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Municipales : "Vouloir attirer les entreprises est une stratégie de développement peu efficace"

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Ville d'Issoire. En France, les mouvements des entreprises de plus de dix salariés sont marginaux.
Ville d'Issoire. En France, les mouvements des entreprises de plus de dix salariés sont marginaux.
© AFP - Thierry Zoccola

Entretien. Attirer les entreprises dans sa commune reste un axe central de développement économique. Mais ces stratégies ne sont pas forcément les plus payantes pour les habitants du territoire estime l'analyste territorial Olivier Portier.

Développer l'immobilier d'entreprise, créer ou renouveler une zone d'activité, attirer des jeunes pousses... Toutes ces propositions figurent en bonne place dans les programmes des politiques en campagne. Sur le plan économique, de nombreux candidats aux municipales misent sur l’attractivité de leur territoire. A travers des politiques financières, foncières ou encore le marketing territorial, ils espèrent faire venir des entreprises - si possible de grande taille - afin de créer de l'emploi. 

Pourquoi attirer des entreprises? Explications de Catherine Petillon

2 min

Pour l’analyste territorial Olivier Portier, ces stratégies de développement ne sont plus efficaces. 

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Olivier Portier, analyste territorial
Olivier Portier, analyste territorial
- G. Piel

Renforcer l’attractivité de sa commune et faire venir de nouvelles entreprises font partie des propositions de nombreux candidats aux municipales. Quels effets produisent ces politiques ? 

Il faut d’abord souligner qu’aujourd’hui, plus que les communes, ce sont les intercommunalités qui ont la compétence sur le développement économique.
Ensuite, on observe que les élus locaux conservent souvent une conception productiviste du développement de leur territoire. Beaucoup considèrent qu’ils n’ont presque qu’un seul levier pour se développer : celui de la croissance économique. Ils se disent qu’en aménageant le foncier, et notamment des zones d'activités, ils vont favoriser l'implantation de nouvelles entreprises, venant d’ailleurs. Et que celles-ci permettront de développer l’emploi, de réduire le chômage et donc d’améliorer la situation de leurs habitants. Or, aujourd'hui, on sait que ce lien n’est pas automatique.  

C’est-à-dire ? 

L’exemple archétypal est la Plaine de France, en Seine-Saint-Denis. Dans les années 90, elle avait bénéficié d’un taux record de créations d'emplois, tout autour du Stade de France. On avait aménagé de très grandes zones d'activités tertiaires, créé énormément d'emplois à haute valeur ajoutée, nécessitant d'importants niveaux de compétence. Seulement, si l’on crée des emplois de cadres supérieurs sur un territoire où il y a beaucoup d’actifs peu qualifiés, il y a un problème d'adéquation. Et cela ne profite pas aux populations locales.
Ce qui, de prime abord, est absolument évident, ne l’est pourtant pas toujours pour les élus locaux.

Dans le même ordre d’idée, Châtellerault s’est retrouvée au début des années 2000, malgré l'implantation de très grands groupes industriels sur son territoire, avec un niveau de chômage extrêmement important. Car une large partie des emplois créés, notamment dans les grosses PME industrielles, étaient occupés par des actifs qui préféraient vivre à Poitiers.

En somme, vouloir faire venir d’ailleurs des entreprises vous semble rarement payant ? 

Si on analyse les mouvements d'entreprises entre les territoires, on constate qu’ils sont très faibles. Ils deviennent même extrêmement marginaux quand les entreprises ont plus de 10 salariés. Donc, une stratégie centrée sur l’idée de faire venir des entreprises est vouée à être inefficace. En outre, cela crée une forme de concurrence entre des territoires pourtant liés désormais par une multitude de relations d'interdépendance.

Quelles alternatives ont les élus locaux ?

Il me semble qu’il faut plutôt aider les entreprises déjà présentes à croître, à s'inscrire dans un écosystème économique territorial, à travailler en réseau. Ces choses-là se font déjà, mais de manière souvent un peu éparse et insuffisamment structurée. Surtout si on compare avec les investissements et le temps passé à travailler à un développement exogène.

Plus largement, il faudrait davantage prendre en compte les autres leviers permettant d’améliorer le niveau de vie des habitants. Certains territoires, notamment les plus résidentiels, sont portés par des revenus qui ne sont pas liés aux activités de production, par exemple les transferts sociaux - comme les retraites - ou les dépenses touristiques. Ces derniers peuvent avoir un effet social beaucoup plus significatif que les quelques entreprises dédiées à la production industrielle ou de services à haute valeur ajoutée.  

Les élus ont tendance à utiliser de manière un peu mécanique le levier économique pour développement de leurs territoire. Or, cela peut s’avérer parfois insuffisant pour améliorer la condition sociale des habitants.