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Mort de la réalisatrice et comédienne Tonie Marshall

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Tonie Marshall à Paris en 2017
Tonie Marshall à Paris en 2017
© AFP - Lionel BONAVENTURE

Dans une génération avec peu de femmes réalisatrices, elle a marqué les esprits avec des films pleins de fantaisie et remporté un franc succès en filmant les esthéticiennes de "Venus Beauté Institut". D'abord comédienne, fille de Micheline Presle, la réalisatrice Tonie Marshall est morte ce 12 mars.

La réalisatrice Tonie Marshall, seule femme à avoir remporté le César de la meilleure réalisation pour Vénus Beauté (institut) en 2000, est décédée ce 12 mars 2020 à l'âge de 68 ans, des suites d'une longue maladie.

Née dans une famille d’acteurs, Tonie Marshall avait développé dès l’enfance un lien très fort à la cinéphilie. Elle aimait à rappeler que dans l’appartement de ses parents, sa chambre d’enfant jouxtait la cabine de projection d’un cinéma d’art et d’essai du Ve arrondissement de Paris, le Studio des Ursulines, où elle a vu très tôt les films d’Eisenstein et de Bergman notamment.

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4 min

Fille de la comédienne Micheline Presle et du réalisateur américain William Marshall, elle fait ses premiers pas sur un plateau en 1972, à l’âge de 21 ans dans L'Evénement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune de Jacques Demy, dans lequel elle joue aux côtés de Catherine Deneuve et Marcello Mastroianni. Sa carrière de comédienne va longtemps la cantonner aux seconds rôles, souvent comiques. Si elle est appréciée par le cinéma d’auteur des années 1980, jouant notamment dans les films de Jean-Claude Biette, Jacques Davila ou Gérard Frot-Coutaz, Tonie Marshall va donner libre cours à sa verve comique dans des pièces de boulevard et sur la scène du café-théâtre. Et surtout dans les séries satiriques produites pour la télévision dans les années 1980 comme Palace ou Merci Bernard ! de Jean-Michel Ribes, dans laquelle elle révélait notamment les "Trucs de Tante Aline". 

En 1989, Tonie Marshall passe derrière la caméra avec Pentimento, une histoire de famille, dans lequel la réalisatrice donne son premier rôle au cinéma à Antoine de Caunes.

"Je me souviens avoir été au cinéma depuis que je suis minuscule"

Une dizaine de longs-métrages suivront parmi lesquels Pas très catholique (1994) avec son amie Anémone dans le rôle d’une détective privée fantasque, qui lui vaudra son premier succès public ; Au plus près du paradis (2002) avec Catherine Deneuve et William Hurt ; France Boutique (2003) avec Karin Viard et François Cluzet ; films dans lesquels, à une seule exception près, la réalisatrice réserve toujours un rôle de guest star pour Micheline Presle, incarnant ainsi une immuable et pétillante figure maternelle.

En 1999, Tonie Marshall signe Vénus Beauté (institut) avec Nathalie Baye et Audrey Tautou. Cette comédie à la fois romantique et féministe qui a pour cadre le salon de beauté d’Angèle, une jeune esthéticienne incarnée à l’écran par Audrey Tautou est le succès surprise de l'année 1999 avec 1,3 million d'entrées. Et le film est en 2000 le grand gagnant de la cérémonie des Césars, remportant quatre récompenses, celui de la meilleure réalisation, du meilleur film, de la meilleure adaptation, et du meilleur espoir féminin pour Audrey Tautou. Elle déclinera ensuite ce succès en série pour Arte en 2005 sous le titre Vénus et Apollon.

Son dernier film sorti en 2017, Numéro une, mettait en scène Emmanuelle Devos dans le rôle d’une brillante ingénieure, promue à la tête d’une entreprise du CAC40 et en butte au sexisme et au "plafond de verre" à l’œuvre dans le monde des affaires. En octobre 2017, elle déclarait par exemple : "J’ai voulu retranscrire cette misogynie bienveillante, inconsciente, inscrite dans le système et qui vient de la nuit des temps. Numéro un_e me permet de défendre l’idée que s’il y avait un nombre important de femmes à la tête des entreprises, on n’aurait pas la même façon d’aborder l’économie. Je ne suis pas sûre que l’argent par exemple soit le moteur de la libido féminine !"_ (Causette, 1er octobre 2017)

Tonie Marshall, qui ne craignait pas d’employer le mot féministe pour qualifier son engagement, avait rejoint en 2018 la Fondation des Femmes, une association de lutte contre les violences faites aux femmes, et dont elle était l’une des ambassadrices. C’est dans le cadre de cette association qu’elle avait été à l’initiative du port d’un ruban blanc lors de la Cérémonie des Césars en 2018.

"Pas très catholique"

En 1994, Tonie Marshall était l'invitée de Michel Ciment dans son émission "Projection privée", alors que sortait son remarqué second long-métrage Pas très catholique. Elle y parlait longuement de son travail en compagnie de son actrice principale, Anémone, également l'une de ses meilleures amies. Et revenait à cette occasion sur leur jeunesse en tant qu'apprenties-comédiennes au tournant des années 1970. 

Tonie Marshall dans "Projection privée" le 10 avril 1994

40 min

Sur les films des intimes, Davila, Frot-Coutaz, Biette, j'étais toujours en train de regarder où est-ce qu'ils mettaient la caméra, comment ça se faisait, comment ils écrivaient, pourquoi comment... Et d'avoir une espèce de prolongement  - plutôt que d'être dans cette situation d'attente qui est la situation des comédiens qui se mettent sur une chaise et qui attendent que le plan se fasse - il y avait toujours un petit suivi qui me tentait. Mais en fait, c'est par l'écriture. C'est quand j'ai commencé à me dire que je pouvais écrire et que j'allais finalement le mettre en scène moi-même puisque j'écrivais ce qui allait tourner. 

La vie est dure, il n'y a pas de doute. Donc il n'y a pas de raison de montrer des situations qui sont hors cette configuration. Mais qu'au moins les personnages qui traversent cette vie aient une énergie vitale et une idée que le bonheur, entre guillemets, ou que la vie tout court, est possible !

Plus je me rapprochais et plus Anémone était belle. Et j'avais envie de la voir comme ça : belle, belle, belle !