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Nasrin Sotoudeh, une vie de combats

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L'avocate Nasrin Sotoudeh, ici en 2013, est notamment connue pour son soutien aux Iraniennes qui se battent contre l'obligation à porter le voile en Iran. Elle a été plusieurs fois primée à l'étranger
L'avocate Nasrin Sotoudeh, ici en 2013, est notamment connue pour son soutien aux Iraniennes qui se battent contre l'obligation à porter le voile en Iran. Elle a été plusieurs fois primée à l'étranger
© Maxppp - Stringer

Portrait. L’avocate iranienne militante des droits humains, condamnée en 2019 à douze ans de prison et 148 coups de fouet pour "incitation à la débauche", est en grève de la faim. Récompensée par plusieurs prix et soutenue dans le monde entier, Nasrin Sotoudeh continue de se battre pour la démocratie en Iran.

Née en avril 1963, Nasrin Sotoudeh est une avocate iranienne et défenseuse des droits humains, notamment connue pour son soutien envers les femmes qui manifestent contre le port du voile obligatoire dans son pays. Jugée pour "incitation à la débauche", elle a été condamnée en mars 2019 à dix ans de prison, la peine maximale, ainsi que 148 coups de fouet. Le juge avait la possibilité d'alourdir sa sentence et l'a portée à douze ans de prison, a expliqué son mari Reza Khandan à l'AFP. L'avocate a décidé qu'elle ne ferait pas appel de cette condamnation estimant son procès "injuste" et que "protester de la sorte ne servira à rien".

Depuis l'annonce de ce jugement, des associations se mobilisent dans le monde entier, alors que l’Iran siège au Comité des Nations unies des Droits des femmes ! Et depuis le 11 août 2020, elle a décidé de cesser de s'alimenter pour obtenir la libération des prisonniers politiques, qui n’ont pas bénéficié de l’élargissement offert aux 85 000 détenus de droit commun libérés en raison de la pandémie de Covid-2019. En 24 jours de grève de la faim, elle a perdu 7 kilogrammes et ses proches affirment être très inquiets sur son état de santé, précise RFI.

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2 min

"Tout comme vous, je sais que le chemin vers la démocratie est long et difficile". C’est l’une des phrases que Nasrin Sotoudeh avait écrites pour la remise du prix Sakharov, qui lui a été décerné en 2012. Alors détenue dans la prison d’Evin (Téhéran), c’est sa collègue et mentor, la première femme juge iranienne, Shirin Ebadi, qui s’était chargée de lire sa lettre. 

Nasrin Sotoudeh a été récompensée en 2012 par le prix Sakharov, attribué par le Parlement européen pour la lutte en faveur des droits de l'Homme
Nasrin Sotoudeh a été récompensée en 2012 par le prix Sakharov, attribué par le Parlement européen pour la lutte en faveur des droits de l'Homme
© Radio France - Valérie Crova

De nombreuses années en prison

Nasrin Sotoudeh a déjà été condamnée à 11 ans de prison en 2011 pour "propagande contre le régime". Les autorités avaient estimé qu’elle avait agi contre la sécurité nationale en défendant des opposants arrêtés en 2009 lors des manifestations contre la réélection de l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad. Lors de son emprisonnement, pour protester contre les pressions judiciaires sur sa famille, elle a suivi une grève de la faim pendant sept semaines. Après trois années derrière les barreaux, elle obtient sa libération conditionnelle en septembre 2013. 

Ils font du monde entier une prison pour vous. Vous quittez une prison seulement pour entrer dans une plus grande.          
Nasrin Sotoudeh à propos des prisonniers politiques en Iran

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Depuis le 15 juin 2018, Nasrin Sotoudeh est à nouveau incarcérée à la prison d’Evin. Cette fois, les autorités lui reprochent d’avoir assuré la défense de jeunes femmes qui ont bravé l’interdiction d’enlever leur voile en public. C’est finalement pour espionnage qu’elle est condamnée à cinq ans de prison.

Le 12 mars 2019, la justice la condamne à dix années de prison supplémentaires et 148 coups de fouet, notamment pour "incitation à la débauche" [une peine finalement alourdie à 12 ans de prison]. Selon son mari, Reza Khandan, la défenseuse des droits humains était poursuivie pour sept chefs d’accusation et a été condamnée au total à 38 années de prison, mais seule la peine la plus lourde s’applique, en l’occurrence celle de dix ans de prison. 

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Ses combats

Depuis le début de sa carrière, l’avocate n’a cessé de se battre. Issue d’une famille traditionnelle de la classe moyenne iranienne, c’est à la faculté de droit de Téhéran que lui vient cette volonté de militer en faveur de l’égalité, de la justice et contre les violations des droits humains. Elle a dû attendre huit ans pour obtenir l’autorisation d’exercer en tant qu’avocate. À l’époque déjà, elle est surveillée de près par les services de renseignements qui la jugent bien trop impliquée dans l’opposition. 

Ses premiers dossiers sont ceux de jeunes condamnés à mort pour des faits commis alors qu’ils étaient mineurs. Durant sa carrière, Nasrin Sotoudeh défend aussi les femmes victimes d’attaque à l’acide, les minorités religieuses et différentes campagnes en faveur des droits humains, dont celle pour la fin de la peine de mort. C’est pour avoir défendu des manifestantes contre le port obligatoire du voile que les autorités l’ont une nouvelle fois arrêtée en juin 2018. Écoutez la interrogée par Valérie Crova :

Nasrin Sotoudeh se confie sur la défense des manifestantes contre le port du voile en Iran

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Depuis que j’ai accepté de représenter ces filles [les manifestantes contre le port du voile], il m’arrive souvent dans la rue de rencontrer des gens qui me remercient pour mon travail et me disent qu’ils soutiennent ces filles.        
Nasrin Sotoudeh

La militante s’est aussi battue pour pouvoir continuer d’exercer son métier. Lors de sa première condamnation en 2011, la pratique du droit lui a été interdite pour dix ans. C’est après plusieurs mois de manifestation quotidienne, accompagnée par de nombreux militant.es et victimes de violations des droits humains, que sa peine a été réduite à neuf mois d’interdiction. En juin 2015, elle arrête sa mobilisation et peut se consacrer à nouveau à la défense des opposants du régime. 

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Vidéo : dans le film Taxi Téhéran, sorti en 2015, le réalisateur Jafar Panahi, co-détenteur avec elle du prix Sakharov pour la liberté d'expression en 2012, l'interviewe dans son taxi.

Les prix

En 2012, Nasrin Sotoudeh reçoit le prix Sakharov décerné par le Parlement européen. Créé en 1988, il récompense celles et ceux qui luttent pour les droits humains et la liberté de pensée. En juin 2018, les barreaux européens lui décernent le prix Ludovic-Trarieux, du nom du fondateur de la Ligue des droits de l’homme, en faveur des avocat.es qui illustrent par leur œuvre, leur activité ou leurs souffrances, la défense du respect des droits de l’homme. Le jury a retenu "la détermination et l’engagement" de Nasrin Sotoudeh, notamment auprès des femmes.

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En février 2019, le Président Macron a invité l’avocate à participer au conseil consultatif sur l’égalité femmes-hommes du G7. En symbole, une chaise vide a été laissée lors de son installation. 

Une ovation de soutien à l'Assemblée nationale en France

Depuis l'annonce de sa condamnation au printemps 2019, la communauté internationale multiplie les appels pour la libération de Nasrin Sotoudeh. Paris a appelé l'Iran "à respecter ses engagements internationaux" en matière de liberté d'opinion et d'expression et au droit au procès équitable. 

Les députés français ont salué l’avocate par une ovation à l’Assemblée nationale. Le député LREM François Cormier-Bouligeon a lancé cette semaine lors des questions au gouvernement "un cri de colère, d'indignation, d'horreur" dénonçant sa condamnation au terme d’un procès "injuste". Des députés de tout bord se sont alors levés pour applaudir la militante.

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Les États-Unis ont évoqué une décision de justice "qui va au-delà de la barbarie". L'Union européenne souhaite un "réexamen immédiat de la condamnation".  

L'ONG Amnesty international dénonce également la peine infligée à l'avocate et demande à la communauté internationale, en particulier l'Union européenne, d'agir. 

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"Il faut que que les pays qui jouissent d'une influence sur l'Iran prenne fermement et publiquement position contre cette condamnation honteuse de Nasrin Sotoudeh et plus généralement contre ce tour de vis à l'encontre de la société civile en Iran", confie à France Culture Katya Roux, d'Amnesty international France.

Le Conseil national des barreaux français a aussi alors lancé une pétition en ligne qui a rapidement recueilli plus de 50 000 signatures. Avec l’appui de l’Observatoire International des Avocats en danger, le CNB dénonce "le châtiment indigne auquel Nasrin Sotoudeh vient d’être condamnée".

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