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Municipales en temps de Covid-19 : une abstention historique, un second tour en question

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Une femme votant à Bordeaux ce dimanche 15 mars 2020 avec un masque et des gants de protection contre le nouveau coronavirus.
Une femme votant à Bordeaux ce dimanche 15 mars 2020 avec un masque et des gants de protection contre le nouveau coronavirus.
© AFP - Nicolas Tucat

Jamais la participation à un scrutin de municipales n'a été aussi faible, autour de 45%, dans un contexte inédit de lutte contre le Covid-19. Le 1er tour de dimanche était déjà contesté par plusieurs responsables politiques, Marine Le Pen et Yannick Jadot, notamment, demandent le report du second.

Quel sens et quel crédit électoral accorder à un scrutin marqué par un contexte inédit de lutte contre une pandémie historique ? Un vote dans une ambiance générale surréaliste après que le gouvernement a décrété la fermeture de tous les "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays".

Les résultats du premier tour de ces municipales, et une abstention historique estimée entre 53,5% et 56% selon les instituts, tombent alors que l'on apprend ce soir un record de contaminations confirmées au Covid-19 en une journée en France. Avec 5 423 cas de contamination confirmés, dont le président de Les Républicains Christian Jacob, soit plus de 900 cas supplémentaires en une journée, et désormais 127 morts, soit 36 de plus que samedi, selon le décompte de Santé Publique France. 

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Après déjà des demandes d'annulation du premier tour par six dirigeants de région ou François Bayrou, de nombreux responsables politiques demandent ce soir de ne pas envisager de second tour. Quand deux constitutionnalistes interrogés par l'AFP s'accordent sur un point important : le report du second tour entraînerait de facto l'annulation des résultats du premier. Y compris pour les maires élus dès ce dimanche.

Le Pen, Jadot, Ruffin ou les ténors de la droite demandent un report du second tour

"Maintenir ces élections municipales est un choix incompréhensible pour nos compatriotes. Le second tour n'aura manifestement pas lieu, compte tenu de l'aggravation prévisible de l'épidémie. Il faut donc considérer comme acquises les élections conclues au premier tour, et reporter les autres", déclare ce dimanche soir Marine Le Pen.    

"On est dans un temps où le sanitaire l'emporte. Je pense qu'il faudra repousser les élections pour le 2e tour", a déclaré le président du groupe Les Républicains au Sénat Bruno Retailleau. Même souhait du président du groupe LR à l'Assemblée nationale Damien Abad pour ce choix serait "plus prudent". Le député a plaidé pour que "dans tous les cas" les listes élues dès le premier tour soient "validées".

Le chef de file d'EELV Yannick Jadot avait lui auparavant appelé "solennellement le président de la République à faire prévaloir en toutes circonstances la santé des Français et ce, dorénavant, dans la plus complète transparence. Je lui demande de réunir dès demain matin les représentants des forces politiques pour tirer toutes les leçons de ce premier tour. Et je lui demande d'organiser avec ces forces politiques le report du second tour".  

"Les conditions sanitaires peuvent être la seule priorité pour nous tous et on verra bien ce qui se passera. S'il y a un second tour ou pas, c'est presque secondaire. Les Français ne se demandent pas ce soir s'il y a un second tour mais si leur vie est menacée s'ils se déplacent" a souligné Olivier Faure pour le Parti socialiste.

Avant même 20 heures, le député LFI François Ruffin poussait en ce sens sur Twitter. "Le maintenir serait mauvais pour la santé des citoyens, mais aussi pour celle de la démocratie." Le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a, lui, demandé que la décision du gouvernement soit "prise le plus tôt possible", en plaidant pour que la démocratie ne soit pas mise "entre parenthèses".

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Une décision à venir en fonction des recommandations du conseil scientifique

Le Premier ministre a de son côté estimé que le premier tour "s'est parfaitement déroulé". Mais "le taux d'abstention élevé que nous enregistrons témoigne cependant de l'inquiétude grandissante de nos concitoyens face à l'épidémie qui nous frappe", a-t-il reconnu. Edouard Philippe a annoncé qu'il réunirait "à nouveau en début de semaine" les experts scientifiques et "les représentants des forces politiques" afin de prendre une décision sur la tenue du second tour des municipales le 22 mars.

Le ministre de la Santé Olivier Véran avait indiqué quelques minutes plus tôt, sur France 2, qu'il demanderait "sans doute mardi" leur avis aux experts scientifiques sur l'opportunité d'un second tour.

"Il n'y avait aucune contre-indication de la part du conseil scientifique" pour reporter les élections, a soutenu de son côté sur franceinfo Aurélien Tâché, le député LREM du Val d’Oise. "Il n'y a pas plus de risque pour les Français d'aller faire leurs courses à la boulangerie que d'aller voter", a-t-il ajouté. "Etre dans un groupe auprès d'une personne, comme dans un bar ou un restaurant pendant des heures, présente des risques beaucoup plus importants". Lors de ce premier tour des municipales "les consignes de sécurité strictes" qui avaient été prescrites par le gouvernement "ont été extrêmement respectées", a fait remarqué l'élu LREM.

L'abstention estimée aujourd'hui autour de 55% enregistre près de 20 points de plus que le précédent scrutin de 2014 (36,5%), du jamais vu pour des municipales, jusqu'alors deuxièmes élections préférées des Français après la présidentielle. 

Un effet coronavirus, mais pas seulement

Plusieurs analystes politiques estiment toutefois que la situation d'urgence sanitaire n'est pas l'unique raison de cette désaffection massive des urnes. Même si elle bouleverse la donne. Ce Covid-19 est la première raison exprimée parmi ceux qui ont décidé de ne pas voter : à 39%, selon un sondage d'Ipsos Sopra Steria. Mais, selon Yves Bardon, de cet Institut, sur notre antenne :

Il y a une tendance à ne plus aller voter qui s'appuie sur le fait que beaucoup de Français sont dégoûtés par la politique, l'offre politique. On sort quand même d'une séquence que le coronavirus fait oublier : "les gilets jaunes". Cela a démarré le 17 novembre 2018, avec une séquence totalement inédite en France. Mais là, nous sommes dans quelque chose de complètement révolutionné par l'arrivée de ce virus.

"Il y avait déjà une fatigue démocratique, une frustration accumulée à l'égard des élites et de la classe politique", analyse à notre micro la politologue Nonna Mayer.

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