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Mort du comédien et metteur en scène Marcel Maréchal

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Le comédien Marcel Maréchal en 1990
Le comédien Marcel Maréchal en 1990
© Getty - Patrice PICOT/Gamma-Rapho

Comédien, metteur en scène et auteur, directeur de théâtre et acteur important de la décentralisation culturelle à Lyon et à Marseille dès les années 1960, Marcel Maréchal est mort le 11 juin dernier à Paris, à l'âge de 82 ans.

Auteur, comédien, metteur en scène, directeur de compagnie et de théâtre, Marcel Maréchal est décédé le 11 juin 2020 à l'âge de 82 ans. Celui qui a incarné pendant un demi-siècle la figure de l'homme de théâtre dans toutes ses dimensions donnait encore l'an dernier, seul sur la scène du Théâtre de Poche Montparnasse, une lecture des souvenirs qu'avait gardés Jean Renoir de son père, le peintre Auguste Renoir.

Tout au long de ses 50 ans de carrière, de sa première compagnie du Cothurne à Lyon au Théâtre de la Criée à Marseille qu'il a dirigé pendant 15 ans, jusqu'aux Tréteaux de France de 2002 à 2010, Marcel Maréchal n'a eu de cesse de chercher à toucher ''le cœur et l'esprit", comme il le disait lui-même, du plus vaste public possible. Que ce soit en montant les auteurs classiques qu'il adorait - Molière, Alexandre Dumas, Théophile Gautier ou Victor Hugo à propos duquel il déclarait "Je ne suis pas hugolien, je suis hugolâtre" - comme les auteurs contemporains qu'il a contribué à installer dans le paysage théâtral français à partir des années 1960 : Bertolt Brecht, Jacques Audiberti ou Louis Guilloux. Comédien truculent, homme gourmand de théâtre et de mots, qui vouait à Shakespeare et aux auteurs élisabéthains un culte en raison de leur capacité à mêler le sublime et le grotesque, l'angoisse et la dérision, Marcel Maréchal a également nourri tout au long de sa vie des passions fidèles parmi lesquelles sa ville de Lyon, les écrivains Jacques Audiberti et Louis Guilloux... et le football.

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Natif de Lyon, berceau de Guignol

Né en 1937 à Tassin-la-Demi-Lune dans la banlieue de Lyon, Marcel Maréchal a marqué très tôt la vie culturelle de la métropole. S'il a rêvé de monter à Paris pour faire une école de cinéma, la réalité l'amène à faire des études de droit dans sa ville où il fonde dès 1958 en compagnie d'autres étudiants, sa première compagnie, La Compagnie du Cothurne. Très vite, elle prendra une dimension professionnelle et s'illustrera en créant des pièces de Jean Anouilh, de Fernando Arrabal ou de Michel de Ghelderode. Deux ans après sa création en 1960, la compagnie s'installe dans la petite salle de la rue des Marronniers, laissée vacante par Roger Planchon, tout juste nommé à la tête du Théâtre de Villeurbanne. 

Dans l'émission "Lieux de mémoire" sur France Culture en 1999, Marcel Maréchal revenait sur son attachement à un héros du théâtre lyonnais, emblématique pour lui de l'esprit agit-prop dans lequel il se reconnaissait.

Tour le monde connaît les Guignols de l’info mais plus personne ne sait qu'ils descendent du Guignol lyonnais, qui s’est appelé tour à tour Guignol, Chignol, Chignolo… A l’origine, le Guignol n’était pas un théâtre pour enfants, ce n’est qu’après que ça a été récupéré par de mauvais manipulateurs dans des castelets criards, avec de très mauvais textes, bêtifiants. A Lyon, Guignol était un théâtre politique, de défense des humbles, c’était des revues satiriques, une forme d’agit-prop. J'ai eu la chance de pouvoir y retourner en compagnie de Jacques Audiberti que j’ai emmené dans ce très joli théâtre de Guignol sur le quai Saint-Antoine, qui malheureusement n’existe plus aujourd’hui. 

En 1975, Marcel Maréchal écrit Une anémone pour Guignol ou Grandeur et misère d'un art populaire, hommage au fameux héros lyonnais auquel il dédie sa fleur préférée, l'anémone, lui qui avouait, très politique encore, ne pas aimer les roses "parce qu'elles ont été trahies". Ce spectacle sera son spectacle d'adieu au public lyonnais, puisque le metteur en scène est appelé la même année par la Ville de Marseille à reprendre la direction du Théâtre du Gymnase.

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L'éblouissement pour l'écriture d'Audiberti

En 1963, Marcel Maréchal crée Cavalier seul de Jacques Audiberti (1899-1965), un de ses auteurs de prédilection. La pièce connaîtra un tel succès qu'elle sera reprise pendant de nombreuses années, d'abord en 1964 au Studio des Champs-Élysées à Paris puis, en 1975, dans la Cour d'honneur du Festival d'Avignon et même à Buenos Aires en 1983.

Dans l'émission "Le mardi des auteurs" consacrée au dramaturge et poète en 2005, Marcel Maréchal exprimait sa vision d'un auteur avec lequel il a entretenu un long compagnonnage artistique et une grande amitié :

Nous les Français, on est très rationalistes, si on écrit une comédie, c’est une comédie, il n’y a pas de drame. Shakespeare et les auteurs élisabéthains nous ont pourtant montré qu'il était possible de mélanger les genres, le sublime et le grotesque, le tragique et comique. Ce qui fait la grandeur d'Audiberti, c’est cette veine elisabéthaine. Son œuvre est difficile à monter parce qu'elle comporte à la fois des aspects boulevardiers et une grande subtilité. Quand j’ai monté Le cavalier seul, Audiberti a apprécié mon travail parce qu’il a eu le sentiment qu’on le traitait comme un auteur elisabéthain, sans tomber dans le piège de la facilité. La pièce a été créé à Lyon dans le petit théâtre du Cothurne et après on l’a joué au Studio des Champs-Elysées et puis à Avignon dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. C’est un grand souvenir. Passer d’une salle de 100 places à une salle de 3000 places et pouvoir ainsi toucher l’esprit et le cœur du public, c’était merveilleux. Le théâtre d’Audiberti est poétique au sens fort du terme, et le poétique ça échappe aux classements, à la psychologie. On ne peut pas dire que ce soit un théâtre psychologique, c’est bougrement vivant !

Louis Guilloux, l'alter ego

Le 20 février 1999, dans l'émission "Profession spectateur", alors qu'il vient d'apprendre que son contrat à la tête du Théâtre du Rond-Point n'était pas renouvelé, Marcel Maréchal confiait au micro de Lucien Attoun à la fois son amertume de se voir soudain privé d'une "maison de théâtre", mais également son bonheur d'interpréter une pièce de Louis Guilloux, La maison du peuple, dont les résonances avec la période contemporaine lui semblaient encore très vives :

Même si je me retrouve aujourd'hui à la porte de mon théâtre, je suis un homme plein d’énergie, je ne suis pas trop mauvais acteur, pas trop mauvais metteur en scène, j’arriverai sans doute à rebondir. Et pour l'instant, j'ai l'immense bonheur de servir Louis Guilloux et de jouer dans "La Maison du peuple". Un texte écrit en 1927 mais qui parle de la fracture sociale, de l’exclusion et c'est pour cela que ce spectacle ça touche les jeunes. Quand on entend Pelo et Le Braz, on croit entendre des mômes des quartiers qui ont "la haine". Avec ce texte de Guilloux, j'opère une sorte de retour aux sources. Je replonge dans mon enfance à Tassin. Guilloux et moi, on vient à peu près du même milieu social. C’est très émouvant pour moi de jouer ce texte, j’ai du mal à contenir mon émotion, je suis très souvent en larmes.

Et le football...

Marcel Maréchal était aussi un passionné de football. Dans cette soirée enregistrée pour France Culture au Théâtre du Rond-Point en mai 1998, il se livre à une interprétation mémorable du match qui opposa la France à l'Allemagne en demi-finale de la Coupe du Monde le 8 juillet 1982, et qui resta dans les annales du football sous le nom de "Nuit de Séville".

En 1998, Marcel Maréchal rejouait le match qui opposa la France à l'Allemagne en demi-finale de la Coupe du Monde le 8 juillet 1982

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