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Nerval et son homard, Kant et ses tocs, Vivien Leigh bipolaire… : 6 génies "fous"

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Portrait d'Emmanuel Kant par Carle Vernet / Staatliche Museen, Berlin
Portrait d'Emmanuel Kant par Carle Vernet / Staatliche Museen, Berlin

Le peintre Vincent Van Gogh est mort il y a 130 ans ce 29 juillet. Encore aujourd'hui, il est considéré comme l'un des avatars de la folie créatrice. Mais existe-t-il un lien inné entre la folie et le talent ? Nombre de "génies" créateurs étaient "fous", en voici six.

Il y a 130 ans, Vincent Van Gogh se suicidait, le 29 juillet 1890. L'artiste, épileptique, victime d'hallucinations sonores et visuelles, qui mangeait parfois sa peinture et s'était un jour tranché volontairement l'oreille pour l'offrir à une prostituée, finira par se tirer une balle dans la poitrine - en matière d'automutilation, beaucoup d'artistes lui ont emboîté le pas, de l'artiste serbe Marina Abramovic au performer controversé Piotr Pavlenski qui a fait l'actualité de ce début d'année.

Rien, cependant, n'est plus subjectif que la notion de "folie", terme polysémique longtemps utilisé pour désigner les personnes atteintes de troubles psychiques. Et si les génies y semblent plus sujets comme le prouvent certaines études, sans doute y a-t-il un fou ou une folle endormi.e en chacun de nous, qui attend son heure. Mais pour André Breton dans son article "L'Art des fous, la clé des champs", qu'il soit un loufoque ou un cas psychiatrique lourd, le fou n'est fou qu'à la condition de ne jamais se laisser "contraindre" ou "étouffer" par le "but 'raisonnable'" : "Cette liberté absolue confère à l'art de ces malades une grandeur que nous ne retrouvons avec certitude que chez les primitifs", ajoute le surréaliste, qui comme ses pairs, voulait établir un rapport entre surréalisme et maladie mentale.

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Parmi une galerie de génies fous notamment présentés par l'historien Christophe Bourseiller dans son livre Et s'ils étaient tous fous ? Enquête sur la face cachée des génies (La librairie Vuibert, 2017), nous en avons choisi six, du fou toqué et relativement inoffensif, au fou pervers et destructeur.

Le très toqué Emmanuel Kant

Rendu mondialement célèbre par sa Critique de la raison pure parue en 1761 après onze années de travail, Kant est sans doute l'un des philosophes les plus fameux de l'histoire. Mais saviez-vous que le personnage était perclus de graves TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs) ? On le sait notamment grâce à l'un de ses proches collaborateurs, Ehregott Andreas Christoph Wasianski, comme le relate Christophe Bourseiller à travers le récit des dîners hebdomadaires qu'organisait chez lui le philosophe :

Le professeur reçoit lui-même les convives dans le salon. Il ne tolère aucun retard. Un invité en retard se voit définitivement rayé. (…) Les participants au dîner se doivent de disserter longuement sur tel ou tel sujet, philosophique ou politique, sans jamais s'interrompre. (…) Mais à la fin du repas, Kant se lève brusquement et prend congé. (…) Il effectue une promenade digestive, pour laquelle il souhaite demeurer absolument seul. En effet le philosophe ne supporte pas de respirer par la bouche. Il ne veut utiliser que ses narines. Or, s'il embarque un quidam dans la promenade, il devra ouvrir la bouche pour converser…

L'écrivain britannique Thomas de Quincey rapporte aussi qu'il ne pouvait dormir que totalement enroulé dans une couverture, "bandé comme une momie" ou "enroulé comme le ver à soie".

Tous les matins, aux aurores, son domestique devait le réveiller en lui disant littéralement "Monsieur le professeur, voici l'heure" (au risque de devoir rejouer son entrée s'il se trompait d'un mot…), avant de lui servir son thé à 5h précises. A l'instar d'Hercule Poirot, le moindre dérangement dans l'arrangement d'objets ou de meubles pouvait le plonger dans le désarroi.

Emmanuel Kant meurt en 1894 à Königsberg, sa ville natale qu'il n'a jamais quittée. Ses derniers mots ? "C'est bien.

Camille Claudel sous l'emprise de Rodin... jusqu'à la folie

Elle rencontre Auguste Rodin alors qu'elle n'a que 18 ans, et déjà de l'or dans les mains, après avoir été formée par le sculpteur et peintre Alfred Boucher et avoir suivi à Paris les cours de l'académie Colarossi. Rodin a 42 ans, mais qu'importe la différence d'âge, une folle histoire d'amour démarre. D'amour... et d'emprise. En même temps que l'amante, elle est la petite main du sculpteur... qui signe plusieurs de ses créations.  

La longévité de leur histoire (vingt ans !) ne décide pas pour autant Rodin, qui a pour maîtresse "légitime" son ancienne modèle Rose Beuret, à épouser Camille. Pourtant, cette dernière met deux enfants au monde, et subit plusieurs avortements. De quoi devenir folle ? Rodin, fatigué de sa jalousie, prend ses distances, ainsi qu'une nouvelle amante : la sculptrice Sophie Postolska, devenue son élève.

Vers 1892, Camille Claudel sombre dans la folie. Elle pense que Rodin conspire pour l'assassiner, se procure des armes et se barricade. Elle ne se lave plus, est en guenilles et vit parmi les ordures et les chats. 

Certains, comme l'écrivain Octave Mirbeau et le marchand d'art Eugène Blot, lui tendent une main secourable, mais la sculptrice détruit ses créations en 1912, dans un accès de rage et de désespoir, à coups de marteau. En 1994 dans l'émission "Une Vie, une oeuvre", la psychiatre Brigitte Fabre Pellerin analysait ces élans destructeurs :

Elle n'a pas pu supporter cet excès de violence et l'a renvoyée sur ses œuvres, ses œuvres étant une partie d'elle-même. C'est une sorte d'auto-mutilation qu'elle s'inflige. Elle en parle dans une lettre à sa tante Henriette qui lui annonce une mort. Cette mort la frappe beaucoup, et elle dit : "J’étais dans une telle colère que j’ai pris toutes mes esquisses de cire, je les ai flanquées dans le feu, ça m’a fait une belle flambée, je me suis chauffée les pieds à la lueur de l'incendie, c’est comme ça que je fais quand il m’arrive quelque chose de désagréable, je prends mon marteau et j’écrabouille un bonhomme. La mort d'Henri a coûté cher." Elle n'avait pas beaucoup de cordes à son arc, elle ne sait pas ce que c'est que la tendresse, la douceur, on n'embrassait jamais les enfants chez elle. Comment pouvait-elle s'exprimer autrement que par la violence ? D'autre part cette violence, elle en a tellement reçu qu'elle n'en peut plus.

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Sa mère et son frère, le grand Paul Claudel, la font interner après la mort de son père... Le diagnostic tombe : "démence paranoïaque". Elle finit par mourir à 78 ans à l'asile de Ville-Evrard, en Seine-Saint-Denis, où elle était restée recluse durant trente ans.

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Reine-Marie Paris, l'une des petites-filles de Paul Claudel, et donc petite-nièce de Camille Claudel, témoignait dans ce même "Une Vie, une oeuvre" :

Je ne l'ai pas connue. Ma mère l'a connue, elle a été deux fois à la ville de Montdevergues [où était internée Camille Claudel, NDR] avec son père, Paul Claudel, et elle s'étonnait toujours que Camille lui paraissait très normale. Elle posait toujours la question à son père : "Mais enfin papa, elle a l'air très normale, elle pose des questions sur la famille..." Et son père répondait : "Oui mais dès qu'on a tourné le dos elle sombre dans ses obsessions, sa peur d'être spoliée par Rodin, et la peur d'être assassinée..."

Nerval, éternel prisonnier de rêves torturés

La Rue de la Vieille-Lanterne : le Suicide de Gérard de Nerval, 1855
La Rue de la Vieille-Lanterne : le Suicide de Gérard de Nerval, 1855
- Gustave Doré

C'est à seulement 32 ans que l'auteur des Filles du feu et des Chimères connaît sa première crise de folie, se prenant pour le "fils du roi Joseph" (Joseph Bonaparte, le frère de Napoléon Ier), ou encore pour un descendant de l'empereur roman Nerva. Il lui vient également l'idée d'attacher un ruban bleu autour d'un homard vivant, pour aller le promener en laisse dans les jardins du Palais Royal… et autres excentricités (se prendre pour un oiseau en pleine rue, dans le plus simple appareil…) qui le conduisent plusieurs fois à être interpellé.

Le voilà soigné dans la "maison de correction Sainte-Colombe" du XIIe arrondissement de Paris puis, les crises perdurant, interné dans une clinique de Montmartre de mars à novembre 1841.

Il finit par en sortir, à peu près rétabli, mais quelques mois plus tard, l'actrice et chanteuse lyrique Jenny Colon, dont il s'était éperdument épris, meurt à l'âge de 33 ans. Pour lutter contre le désespoir, Nerval prend la route de l'Orient. Son œuvre bascule définitivement dans l'ésotérisme et l'onirisme, comme en témoigne son récit autobiographique Aurélia ou le Rêve et la Vie écrit en 1855, dans lequel le poète se livre à l'examen de sa propre folie.

Durant tout le reste de sa vie, l'écrivain aura bien du mal à distinguer le rêve ("Le Rêve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible", écrit-il) de la vie. Il est hanté par des visions nocturnes et des délires hallucinatoires. 

"Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie" écrit Nerval dans le recueil Les Chimères, en 1854. Un poème que commentait Agnès Spiquel, professeur émérite de littérature française à l'Université de Valenciennes, dans une conférence rediffusée par France Culture :

La mélancolie qui n'est pas de la tristesse mais bien plus que cela. C'est la mélancolie telle qu'on la définissait d'abord dans la médecine et qui, dans l'imaginaire romantique, devient justement l'état de celui qui a perdu l'essentiel, qui a perdu ce qui faisait son identité propre. Autrement dit le terme de mélancolie ne fait que reprendre ce que tout le quatrain dit : "Je me définis par l'absence et par la perte".

Début 1855, Nerval est retrouvé pendu aux barreaux d'une grille, près de la Place du Châtelet. 

Vivien Leigh, une actrice cyclothymique très agressive

Comment deviner que celle qui prêta ses traits à la magnifique Scarlett O'Hara d'Autant en emporte le vent était sujette, depuis son enfance (peu heureuse, elle fut envoyée par ses parents d'une pension à l'autre…), à de nombreuses sautes d'humeur plus ou moins rationnelles ?

Ainsi en 1938, sur le tournage de Vedettes du passé de Tim Whelan, elle se comporte d'une manière très étrange avec l'acteur Charles Laughton, l'insultant copieusement comme le racontait encore Christophe Bourseiller : "Pourquoi manifeste-t-elle une telle hostilité envers le rôle principal masculin ? Elle rétorque qu'il lui fait constamment des avances et ne cesse de la harceler. Tom Whelan ne peut que sourire au babil de la star. Tout le monde sait que Charles Laughton est homosexuel."

Quant au tournage d'Autant en emporte le vent, de Victor Fleming… il la vit persécuter Clark Gable, alias Rhett Butler, son ténébreux amant à l'écran : 

Durant tout le tournage, elle prend notamment Clark Gable en grippe et ne cesse de lui murmurer des vacheries pour le déstabiliser, surtout dans les scènes d'amour. Elle trouve que Gable a mauvaise haleine et ne se gêne pas pour le lui répéter sans fin.

Après une fausse couche, Vivien Leigh devient bipolaire, avec des moments d'absence durant lesquels elle insulte son second mari, le comédien, réalisateur et metteur en scène Laurence Olivier… extrêmement violemment, jusqu'à parfois en perdre connaissance. Elle est également victime de nymphomanie et d'alcoolisme. 

En 1954, son état s’aggrave tellement qu'elle doit abandonner le tournage de La Piste des éléphants. Dans sa quarantaine, les hallucinations se mêlent aux crises de rage… Son couple périclite, elle se remarie avec l'acteur canadien Jack Merivale. Ironie du sort, le dernier film - de Stanley Kramer - pour lequel elle joue, en 1965, s'appelle La Nef des fous : "Mais elle terrifie l'équipe du tournage et doit subir un nouvel électrochoc entre deux prises de vue".

C'est finalement ses poumons qui auront raison de Vivien Leigh : elle meurt de la tuberculose en 1967, à 53 ans.

Klaus Kinski, monstre cauchemardesque. La folie... un cran au-dessus

Quand il est mort, certaines personnes m'ont dit qu'elles étaient désolées. Moi, je ne l'étais pas.

C'est Nastassja, l'une des deux filles de l'acteur allemand Klaus Kinski qui se confiait ainsi dans la presse en 2013. Il faut dire que son père, incestueux, pédophile, violeur, qui avait fait de sa propre fille, l'aînée, Pola, son esclave sexuelle de ses 5 à ses 19 ans, avait tout d'un monstre, terrifiant et malfaisant.

Devenu comédien après la Seconde Guerre mondiale, Klaus Kinski fait d'abord controverse pour avoir incarné une femme sur scène, dans La Voix humaine, une pièce de Jean Cocteau. A l'époque, une telle atteinte aux bonnes mœurs est inimaginable, et le film est censuré au bout de dix jours. Mais d'ores et déjà, le comportement de Kinski interroge : sa violence et son outrance le conduisent dans un hôpital psychiatrique de haute sécurité. On le laisse sortir au bout de plusieurs mois, et il se démarque sur le plan artistique, comme le relatait Christophe Bourseiller :

Klaus Kinski impose immédiatement une personnalité incroyablement intense. On songe bien sûr à Antonin Artaud, mais aussi à Salvador Dali. Kinski roule les yeux, crache, éructe et sue sang et eau quand il paraît sur scène. Il renouvelle la thématique du "monstre sacré". Très vite le cinéma s'intéresse à lui. Dans les années 1950 et 1960, il participe à de nombreux films allemands et italiens de série B, dans lesquels il incarne bien souvent le méchant sadique et pervers. 

Il joue principalement dans des navets érotiques et des "westerns spaghetti", jusqu'à ce que le cinéaste Werner Herzog lui fasse endosser le rôle principal en 1972 dans Aguirre, la colère de Dieu, puis dans Nosferatu, fantôme de la nuit, Woyzeck, Fitzcarraldo et Cobra verde.

Suite au tournage du premier film, qui relate une expédition espagnole à la recherche de l'Eldorado, des Indiens vont trouver Werner Herzog et lui proposent d'assassiner discrètement l'acteur afin de l'empêcher de nuire, et de cacher son cadavre dans la forêt. C'est ce que racontait Herzog lui-même en 2015, dans un "Hors Champs" au micro de Laure Adler, en commentant le documentaire Ennemis intimes sur sa relation à l'acteur :

Je pense que la raison pour laquelle j'ai fait ce film c'est que l'interaction qui avait lieu entre nous était plus intense et plus forte que dans d'autres cas comparables. Et comme vous le voyez dans le film par intermittence, c'est que l'interaction devenait réellement dangereuse, (…) nous avons tous les deux comploté pour supprimer l'autre, très sérieusement. J'ai échafaudé des plans extrêmement savants et minutieux, dignes d'Agatha Christie, pour me débarrasser de lui. Il y a aussi eu des moments plus graves. Vous savez que les Indiens qui étaient là m'ont proposé de l'éliminer. Ils auraient pu lui ôter la vie en trente secondes. Je suis très sérieux quand je dis ça.

En savoir plus : Werner Herzog
45 min

En 1975, alors qu'il est devenu une star incontournable du cinéma, il publie son autobiographie, Crever pour vivre, qui fait scandale : "Il s'attarde sur ses "absences" répétées. Il lui arrive de perdre connaissance sans raison, des heures entières, et de demeurer évanoui, au sol. Il peut aussi rester debout, vide, immobile, pendant un long moment, avant de reprendre conscience du monde qui l'entoure. Compte tenu de la précarité ambiante, ses parents ne songent pas à le faire examiner." Il y raconte aussi par le menu ses abus et viols de femmes et d'enfants, et sa relation incestueuse initiale avec sa sœur, quand il a treize ans.

Kinski meurt d'une crise cardiaque alors qu'il a 65 ans, en 1991, après avoir tourné dans cent trente-huit films. De ses enfants, seul son fils, Nikolai, assistera à ses funérailles.

Maria Yudina, la "Calamity Jane" du piano, sauvée du goulag par sa "folie"

Pour finir sur une note plus joyeuse... voici un exemple d'histoire prouvant que feindre la folie permet parfois de s'extraire de certains mauvais pas !

Un soir, en pleine Seconde Guerre mondiale, Joseph Staline écoute à la radio une interprétation du concerto n°23 de Mozart par la pianiste Maria Yudina. Profondément ému, il demande à son aide de camp de s'en procurer l'enregistrement. Hélas, il s'agissait d'un concert en direct… Qu'à cela ne tienne : on envoie la police en pleine nuit chez la pianiste pour l'amener dans un studio d'enregistrement, où l'attend un petit orchestre assemblé en urgence. Staline a son disque ! Il est aux anges, et récompense la virtuose de 20 000 roubles et d'un prix de musique. Mais celle-ci, dissidente au pouvoir bolchevik, convertie dès 1917 au christianisme orthodoxe, lui répond par lettre :

Je vous remercie, Iossif Vissarionovitch, pour votre aide. Je vais prier pour vous, jour et nuit, et demander à Dieu qu'il vous pardonne vos péchés envers le peuple et le pays. Dieu est miséricordieux, il vous pardonnera. Quant à l'argent, je le remettrai à l'église de ma paroisse pour la faire restaurer.

Staline, qui fit assassiner près de sept cent mille Russes en 1937, ne bronchera pas. Il faut dire que Maria Yudina prenait plaisir à mimer la folie avec, dit-on, un pistolet dans son sac, une grande croix orthodoxe en sautoir, des robes informes assorties de baskets, et une multitude de chats comme compagnons de vie…

De sa tenue notamment, il était question dans un "Une Vie, une oeuvre" qui lui était consacré en 2010, à travers cette anecdote rapportée par Catherine Depretto, professeure de littérature russe à l’Université de Paris IV : 

Elle portait toujours des robes noires très longues, presque jusqu'au bout des pieds. Elle portait les mêmes robes sur la scène, avec des souliers doublés de fourrure, très grands, et se permettait même d'aller sur l'estrade dans ces pantoufles. Un jour [on] lui a dit : "Frau Yudina, ce n'est pas possible…". Alors on a trouvé des escarpins qu'elle a mis. Mais le public a vu qu'elle faisait quelques mouvements étranges sous sa robe longue : elle a ôté ses escarpins, qu'elle ne pouvait pas supporter, pour jouer pieds nus !

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Un jour, Maria Yudina pourchasse même un de ses élèves revolver au poing : l'impudent a refusé ses avances. Si elle a ainsi échappé au goulag, son parcours n'en aura pas moins été semé d'embûches puisqu'elle fut régulièrement empêchée de jouer et censurée.