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Mouvements autonomistes : la carte des velléités en Europe

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Les nationalistes corses fêtent leur victoire à Bastia, 18 juin 2017
Les nationalistes corses fêtent leur victoire à Bastia, 18 juin 2017
© AFP - Pascal Pochard-Casabianca

carte. Les nationalistes corses viennent d'obtenir trois sièges de députés. La semaine dernière, la Catalogne annonçait un référendum sur son autodétermination. D'autres nations européennes sont fragilisées par ces aspirations régionalistes à l'autonomie ou l'indépendance, expliquées en carte.

Ce dimanche, les nationalistes corses ont obtenu trois des quatre sièges de députés dévolus à la Corse. Leur parti, Pè a Corsica, avait déjà en 2015 obtenu la majorité des sièges aux élections régionales. Le 9 juin, le président indépendantiste de la Catalogne annonçait la tenue en octobre d'un référendum sur la souveraineté de sa région. A l'intérieur de l'Union européenne, les nations sont de plus en plus questionnées par ces aspirations régionalistes à l'autonomie ou à l'indépendance. L'intensité de ces velléités est à distinguer selon les régions : niveau d'autonomie revendiquée, ancrage de la culture nationaliste, expression violente, représentation partisane dans les organes politiques.

La carte des mouvements autonomistes en Europe
La carte des mouvements autonomistes en Europe
© Radio France - Camille Renard

Des élections à venir : la Catalogne et la Corse

"Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat indépendant sous forme de République ?" C'est la question à laquelle pourront peut-être répondre les Catalans le 1er octobre prochain... Si le référendum prévu par le président indépendantiste de la région est validé par le gouvernement central. Jusqu'ici, Madrid considérait qu'un référendum de ce type enfreindrait la souveraineté du pays garantie dans la Constitution. Les dirigeants séparatistes catalans réclament depuis 2012 un référendum d'autodétermination pour leur région du nord-est de l'Espagne aux 7,5 millions d'habitants, comme celui accordé en 2014 par Londres à l'Ecosse. En cas de victoire du "oui", ils sont résolus à amorcer leur "déconnexion" de l'Espagne. Selon le dernier sondage d'un institut gouvernemental catalan, 44,3% des Catalans sont pour l'indépendance, 48,5% contre. Mais une grande majorité - plus de 73% - veut pouvoir se prononcer par référendum.

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A ECOUTER "Régionales en Catalogne : le dossier du séparatisme", Les Enjeux internationaux

Au pays basque espagnol, le parlement régional élu en septembre 2016 dispose d’une large majorité de députés favorables au "droit à décider", sous-entendu à décider de convoquer des référendums d’autodétermination. Pourtant, cinq ans après la fin de la violence annoncée par le groupe armé séparatiste ETA, seuls 23% des Basques souhaitent l'indépendance aujourd'hui. Le PNV, le parti nationaliste modéré qui gouverne la région depuis la chute du franquisme, ne défend pas un séparatisme à la catalane. Les autonomistes basques souhaitent au contraire un approfondissement du gouvernement autonome et une reconnaissance culturelle, obtenus par des moyens pragmatiques et progressifs.

En Corse, depuis dimanche, trois députés sur quatre élus de l'île sont issus du parti Pè a Corsica ("Pour la Corse"), qui unit nationalistes et indépendantistes. Pour la première fois des nationalistes corses seront représentés à l'Assemblée. Ils ont à présent en ligne de mire le vote attendu à la fin de l'année pour la collectivité unique de Corse, qui doit advenir en 2018 de la fusion de la collectivité territoriale actuelle et des deux départements de l'île. Aux élections régionales de 2015, les nationalistes et indépendantistes avaient déjà raflé la majorité des sièges de la collectivité territoriale de l'île. Ce raz-de-marée inattendu, une première historique, avait confirmé leur ancrage dans la société corse. Cette dynamique est également portée par un recentrage sur l'autonomie plus que sur l'indépendance, et une prise de distance avec la lutte armée violente.

A ECOUTER "Sur la route de l'identité corse", Sur la route

L'argument europhile post-Brexit : Ecosse et Irlande du Nord

"L'Ecosse devrait-elle être un pays indépendant ?" Non, avaient majoritairement répondu les Écossais (55%) en 2014, lors du référendum d'autodétermination. Egalement majoritairement europhiles, ils ont été 62% à voter en défaveur du Brexit deux ans plus tard. Cette position en contradiction avec Londres relance le débat sur l'indépendance de l'Ecosse. Le SNP, Parti national écossais, principal parti de la région depuis 2007, rêve de prendre sa revanche sur son échec de 2014, avec une seconde consultation sur l'autodétermination. Paradoxe : si le retour à la souveraineté est le principal argument de Londres pour justifier sa sortie de l'Union européenne, la souveraineté de l'Ecosse n'est, elle, pas souhaitée par le gouvernement britannique qui souhaite maintenir l'unité du Royaume.

A ECOUTER "Catalogne, Flandre, Ecosse : les nationalismes menacent-ils l’intégrité européenne ?", Du Grain à moudre

Les Irlandais, eux, ont voté à près de 58% contre le Brexit. Aux élections régionales qui ont suivi le référendum, en mars 2017, les deux partis nationalistes, dont le Sinn Fein, qui lutte pour une réunification de l'île, ont obtenu 39 sièges sur 90 à l'Assemblée d'Irlande du Nord. L'ancien bras politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) est ainsi redevenu un opposant crédible à égalité avec les unionistes dans l'Assemblée de Belfast. En ligne de mire : un potentiel vote d'autodétermination pour une réunification de l'Irlande, prévu par les accords de 1998 si une majorité se fait entendre dans ce sens.

A ECOUTER "Les deux Irlande. Les conséquences du Brexit pour Belfast et pour Dublin", Les Enjeux internationaux

L'argument économique dans les pays peu centralisés : Italie du Nord, Flandre belge et îles Féroé danoises

L'Italie du Nord industrielle, la "Padanie" (autour de la plaine du Pô), ne veut plus payer pour le Mezzogiorno moins développé. Le parti de la Ligue du Nord bataille pour renforcer la décentralisation, vers toujours plus d'autonomie. Dernier exemple en date, la réforme constitutionnelle proposée par Matteo Renzi, dans une dynamique centralisatrice, a été durement combattue par la Ligue, et finalement mise en échec dans les urnes.

En Belgique, c'est la Flandre qui ne souhaite plus participer au financement de la Wallonie francophone en crise industrielle. Aux dernières élections simultanément europeenne, fédérale et régionale de 2014, le parti nationaliste flamand NV-A a réalisé le triomphe attendu en arrivant en tête dans quasiment tous les cantons flamands. Le parti séparatiste signait ainsi le déclin du parti nationaliste historique, le Vlaams Belang.

Les îles Féroé, archipel au nord du Danemark, ont, elles, annoncé en février dernier l'organisation d'un référendum le 25 avril 2018 sur une nouvelle Constitution leur donnant le droit à l'autodétermination. La perspective de bénéfices rapportés par l'extraction de pétrole ne sont pas sans rapport avec cette démarche, en gestation depuis de nombreuses années.

Enfin, au-delà des arguments économiques, le nationalisme ethnique en pays sicule, enclave peuplée de Hongrois (entre 600 000 et 1,5 millions selon les estimations) au cœur de la Roumanie, est instrumentalisé par le pouvoir populiste hongrois pour exacerber le nationalisme. Viktor Orban avait en 2011 distribué des passeports aux Hongrois de l'étranger dans un but électoraliste. La question des minorités hongroises en Serbie, Roumanie, ou Slovaquie est source de tensions depuis des décennies, mais elle s'est particulièrement structurée en Roumanie autour d'un mouvement autonomiste. L'"Union démocrate magyare de Roumanie", parti qui défend la reconnaissance culturelle du pays sicule, a obtenu 21 sièges sur 329 lors de la dernière élection législative roumaine en 2016.