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Monica Vitti : "Je suis précaire, légère, passionnée, instable"

Monica Vitti en 1964.
Monica Vitti en 1964.
© Getty - Mondadori

Le "Bon Plaisir" avec Monica Vitti, c'est presque trois heures d'entretiens et de témoignages consacrées à l'actrice fétiche de Michelangelo Antonioni. Moins connue en France dans ces registres, elle est également une actrice comique et une grande comédienne de théâtre.

La comédienne connue pour ses grands rôles dans les films du réalisateur Michelangelo Antonioni, avec lequel elle tourna "L’Avventura" ou "La Notte", est morte ce mercredi 2 février à l'âge de 90 ans. C'est le ministre de la culture italien, Dario Franceschini qui l'a annoncé dans un communiqué :  "Adieu à Monica Vitti, adieu à la reine du cinéma italien. Aujourd’hui est un jour vraiment triste, une grande artiste et une grande Italienne disparaît", a écrit le ministre.

Monica Vitti commence ce "Bon Plaisir" par raconter les souvenirs de son expérience de tournage du film "L'Avventura" de Michelangelo Antonioni. Cela se passait dans les îles Éoliennes très isolées, dans des conditions très précaires, où il manquait de tout, où "tout était suspendu". Pierre Kalfon se souvient aussi de la première projection à Cannes de "L'Avventura" en 1960 dont il était le producteur : "Personne n'était préparé à ça".

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Le jeu comme un besoin vital

De ses 37 récompenses, prix, médailles, Monica Vitti dit, "comme les enfants, on a besoin de quelque chose qu'on vous donne." De sa première expérience sur les planches à  quatorze ans et demi, grâce au hasard d’une rencontre, elle confie : "J'étais tellement heureuse, il y a une liberté, ça a changé ma vie pour deux heures... complètement." C'était l'accomplissement d'un besoin vital en elle de vivre une autre histoire, une autre vie, un autre désir. Volontairement, elle a choisi dans la pièce de jouer le rôle de la mère, plutôt que celui de la petite fille, pour se mettre dans la peau d'une mère et comprendre ce qui se passe dans sa tête.

Le Bon Plaisir de Monica Vitti 1/3. Une diffusion du 18/05/1996

55 min

Pour Simone Veil, Monica Vitti "est plus qu'une grande actrice, elle représente quelque chose de notre époque. C'est une femme d'une grande présence." Monica Vitti dit avoir eu trois hommes importants dans sa vie : Michelangelo Antonioni, Carlo Di Palma et Roberto Russo avec qui elle partage sa vie depuis 23 ans. Tous les trois ont un regard "qui regarde très loin" et elle s'interroge justement sur son penchant à "aller chercher ce regard qui se perd". Michelangelo Antonioni, elle l'a rencontré en 1957 sur le doublage du film "Le Cri". Elle est devenue sa "muse de l’incommunicabilité". Carlo Di Palma était quant à lui le chef opérateur d'Antonioni.

"L'Avventura" : la bagarre de Cannes

Retour sur la première projection à Cannes de "L'Avventura" en 1960 avec Pierre Kalfon qui raconte le choc qu'a été ce film pour les critiques cinématographiques de l'époque. Certains évoquant le grand tournant que marquait ce film dans le cinéma moderne, mais le film fut surtout accueilli par des sifflets et provoqua un tollé lors de la projection publique, des critiques sortant ostensiblement au milieu de la séance. A la sortie de la projection, une véritable bagarre à coups de poings eut lieu sur les marches du Palais du festival, entre détracteurs et admirateurs. Pierre Kalfon raconte comment une pétition fut alors lancée en soutien au film. Finalement, "L'Avventura" fut primé au festival de Cannes par le Prix du jury.

Une actrice totale

Elle apprécie d'avoir cette double facette, à la fois icône d'Antonioni et actrice comique dans les films de Mario Monicelli. Elle a été la première actrice comique en Italie à l'égal des hommes. Dans ces films-là, elle fait surtout de l'ironie, y compris sur elle-même. Ce n'est jamais vulgaire, ce sont des comédies plutôt sophistiquées.

Ce n'est pas normal de faire l'actrice. Une personne qui est tranquille, qui n'a besoin de rien, ne peut pas faire l'acteur. Il a déjà un équilibre, alors si tu peux vivre sans le faire ce métier... on n'en parle plus. Alors que pour moi c'est un effort de vivre sans faire l'actrice. J'ai décidé d'écrire des romans, mais ce n'est pas la même chose. [...] Faire l'acteur c'est une fugue, c'est un choix, c'est une liberté, c'est une surprise.

Le Bon Plaisir de Monica Vitti 2/3. Une diffusion du 18/05/1996

59 min

Son amour des planches, Monica Vitti le communique à la jeune génération d'acteurs dans des cours qu'elle donne à l'Académie d'Art Dramatique. Son engouement pour le théâtre lui fait dire qu' "avoir rendez-vous tous les soirs avec quelqu'un qui vous attend, qui vous regarde, mais c'est mieux qu'une famille !, avant de se reprendre tout suite, non ce n'est pas vrai, j'ai exagéré de dire ça, effaçons-le !"

L'acteur doit être un peu magique. Il faut vivre avec les pieds pas tout à fait par terre.

Sa voix, considérée au départ comme "un énorme défaut", s'est avérée au contraire une opportunité pour elle en commençant par doubler d'autres actrices italiennes. Il faut savoir utiliser "ses défauts" et toujours douter, "le doute, c'est le secret" d'un grand acteur, aime-t-elle à expliquer.

Elle compare son rapport à sa mère, à celui avec la caméra : "La caméra, comme ma mère, c'est un juge." Elle confie que son métier d'actrice l'a sauvée. La précarité de la vie lui est nécessaire et lui donne de la "légèreté".

Ce sont les hommes qui en parlent le mieux 

Pour conclure ce long entretien de près de trois heures, place aux témoignages d'hommes qui l'ont côtoyée.

Le Bon Plaisir de Monica Vitti 3/3. Une diffusion du 18/05/1996

1h 04

Monica Vitti a brûlé avec sa cigarette, comme nous le raconte le producteur Pierre Kalfon, des négatifs des photos des films d'Antonioni qui ne lui convenaient pas, de peur de les voir affichées dans les magazines. Ce qui lui a d'ailleurs valu un procès pour destruction d’œuvres d'art. Elle avait une conception "bourgeoise" de la beauté et elle ne s'appréciait pas et à cause de cela, elle voulait contrôler son image. Elle était d'une extrême rigueur, pour éviter "que les choses ne deviennent ordinaires".

Roberto Russo, cinéaste et compagnon de Monica Vitti, raconte leur première rencontre comme "un coup à l'estomac". Depuis qu'il la filme, il dit qu'elle "donne la lumière". Il dit d'elle "qu'elle a l'amour pour la vie comme un enfant de six ans !"

Je ne sais pas si j'ai réussi à vous expliquer le mystère qu'il y a autour de moi. La curiosité, l'intérêt qui est une des choses nécessaires pour vivre. Quand j'ouvre la fenêtre le matin, je suis tout de suite intéressée par ce qui arrive à l'autre appartement. Je regarde la rue, les gens. Je fais un peu de mélange entre le spectacle, la réalité et l'irréalité, c'est nécessaire pour moi.

  • Le Bon Plaisir
  • Première diffusion : 18/05/1996
  • Production : Francesca Piolot
  • Réalisation : Monique Veilletet
  • Indexation web : Odile Dereuddre, documentation de Radio France
  • Archive Ina/Radio France