans anglo-saxons de l'entre-deux-guerres grâce à Renée et Louis Guilloux.

Il y a une rencontre du hasard et des affinités probablement mais le hasard a beaucoup joué. Il n'y a pas beaucoup de construction volontaire de l'existence je crois. Si je jette un regard rétrospectif, je suis bien entendu capable d'y mettre de la cohérence comme chacun de nous mais je soupçonne la cohérence d'être un peu fabriquée.

Publicité

Mona Ozouf revient avec un certain malaise sur son engagement communiste. Elle voit dans cet engagement comme un "rattrapage" de la "torpeur " de toute une génération.

Contrairement à beaucoup de gens qui ont été communistes et qui sont fiers d'avoir eu tort, je ne suis pas fière d'avoir eu tort. En même temps c'est un fait de génération et on peut quand même facilement l'expliquer. Dans mon cas, c'est la sortie de la guerre avec le sentiment de n'y avoir pas du tout participé. Même par le récit parce qu'encore une fois à cause de ce milieu familial très clos, l'absence d'homme, la guerre passe comme quelque chose de sûrement dur et pénible, mais je n'en tire aucun enseignement politique, aucun. Et puis en 45 je découvre, parce que la presse afflue partout [...], je découvre les camps, je découvre la résistance, je découvre l'horreur.

"For intérieur" avec Mona Ozouf diffusé le 19 mars 2000 sur France Culture.

55 min

Mona Ozouf explicite l'objet de ses recherches historiques autour de la fête révolutionnaire "comme dispositif pédagogique", "comme moyen de créer cet homme nouveau". Elle revient sur les commémorations du bicentenaire de la Révolution et sur sa position dans le Dictionnaire critique de la Révolution française qu'elle a co-dirigé avec François Furet, "à mi-chemin des deux interprétations de la Révolution française qui sont en lutte au moment du bicentenaire".

La Révolution rêve d'un territoire homogène et unifié qu'elle essaye d'imposer partout dans tous les départements, le même système de fête, le même calendrier etc. mais que précisément parce qu'elle a cette volonté d'unité, elle trouve en face d'elle l'énorme diversité des cultures, des croyances, des appartenances. Et donc il y a deux versants dans la Révolution, il y a un versant dirigiste, unitaire, jacobin mais c'est précisément parce qu'il y a ce versant que la Révolution découvre l'énorme bigarrure des terroirs français.

A la fin de l'entretien, elle évoque quelques grandes figures féminines comme Simone Weil ou encore Simone de Beauvoir qui font partie des portraits tirés de son livre Les mots des femmes.

Qu'y a-t-il de moins représentatif en 1947 qu'une agrégée de philosophie qui s'enferme deux ans à la Bibliothèque Nationale pour accumuler des fiches sur Le Deuxième sexe et qui en sort avec ce livre étonnant qui est à la fois un livre très érudit et qui est en même temps un brûlot. Et pourtant ce livre conquiert un public immense et change la vie de millions de femmes. Du reste j'en témoigne. J'ai lu Le Deuxième sexe à la bibliothèque municipale de Saint-Brieuc où j'étais allée faire un devoir de philo sur les degrés dans la faute et où il y avait sur la table les livraisons des Temps modernes avec les extraits du Deuxième sexe. Et je n'ai pas fait ma dissertation de philosophie, j'ai lu tout l'après-midi de façon quasi enfiévrée ces pages qui traitaient de problèmes qu'on n'abordait jamais à la maison bien entendu.

  • "For intérieur"
  • Première diffusion le 19/03/2000
  • Producteur : Olivier Germain-Thomas
  • Réalisation : Olivier Coppin
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France