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Mort de l'écrivain chilien Luis Sepúlveda, pour qui la littérature "met en relief la dignité humaine"

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Luis Sepùlveda, à Milan en Italie, en 2005.
Luis Sepùlveda, à Milan en Italie, en 2005.
© Getty - Leonardo Cendamo

L'écrivain chilien Luis Sepùlveda est décédé à l'âge de 70 ans, du Covid-19. Auteur du roman à succès "Le Vieux qui lisait des romans d'amour", son oeuvre était marquée par l'expérience de l'exil et ses combats pour les droits de l'Homme.

"La littérature permet d'être la voix d'anonymes qui n'ont pas la possibilité de se faire entendre" soutenait Luis Sepúlveda sur France Culture en 2012. L'écrivain d'origine chilienne est décédé à Oviedo en Espagne jeudi 16 avril, à l'âge de 70 ans. Il avait été diagnostiqué positif au Covid-19 fin février, alors qu’il revenait de rencontres littéraires au Portugal.

Né en 1949 à Ovalle au Chili, Luis Sepúlveda s'est engagé dès l'âge de 12 ans dans les Jeunesses communistes. Il sera emprisonné pendant deux ans et demi sous la dictature d'Augusto Pinochet. Libéré en 1977 grâce à l'intervention d'Amnesty International, Luis Sepúlveda s'engage pour la défense des communautés indiennes et voyage dans toute l'Amérique latine : Colombie, Equateur, Pérou, Nicaragua… Sa rencontre avec les Indiens Shuars en 1978 dans le cadre d'une mission sur "l'impact de la colonisation sur les populations amazoniennes" avec l'Unesco, inspirera le thème et les paysages de son premier roman.

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"D'abord citoyen, après écrivain"

En 1982, il s'exile en Europe. L'écrivain exerce d'abord le métier de journaliste dans différents journaux en Allemagne et en France, avant de s'établir dans les Asturies au nord de l'Espagne, où il se met à rédiger des récits de voyages dont Le Neveu d’Amérique (1996) récit d'une traversée depuis l’Amérique jusqu’en Andalousie. Luis Sepúlveda écrit aussi des romans et des essais, tout en continuant de militer pour la défense des droits humains au sein de la Fédération internationale des droits de l'homme, et de l'environnement auprès de Greenpeace. 

La littérature est un espace pour mettre en relief la dignité humaine car la dignité humaine se construit avec l'addition des souvenirs qui l'élève. (...) Je suis d'abord un citoyen, et après un écrivain. Et comme citoyen j'ai de nombreux devoirs à accomplir. Une fois mes devoirs accomplis, j'ai le droit moral de m’asseoir comme écrivain et me mettre à la tâche. Luis Sepúlveda, sur France Culture

Son premier roman, Le Vieux qui lisait des romans d'amour, connaît un succès retentissant. On y rencontre Antonio José Bolivar, un homme qui connaît tous les secrets de la forêt amazonienne et de ses habitants, le peuple des Shuars. Pour échapper à la barbarie des hommes blancs, il trouve une échappatoire dans la littérature. Originellement publié en espagnol en 1992 et traduit la même année en français par François Maspero pour les Éditions Métailié, l'ouvrage est traduit dans une soixantaine de langues et adapté au cinéma en 2001 par le réalisateur australien Rolf de Heer.

L'œuvre de Luis Sepúlveda est marquée par son engagement politique et écologiste, son goût du voyage. Parmi ses autres romans, il faut citer Rendez-vous d'amour dans un pays en guerre (1997), Les Roses d'Atacama (2001) ou encore La Fin de l'histoire (2016).

La littérature, parfois, devient l'ombre de la mémoire. Seulement ce qui existe a une ombre et donc en ce sens, la littérature est l'ombre de ce qui se passe réellement. La littérature a un rôle de rappel de ce qui s'est passé et on ne va pas admettre une solution facile comme les amnisties par exemple ou le fait d'oublier et d'aller de l'avant. Luis Sepùlveda sur France Culture

Critique des dictatures latino-américaines, l'écrivain vivait avec ses souvenirs d'une jeunesse engagée. Dans L’ombre de ce que nous avons été (2009), Luis Sepúlveda racontait les retrouvailles à Santiago de trois anciens militants de retour d'exil trente-cinq ans après le coup d'Etat de Pinochet, bien décidés à participer à une ultime action révolutionnaire. Il dédiait cet ouvrage à ses "camarades, ces hommes et ces femmes qui sont tombés, se sont relevés, ont soigné leurs blessures, conservé leurs rires, sauvé la joie et continué à marcher."

Luis Sepúlveda a aussi écrit pour la jeunesse avec Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler (1996) et Histoire d'un chien Mapuche (2016).

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