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Mort de Jean-Pierre Mocky, "l'anar" du cinéma français

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Jean-Pierre Mocky en 1985. Le cinéaste est mort le 8 août 2019.
Jean-Pierre Mocky en 1985. Le cinéaste est mort le 8 août 2019.
© Getty - Sygma

Cynisme, humour noir, sexe, provocation, anticonformisme sont les mots qui viennent à l'esprit pour qualifier les films de Jean-Pierre Mocky, disparu ce jeudi 8 août à l'âge de 86 ans.

Le cinéaste Jean-Pierre Mocky est mort à l'âge de 86 ans ce jeudi, annonce sa famille. De son vrai nom Jean-Paul Adam Mokiejewski, il est né le 6 juillet 1933 à Nice. En 1942, son père avait fait maquiller son état-civil en lui ajoutant quatre ans afin qu'il soit assez âgé pour embarquer seul sur un bateau et fuir vers l'Algérie pour échapper aux nazis - un bateau qu'il ne prendra finalement pas. D'abord comédien, il devient célèbre en jouant dans La Tête contre les murs de Georges Franju en 1958. L'année suivante, il réalise son premier film Les Dragueurs

Vidéo de l'INA : Jean-Pierre Mocky était réputé pour son franc parler, n'hésitant jamais à dire tout haut ce qu'il pensait tout bas. Et souvent, en y mettant la forme. Un trait de caractère qui lui valut la réputation de "fort en gueule". Illustration, en 2001, sur le tournage de "La Candide madame Duff", où les oreilles de ses collaborateurs ont dû siffler plus d'une fois...

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En savoir plus : Mocky soit qui mal y pense !

Le style Mocky est libertaire, caustique, provocateur

En tant que réalisateur, il dénonce avec vigueur les défauts de la télévision, de l'administration, de la presse, de la politique ou le fonctionnement moutonnier des foules. Auteur de plus d'une soixantaine de films dont Un drôle de paroissien avec Bourvil ou encore À mort l'arbitre avec Michel Serrault et Eddy Mitchell, Jean-Pierre Mocky était considéré comme "l'anar" du cinéma français, toujours sur la brèche, sempiternel râleur et, avant tout, libre. Jean-Pierre Mocky a également dirigé Fernandel, Francis Blanche, Jean Poiret, Eddy Mitchell ou encore Catherine Deneuve.

Beaucoup de ses films sont engagés mais avec bonne humeur : La Grande lessive, l'une de ses œuvres les plus réjouissantes, dénonce les ravages de la télévision. Bourvil y incarne un professeur désespéré de voir que le petit écran abrutit ses élèves : il décide d'aller à leur domicile à tous pour saboter les antennes de réception. 

Mais il y a aussi un Mocky beaucoup plus sombre : Un linceul n'a pas de poches (1974) raconte l'histoire d'un journaliste assassiné - incarné par lui-même - pour avoir voulu révéler la vérité. Dans À mort l'arbitre en 1983, il montre aussi le danger des foules. Un groupe de supporteurs de football complètement fous emmenés par un Michel Serrault très inquiétant veut régler son compte à un arbitre incarné par Eddy Mitchell. Jean Pierre Mocky joue le policier qui cherche à protéger l'arbitre.

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Boudé par les distributeurs à partir des années 90

Son cinéma est à part : afin d'avoir son indépendance, Jean Pierre Mocky s'autoproduit. "Moi, mon parti précis, c'est de faire éclater la vérité partout, de foutre les pieds dans le plat". Boudé par les distributeurs, Jean Pierre Mocky reprend la mythique salle de cinéma parisienne Le Brady dans le 10e arrondissement, puis le Desperado dans le 5e, qu'il utilise pour diffuser ses films. 

Passionné par le cinéma jusqu'à la fin de sa vie, "il faisait encore des projets le matin de sa mort", raconte son fils, Stanislas Nordey dans le journal de 18 heures de France Culture. Personnage haut en couleurs habitué aux coups d'éclat, notamment sur les plateaux de télévision, il avait publié ses mémoires en 2001 sous le titre M le Mocky

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