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Mort du maître japonais de l'animation Isao Takahata

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Isao Takahata en 2001 à Tokyo
Isao Takahata en 2001 à Tokyo
© AFP - KODAIRA

Réalisateur engagé, passionné de littérature française, il avait créé en 1985 le studio japonais d'animation Ghibli avec Hayao Miyazaki, son cadet, complice et parfois aussi rival.

Avec la mort d'Isao Takahata à l'âge de 82 ans, le film d'animation perd l'un de ses génies. Né en 1935, il avait grandi dans le centre du Japon dans une famille nombreuse. Jeune étudiant, il s'était passionné pour la littérature française et sa découverte de Jacques Prévert et de son oeuvre l'ont durablement marqué. C'est presque naturellement alors, que son intérêt pour l'animation s'est manifesté à travers la découverte du travail de Paul Grimault, réalisateur du "Roi et l'oiseau", dont Prévert signait les dialogues. Frédéric Charles, le correspondant de France Culture au Japon, dresse le portrait de cet amoureux de la France.

Portrait d'Isao Takahata

49 sec

Il débute véritablement sa carrière en 1959 dans les studios d'animation Toei. C'est là qu'il rencontre son compère Hayao Miyazaki, avec qui il fondera le studio Ghibli, désormais connu dans le monde entier. En 2009, Laurent Valière lui avait consacré un documentaire d'une heure. Il avait eu la chance de le rencontrer. Rencontre avec le réalisateur donc, et auparavant portrait en creux de son travail à la réputée école d’animation des Gobelins, qui forme les futurs animateurs et réalisateurs, durant un cours consacré à l’une des œuvres majeures de Isao Takahata, "Le tombeau des Lucioles", dont il dit qu'elle "portait une dimension quasi mythique qui nécessitait une adaption par le cinéma d'animation". 

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Passeur de réels : rencontre avec Isao Takahata et son oeuvre

54 min

Quand l'animation documente le réel

Alors que leur parcours est étroitement lié, Isao Takahata, l’alter ego de Hayao Miyazaki, reste encore aujourd’hui dans l’ombre, même au Japon. Moins connu que son compère, parce qu’il ne dessine pas lui-même et met en scène à chaque fois des films aux styles graphiques différents, les films de Isao Takahata ont marqué l’histoire du cinéma d’animation. Isao Takahata n’est pas documentariste, pourtant ce réalisateur de films d’animation dit autant sur son pays dans ses films que des cinéastes traditionnels. « Le tombeau des lucioles », film reconnu, montre le Japon pendant la Seconde guerre mondiale, à travers le parcours cru et poétique de deux enfants. 

« Pompoko » plonge dans les croyances japonaises en de petits animaux, les tanukis, et raconte leur combat contre les hommes qui détruisent leur territoire. « Mes voisins les Yamada » et « Kié la petite peste » montrent la vie quotidienne des Japonais. 

La découverte en 1952 de La Bergère et le ramoneur de Paul Grimault

A l’époque, les dessins animés se résumaient aux productions Disney, et découvrir un film aussi différent, à la fois aussi riche, profond, marquant dans la forme même qui était la sienne sur le plan formel qu’était l’animation, ça a été le choc le plus important. Et puis il y a aussi les thèmes et les problèmes de société, presque politiques, que le film prenait à bras le corps. Pour moi, c’était une très grande surprise de voir qu’à travers un univers aussi essentiel, aussi important en terme de partage pour nous tous, le cinéma d’animation parvenait à le représenter, à l’incarner, le proposer de manière aussi forte. 

L’arrivée de la réalité dans le dessin animé

A cette époque là (les années 70), il me semblait assez naturel, étant donné que nous étions dans le registre du dessin animé, d’inclure des aspects non réalistes et fantastiques. C’est avec Heidi que l’on m’a proposé pour la première fois une série dénuée de tels aspects. C’est en ce sens qu’Heidi est un tournant. C’est mon premier travail dans mon parcours, dénué de fantastique non réaliste.