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Mona Ozouf : "L'histoire est un deuil de la littérature"

L'historienne Mona Ozouf le 20 mars 2009.
L'historienne Mona Ozouf le 20 mars 2009.
© Maxppp - Claude Stefan

1998. Dernier entretien avec Mona Ozouf dans la série "A voix nue" diffusée en 1998, dans lequel elle aborde le rôle de la littérature dans la vie, le pouvoir du romanesque à travers l'œuvre d'Henry James, sujet de son livre "La muse démocratique".

Dans cet ultime entretien d'"A voix nue" diffusé en 1998, l'historienne Mona Ozouf parle de sa passion pour le roman comme "un terrain protégé" en parallèle de l'engagement militant qu'elle a connu."La littérature était un domaine préservé du jugement féroce ou meurtrier que nous portions sur le monde alentour", explique t-elle. Mona Ozouf évoque notamment l'œuvre "torrentielle" d'Henry James.

Ce n'était pas la politique que nous allions chercher dans les romans, c'était tout autre chose. Et c'était quoi ? Me semble t-il un retour à la particularité, un éloge de la particularité, un remède aux idées générales. [...] La littérature nous met en face de ces situations qui ne permettent pas une déduction. [...] C'est cela que la littérature nous apportait dans un mode qui était régi par la déduction.

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Mona Ozouf continue sa réflexion autour du roman comme genre littéraire, "enfant naturel de la démocratie". Elle explique en quoi la démocratie "est préoccupée d'effacer les distinctions et les discriminations, le mouvement démocratique c'est l'effacement des discriminations."

Dans son livre La muse démocratique paru en 1998, l'historienne dit avoir "voulu faire un livre qui aborde les pouvoirs du roman" à travers l'œuvre de Henry James. "Le pouvoir du roman c'est de faire croire" résume t-elle.

Le roman naît de cette disponibilité du regard sur les autres qui, d'une certaine manière, s'est altérée dans la littérature contemporaine mais qui reste le ressort du romanesque.

"A voix nue" 5/5 avec Mona Ozouf le 17/04/1998 sur France Culture.

24 min

Le roman c'est quoi ? C'est ce qui nous permet d'abord de ne pas vivre une seule vie, d'échapper à notre destin individuel en nous forgeant, en nous donnant mille destins supplémentaires. C'est ce qui nous permet l'ubiquité aussi et c'est ce qui nous permet de faire des expériences qui dans la vie seraient des expériences malheureuses ou désastreuses ou ruineuses sans nous ruiner nous-mêmes. Le roman nous instruit sans nous détruire. Et je crois que ça c'est le pouvoir du roman.

  • "A voix nue 5/5" avec Mona Ozouf
  • Première diffusion le 17/04/1998
  • Producteur : Jean-Maurice de Montremy
  • Réalisation : Bruno Sourcis
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France