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Municipales 2020 : abstention historique, forte poussée écologiste et revers du parti présidentiel

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Dépouillement à Annecy ce dimanche 28 juin 2020.
Dépouillement à Annecy ce dimanche 28 juin 2020.
© Maxppp - Grégory Yetchmeniza

Dans un contexte historique avec la Covid-19, plus de trois mois après le premier tour, les résultats des municipales resteront marqués par une "fatigue démocratique", une consécration écologiste dans plusieurs grandes villes et la victoire d'Edouard Philippe au Havre et celle du RN à Perpignan.

Retour sur les principaux enseignements d'un scrutin hors normes marqué par la crise sanitaire de la Covid-19. Près de neuf maires sur dix ayant été élus au premier tour il y a plus de trois mois, dont deux tiers étaient des maires sortants et très grande majorité des hommes.

Une abstention historique

Selon les estimations des différents instituts de sondage, le taux de participation devrait s'inscrire entre 40% et 41%, contre 62,1% en 2014. Malgré des précautions sanitaires exceptionnelles (port du masque obligatoire dans les bureaux de vote, gel hydroalcoolique) et le reflux de l'épidémie, une large majorité des 16,5 millions d'électeurs appelés à voter (39% du corps électoral) dans 4 820 communes ont boudé les isoloirs. Le 15 mars déjà, moins d'un électeur sur deux - 44,3%, contre 63,5% en 2014 - s'était déplacé pour voter au 1er tour.

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Pendant que le vote a été reporté en Guyane à cause de la Covid-19.

Céline Braconnier, directrice de Science Po Saint-Germain-en-Laye : "Ces chiffres d'abstention marquent une rupture dans la participation aux municipales par rapport aux autres scrutins, avec aussi un lien avec le contexte sanitaire."

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Le contexte sanitaire a sans doute accentué des facteurs structurels de l'abstention que l'on retrouve manifestement. Puisque l'on a vu les jeunes très peu voter ce dimanche, et dans les territoires où l'on observe de la remobilisation, où il y a eu des enjeux politiques et où il y a eu une campagne de terrain menée malgré le contexte, notamment à Perpignan, là les candidats sont parvenus à remobiliser les électeurs. Mais dans tous les cas, la participation des personnes âgées, malgré le contexte, est restée nettement plus importante que celle des jeunes : avec environ 30 points de différence.      
Céline Braconnier

Le président Emmanuel Macron a "marqué sa préoccupation pour le faible taux de participation aux élections municipales", qui n'est "pas une très bonne nouvelle", a indiqué l'Elysée à l'AFP.

Forte implantation écologiste

A Paris, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Besançon, Nancy, Tours, Annecy ou Poitiers, les écologistes creusent leur sillon politique, déjà sensible au premier tour. L'écologiste Grégory Doucet, tête de liste d'une coalition réunissant EELV et les partis de gauche, a ainsi revendiqué une victoire "historique" à la mairie de Lyon. Avec entre 50 et 54% des voix selon plusieurs instituts, devant Yann Cucherat (DVC-LR) et Georges Képénékian (LREM diss, PRG) 16%. Inconnu du grand public, celui qui n'a jamais été élu de sa vie et n'est pas Lyonnais met fin à la baronnie Collomb. Et les Verts feraient coup double, puisque le chef d'entreprise Bruno Bernard (EELV) revendique la victoire pour la métropole.

A Bordeaux, Pierre Hurmic arrive en tête devant le maire sortant LR Nicolas Florian. Lui aussi a salué une victoire "historique", mettant un terme à 73 ans de règne de la droite.

2h 14
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© Visactu

Le Rassemblement national l'emporte à Perpignan

Cette victoire du député RN Louis Aliot est un symbole. Avec 122 000 habitants, ce sera la plus grande ville jamais gagnée par le camp de la finaliste de la présidentielle de 2017 depuis la victoire du FN à Toulon en 1995. 

Louis Aliot a joué sur son ancrage local, bien plus que sur son appartenance au parti de Marine Le Pen. Reportage de Maxence Lambrecq à 20h

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Ancien compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot se présentait pour la quatrième fois à Perpignan et avait constitué une liste variée et évité de mettre le sigle Rassemblement national sur ses affiches. Le "front républicain" n'a pas fonctionné.

"Un reportage du Monde en 1993 évoquait déjà cette victoire du FN à Perpignan" Analyse du spécialiste de l'extrême droite Nicolas Lebourg.

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Le RN l'emporte aussi  à Moissac (Tarn-et-Garonne) et Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais).

En revanche, l'extrême droite, rangée derrière l'ancien numéro deux de l'armée de terre, le général Bertrand de la Chesnaie, a perdu son pari à Carpentras (Vaucluse), où le maire divers gauche Serge Andrieu a été réélu à la faveur d'une triangulaire.

Edouard Philippe largement réélu au Havre mais déconfiture pour LREM

Le Premier ministre, qui n'est pas encarté LREM, a remporté le scrutin avec 58,83% des voix face au député PCF Jean-Paul Lecoq. Le taux d'abstention a été de 58% dans cette ville portuaire qui avait basculé à droite en 1995 après trois décennies de maire PCF. L'homme fort du pouvoir en place y voit "un acte de confiance". C'est un "signal très positif", a déclaré Sibeth Ndiaye sur France 2. La porte-parole du gouvernement a cependant fait part de la "déception" de la majorité, qui a enregistré des scores parfois "extrêmement décevants" en raison de ses "divisions". 

Mais à Paris, Agnès Buzyn n’est même pas élue au conseil municipal. Elle n’a réuni que 13% des suffrages dans le 17e arrondissement. 

Benjamin Morel, docteur en Science politique : "Parti non structuré, sans ancrage local, la défaite de La République en marche était en fait acquise dès le premier tour"

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Le chef de l'Etat a appelé son Premier ministre pour le féliciter de sa "belle victoire" au Havre et prévoit de le voir "un petit moment en tête-à-tête" lundi matin.

Le patron du Modem, François Bayrou, a lui aussi été réélu à Pau.

Anne Hidalgo et Martine Aubry conservent leur siège 

Deux femmes, deux socialistes mais deux destins bien distincts. 

La maire de Paris triompherait avec 49,3 % des voix, d'après les estimations Ipsos-Sopra Steria pour Radio France, France Télévisions et les chaînes parlementaires. "Vous avez choisi le rassemblement. Vous avez choisi un Paris qui respire, un Paris plus agréable à vivre, une ville plus solidaire qui ne laisse personne sur le bord du chemin", a-t-elle notamment déclaré.

Pour l'édile sortante de Lille, il s'en est fallu de 227 voix face à l’écologiste Stéphane Baly ! A tel point qu'il a été un moment annoncé gagnant. Martine Aubry dit aussi avoir "entendu le message, partout en France, sur la nécessité de la transition écologique. C’est ma conviction."

Avec AFP et Reuters