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Mort du musicien Tony Allen, "l’homme qui joue comme cinq batteurs"

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Tony Allen à l'Apollo Theater à New York en 2018
Tony Allen à l'Apollo Theater à New York en 2018
© Getty - Jack Vartoogian

Le musicien et chanteur nigérian Tony Allen, "l’homme qui joue comme cinq batteurs" selon son illustre compatriote Fela Anikulapo Kuti, est mort hier jeudi 30 avril à l’âge de 79 ans à l’hôpital Georges Pompidou après un malaise cardiaque survenu chez lui à Courbevoie, en région parisienne.

Cinq semaines après la disparition du saxophoniste et compositeur franco-camerounais Manu Dibango, survenue 24 mars 2020 des suites du Covid-19, c’est un autre grand monument de l’Afro-beat qui disparaît. C'est par l'entremise de son manager, Eric Trosset, que la nouvelle a été annoncée : “On ne connaît pas exactement la cause du décès”, a-t-il indiqué à l'AFP. “Il était en pleine forme, c'est assez soudain. Je lui ai parlé à 13 heures, puis deux heures plus tard il était pris d'un malaise et a été transporté à l'hôpital Pompidou où il est décédé”, poursuit-il. Tony Allen était un batteur de génie, une légende, un pionnier de l’afrobeat avec son maître et  ami Fela Kuti.

Le "Premier ministre de l’Afro-beat"

Né dans les nuits électriques du Lagos de la fin des années 60, l’Afro-beat qui mêle jazz, funk et rythmiques yorubas été popularisé par le légendaire Fela Anikulapo Kuti considéré comme l’inventeur du genre. Cette révolution musicale doit beaucoup également à Tony Allen qui n'était pas seulement le remarquable et fougueux batteur de Fela, mais aussi son directeur musical. « Tony Allen fut pour ainsi dire le Premier ministre du Président, et le co-inventeur de cette musique monumentale, triomphante, orgasmique : l’Afro-beat » résume le critique musical Francis Dordor.

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54 min

Après 40 albums enregistrés en moins de 25 ans avec Fela et le groupe Afric 70, Tony Allen délaisse la tribu Kuti pour vivre d’autres aventures musicales à travers le monde. Il accompagnera Manu Dibango, Ray Lema et King Sunny Ade sur scène, rendra hommage à des musiciens de jazz qui ont marqué sa jeunesse, et acceptera de répondre aux sollicitations de quelques célébrités des scènes hip hop, pop-rock et électro, émerveillées par la cadence du vieux batteur. « Pour Tony Allen, l'après-Fela ressemblera assez à l'après-James Brown pour le saxophoniste Maceo Parker, soit la même chose mais en pleine lumière »  résume Francis Dordor.

Personne ne s’étonna de voir ces dernières années le grand musicien nigérian installé en France partager des sessions avec le britannique Damon Albarn de Blur, le berlinois Moritz von Oswald ou les français Sébastien Tellier, Rockin’ Squat et Charlotte Gainsbourg. Pour Brian Eno, Tony Allen est_« le meilleur batteur qui ait jamais vécu ». _

En guise d’hommage à Tony Allen, voici 5 albums à écouter

1- Jealousy- Avec Africa 70 (1975)

Avant de quitter Felt Kuti en 1978 pour créer sa propre formation « Tony Allen & the Afro Messengers », le batteur et arrangeur réalise quelques albums solo avec le groupe Africa 70, dont cet album inclassable qui contient Hustler ce petit bijou swinguant qui a fait danser différents mondes dans différentes nuits, jusqu’à dans sa version disco concoctée par Mad Rey and Monsieur Scott.  

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2- PROGRESS?  Avec Africa 70 (1979)

Au début des années 60, Tony Allen et son ami Fela Kuti accomplissent un voyage initiatique en Amérique en proie aux revendications sociales et aux combats pour les droits civiques. En même temps qu’ils découvrent les musiques populaires des afro-américaines, ils y font leur apprentissage politique avec Martin Luther King, Malcolm X. Cette prise de conscience est revendiqué par l’Afro-beat: textes engagés sur des rythmes électriques. Progress? s’écoute comme un manifeste. 

3- Black Voices. Tony Allen (1999)

Pour le label électro Comet Record, fondé par deux jeunes Frenchies, et sous les auspices de Doctor L- Tony Allen enregistre un album étonnant, réinterprétant les bases de l’Afro-beat au son du dub jamaïquain, les boucles hypnotiques font de cet album expérimental le disque le plus halluciné et le plus hallucinant de son époque. 

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4- A tribute to Art Blackey and the jazz messengers. Tony Allen (2017) 

Tony Allen a attendu longtemps avant de rendre hommage au batteur de jazz américain Art Blakey, qu’il revendique comme son influence majeure. Album majeur enregistré dans le même label mythique d’Art Blakey, le batteur inventeur du hard bop :  Blue Note, évidement. 

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5- Rejoice.  Tony Allen et Hugh Masekela (2010) 

Une rencontre dans un studio londonien entre deux grandes figures de l’afro-jazz. Le batteur nigérian Tony Allen meets le trompettiste sud-africain Hugh Masekela. Cet enregistrement est resté 10 ans dans les tiroirs de la maison de disque avant de sortir fin mars 2020. « L’été dernier, les bandes ont été exhumées par Nick Gold, à qui l’on doit la découverte des légendes du Buena Vista Social Club , le patron du label World Circuit a demandé à Allen de retravailler l’album, en gardant l’esprit minimaliste de ces sessions spontanées, et les quelques mots que les deux instrumentistes ont improvisés en 2010 : des paroles qui parlaient de l’espoir que suscitait l’élection d’Obama, des ghettos, ou de leur jeunesse » précise Elodie Maillot qui nous conseillait d’écouter ce disque dans un Culture-Maison publié à peine 2 jours avant le décès brutal de Tony Allen : 

1h 00