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Nabeel Rajab, symbole du sort réservé aux militants des droits de l'homme au Bahreïn

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Nabeel Rajab photographiée par un activiste à Genève
Nabeel Rajab photographiée par un activiste à Genève

Nabeel Rajab est le plus célèbre des prisonniers d’opinion du Royaume de Bahreïn. Il a été condamné à 5 ans de prison parce qu'il a dénoncé dans des tweets la torture pratiquée dans les prisons bahreiniennes et les conséquences de la guerre au Yémen. Un ultime recours doit être examiné aujourd'hui.

Nabeel Rajab est le plus célèbre des prisonniers d’opinion du Royaume de Bahreïn. Parce qu'il a dénoncé dans des tweets la torture pratiquée dans les prisons bahreiniennes et les conséquences de la guerre au Yémen conduite par l'Arabie saoudite, il a été condamné à 5 ans de prison. Sa peine a été confirmée en juin dernier. Un ultime recours doit être examiné aujourd'hui 31 décembre. Ses soutiens craignent que sa peine ne soit alourdie. 

Un militant de la première heure des droits de l'homme

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Tous celles et ceux qui ont eu l’occasion de rencontrer Nabeel Rajab ont été impressionnés par sa détermination et son sang-froid. Ce militant de la première heure est l’un des cofondateurs du Centre Bahreïni pour les droits de l’homme. Il est également secrétaire général adjoint de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme). Quand les premières manifestations ont éclaté à Bahreïn en février 2011, il était aux cotés des protestataires qui demandaient un changement de régime dans ce petit royaume gouverné par une dynastie sunnite mais dont la population est à majorité chiite. Ils veulent une monarchie constitutionnelle et un Premier ministre élu, avoir accès aux postes dans l’administration qui leur sont systématiquement refusés, être mieux considérés. 

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Manama ne l’entend pas de cette oreille. La Place de la Perle, symbole de la contestation, comme le fut la Place Tahrir au Caire, sera purement et simplement rasée. Et pour mater cette révolte populaire, le régime appellera à la rescousse son voisin et allié saoudien qui interviendra militairement en envoyant des troupes. 

Petit à petit, les mouvements d’opposition sont interdits par les autorités. Les manifestants sont arrêtés, jetés en prison, torturés.   

Nabeel Rajab, qui est de confession chiite, sera à son tour arrêté en 2012. Il fera 2 ans de prison. Il sera remis en liberté en juin 2014 avant d’être de nouveau arrêté en octobre de la même année. Il fera un mois de détention provisoire. Nouvelle arrestation en avril 2015 : il passe 4 mois en prison. Il sera libéré  par décret royal pour raison de santé.   

La liberté recouvrée, Nabeel Rajab continue de dénoncer les violations des Droits de l’Homme dans son pays. Il donne des interviews où il explique que les journalistes et les défenseurs des Droits de l’Homme sont interdits d’entrée. Il est condamné à 2 ans de prison pour "propagation de fausses informations et de rumeurs hostiles sur des questions nationales avec l’objectif de discréditer et d’affecter le prestige de l’Etat". 

Avec Twitter pour arme

Nabeel Rajab utilise aussi les réseaux sociaux et notamment son compte Twitter pour dénoncer la torture dans les prisons bahreïniennes et l’intervention au Yémen de l’Arabie Saoudite et de ses alliés parmi lesquels Bahreïn. Une critique qui lui vaudra d’être à nouveau condamné en février dernier à 5 ans de prison pour "propagations de rumeurs en temps de guerre et insultes à un pays voisin". Quand il a entendu son verdict, prononcé par la haute cour criminelle de Bahreïn, il l’a accueilli par un sourire, comme un acte de défi et de résistance. Sa condamnation a été confirmée en appel en juin. Un dernier recours doit être examiné le 31 décembre devant la Cour de Cassation.  

Pour tous ses soutiens, cette date n’a pas été choisie au hasard. "On pense que le gouvernement de Bahrein a choisi cette date pour limiter l’attention internationale sur son procès car ils savent que le 1er janvier est une journée de vacances dans le monde entier", explique son cousin Maytham Al Salman qui vit en exil entre la Suisse et le Liban. 

Aujourd’hui, Nabeel Rajab est incarcéré dans une aile de la prison de Jaw de Bahrein avec des personnes condamnées pour terrorisme. Il souffre d’hypertension et de dépression après plusieurs mois d’isolement. Il ne peut recevoir que 2 visites par mois. Il n’a pas la possibilité de lire des livres et n’a accès aux journaux que tous les 10 jours. "Il est continuellement placé sous pression psychologique, ce qui a un effet négatif sur sa santé", poursuit son cousin  qui dénonce une volonté délibérée de la part du gouvernement de Bahreïn de le briser.  

"Il n'est pas le seul, il y a des enfants incarcérés dans les prisons de Bahreïn"

Dimitris Christopoulos est le président de la FIDH. Il revient sur la situation des Droits de l’Homme à Bahreïn : "La situation générale des Droits humains à Bahreïn est problématique. Cela fait quelques années que nous observions les évolutions et les développements politiques à Bahreïn avec une dose d’espoir. Cet espoir a été démenti. Maintenant, la situation à Bahreïn devient de plus en plus autoritaire. La situation de Nabeel montre que les autorités bahreïniennes ne tolèrent aucune critique. Il n’est pas seul. Il y a d’autres personnes. Il y a des enfants qui sont incarcérés dans les prisons de Bahreïn… Nabeel est la personne la plus connue au niveau mondial mais il n’est pas seul malheureusement. 

Toute opposition politique est considérée comme étant manipulée par les autorités iraniennes. Chaque fois que quelqu’un parle contre la guerre menée par l’Arabie Saoudite au Yémen ou contre l’alliance entre Bahreïn et l’Arabie Saoudite, cette personne est considérée comme un traître, payé par l’Iran. Voilà ce que paie Nabeel et toute l’opposition à Bahreïn. 

S'il y a quelque chose que les autorités de Bahreïn peuvent comprendre, c’est la pression internationale, la pression de l’Union européenne, la pression qui viendra du parlement Européen, des Etats Unis, etc. Aujourd’hui malheureusement, nous avons une situation ou le 'big partner', les Etats Unis, ont formé une alliance directe avec l’Arabie Saoudite, et l’administration du Président Trump se fout de la situation des défenseurs des Droits humains ; cette situation rend notre lutte beaucoup plus difficile".