N'utilise-t-on que 10 % de notre cerveau ?

Publicité

N'utilise-t-on que 10 % de notre cerveau ?

Par

La majeure partie de notre cerveau est-elle en sommeil ? Pourrait-on l'exploiter davantage ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et Franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Son origine est difficile à tracer mais le mythe de l'utilisation partielle de notre cerveau est pourtant bien ancré. Il véhicule fermement l’idée que nous pourrions, en utilisant 100 % de notre cerveau, devenir polyglotte, apprendre des encyclopédies par cœur voire développer des super pouvoirs. Où se situe la vérité scientifique ? Y-a-t-il des zones du cerveau que nous exploitons plus que d'autres ? Est-il possible de maximiser nos capacités mentales ? Et si oui, jusqu'où ? Nous avons posé la question à Yves Agid, professeur émérite de Neurologie et de Biologie Cellulaire à la Sorbonne Université et membre fondateur de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM).

N’utilise-t-on que 10% de notre cerveau ?

Publicité

Yves Agid : "Non c’est absolument faux, chaque fois qu’on fait quelque chose, on utilise l’ensemble de notre cerveau. Ça vient probablement du fait que dans le temps, à une certaine époque, on a dit que pour 10 % de neurones on avait 90 % d’autres cellules qu’on appelle des cellules gliales, ça vient probablement de là. Il y a autant de neurones que de cellules gliales, “gliale” ça vient de glue, la colle, car les cellules gliales sont autour des neurones."

Pourtant en imagerie cérébrale, seules certaines zones s’allument....

Yves Agid : "Non, il n’y a pas que cette zone-là, elle s’active de manière prépondérante, mais le cerveau lui-même est en permanence en activité, avec une consommation d’énergie considérable, c’est 20 % de l’énergie du corps qui est dans le cerveau. Le cerveau consomme 10 % plus d’énergie que tous nos organes, donc le cerveau est en permanence en activité, sur cette activité de fond très puissante. Par exemple si je fais ce geste tout simple de lever le pouce, je vais activer dans la région correspondante ici, je vais avoir un petit “pic” qui va s’activer, mais ce petit “pic”, c’est une petite vaguelette qui apparaît dans l’IRM fonctionnelle sur un énorme bruit de fond qui correspond à l’activité permanente du cerveau."

Connaît-on chaque partie du cerveau ?

Yves Agid : "On sait à peu près, on commence à comprendre comment fonctionne un cerveau, c’est l’objet des malades, comment il dysfonctionne en cas de maladie neurologique, ou psychiatrique, on commence à le comprendre. Il y a des zones qui sont spécialement impliquées dans une fonction donnée, le langage est dans la région temporale ici à gauche, pour quelqu’un qui est droitier_._ Mais en réalité, il n’y a pas de centre du langage, de la mémoire, de la conscience, ce qu’il y a ce sont des hubs, par exemple le langage dans la région temporale gauche, c’est un hub où l’ensemble des informations qui vont vous amener à prononcer des paroles sont concentrées, mais on ne doit plus raisonner en un mot, en localisations comme on le faisait dans le temps, mais en connexions avec des zones qui interviennent de manière plus prépondérante dans une activité mentale plus spécifique."

Est-ce qu’il y a des zones du cerveau qu’on utilise plus que d’autres ?

Yves Agid : "Oui, celles qui servent le plus sont celles où sont situées les neurones, les corps cellulaires du cerveau, dans le cortex et dans un certain nombre de régions à l’intérieur du cerveau au centre, dans le cervelet, dans le tronc cérébral ou la moelle épinière. Il y a des zones qu’on appelle la substance grise où tous les neurones sont situés, et autour de cette substance grise, il y a les axones des neurones c’est-à-dire les prolongements des neurones entourés en myéline, qui sont des voies de transport des informations de neurone à neurone, dans ces régions de substances blanches, l’activité cellulaire est moindre."

Pourquoi retenons-nous plus une chanson populaire qu’une langue étrangère ?

Yves Agid : "C’est une question de saillant, une information qui est saillante qui vous a donné une émotion particulière, ça vous a beaucoup frappé, et donc vous la gardez en mémoire. Mais l’autre chose, c’est qu’effectivement, vous avez appris une langue étant petit, vous la possédez à fond si vous étiez bilingue, le problème c’est que si vous ne l’utilisez pas vous avez l’impression de l’avoir oubliée. Mais si vous retournez dans le pays de la langue en question, au bout de trois, quatre jours, vous reprendrez une activité normale."

En musclant notre cerveau, pourrons-nous un jour faire de la télépathie ?

Yves Agid : "Nous n’avons jamais eu une preuve matérielle montrant que la télépathie existe, mais on explique pourquoi on croit faire de la télépathie, il y a les coïncidences, les informations auxquelles on ne prête pas attention, mais elles sont stockées dans votre cerveau, et vous donnent l’impression que c’est de la télépathie, il y a beaucoup d’études qui ont montré qu’à chaque fois que des gens se croyaient pris dans la télépathie, on trouvait des solutions."

Écoutez et abonnez-vous au podcast

Les Idées claires, c'est aussi une version à écouter d'une dizaine de minutes. À découvrir ici-même ou en vous abonnant pour ne pas rater un épisode.

N'utilise-t-on que 10 % de notre cerveau ?

9 min

Pour Android et autres applications : abonnez-vous avec le fil RSS.

Sur iTunes et téléphones Apple : abonnez-vous ici