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Mort du philosophe André Glucksmann

Cette figure des "nouveaux philosophes" est décédée ce 10 novembre, à l'âge de 78 ans. Proche de Jean-Paul Sartre, ancien militant maoïste, André Glucksmann avait peu à peu viré à l'atlantisme et rejoint le courant des "nouveaux philosophes". Auteur de nombreux ouvrages, tels Le Discours de la guerre ou La Cuisinière et le mangeur d'homme , l'essayiste était réputé pour son engagement pour les droits de l'homme.

André Glucksmann
André Glucksmann
© Maxppp - Guidicelli Eric

Né à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) le 19 juin 1937, dans une famille juive polonaise, André Glucksmann est très tôt marqué par les conséquences de la Seconde Guerre Mondiale et, enfant, vit ses premières années caché. Son père meurt au début de la guerre, et sa mère s’engage dans la Résistance. Le philosophe ressent une profonde fascination pour ce mouvement, sentiment qui n’est probablement pas étranger à son propre engagement politique.

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Ancien élève de l’ENS Saint-Cloud puis agrégé de philosophie en 1961, il publie en 1967 Le Discours de la Guerre , puis prend part dès l’année suivante aux évènement de mai 68, alors qu’il est l’assistant de Raymond Aron à la Sorbonne. Ancien proche du Parti Communiste français, il finit par s’y opposer farouchement lorsqu’il rejoint le groupe Action et devient militant maoïste. Ce défenseur convaincu de la révolution cullturelle chinoise juge ainsi, dans une publication de la revue* Les Temps modernes* , que la France est un pays “fasciste”.

Virage politique En 1974, la parution de l’essai L’Archipel du goulag de Soljenitsyne fait opérer à André Glucksmann un véritable revirement. Le philosophe rompt avec le maoïsme et publie en 1975 La Cuisinère et le mangeur d’homme, réflexion sur l'État, le marxisme et les camps de concentration , qui dresse un parallèle entre nazisme et communisme.

Dès lors, Glucksmann est associé aux “nouveaux philosophes”, premiers à revendiquer une rupture avec les idéaux marxistes.

André Glucksmann se fait surtout connaître pour ses engagements dans de multiples combats politiques. Opposant à la guerre du Viêt-Nam, il demande ainsi, avec Sartre et Aron, au président Valéry Giscard d’Estaing de lancer une opération pour venir en aide aux boat people , ces réfugiés vietnamiens qui fuient leur pays devenu communiste.

Partisan de l'interventionnisme, le philosophe se convertit peu à peu à l'atlantisme, ce qui l’amène à prendre des positions tranchées et évidemment contestées. Au nom des droits de l’Homme et de l’antitotalitarisme, il est ainsi partisan de l'intervention contre la Serbie en 1999, lors de la guerre d’ex-Yougoslavie. Il se prononce également, en 1991 puis en 2003, en faveur de l’intervention des Etats-Unis en Irak, et, plus récemment, pour une implication armée dans les conflits libyens et syriens.

En 2007, le philosophe avait apporté un soutien remarqué à Nicolas Sarkozy lors des élections présidentielles. Une décision sur laquelle il était revenu par la suite, notamment en raison du rapprochement entre Vladimir Poutine et Nicolas Sarkozy, Glucksmann était un farouche défenseur de la cause indépendantiste tchétchène.

Chantre de la résistance, intellectuel intransigeant et controversé, André Glucksmann avait abandonné Marx et Mao pour Dostoïevski et Montaigne. Il était venu, à de nombreuses reprises, discuter sur l’antenne de France Culture.

** > Nous vous proposons de le réécouter à travers cette série d'entretiens diffusés dans A Voix nue en 2010.**
Cet ancien militant maoïste fut un farouche défenseur de la révolution culturelle chinoise avant de changer radicalement de point de vue. **Antoine Marette ** revient sur son parcours politique :

André Glucksmann, un philosophe engagé

1 min

Dans Les Matins de France Culture, Guillaume Erner, Brice Couturier et Benjamin Stora évoquaient ensemble la figure et le parcours d'André Glucksmann

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9 min

Romain Goupil se souvient de celui qui "essayait d'élever la voix pour ceux qui ne pouvaient pas parler, maltraités par tous les pouvoirs" :

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1 min

En 2011, André Glucksmann et Daniel Cohn-Bendit , alors député européen Europe Ecologie -les Verts, étaient réunis par France Culture (Les Controverses du progrès) et Libération pour débattre autour de la question : "Que reste-t-il des libéraux libertaires ? "