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Netanyahu l'incontournable

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Benjamin Netanyahu après son élection au poste de Premier ministre en mai 1996
Benjamin Netanyahu après son élection au poste de Premier ministre en mai 1996
© AFP - Manoucher Deghati

Portrait. L'actuel Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui détient aussi le titre de ministre de la Défense, brigue un cinquième mandat de chef de gouvernement après quatre consécutifs depuis 2009. Près de 13 ans aux commandes, un record de longévité qui lui vaut le surnom de "Bibi, roi d'Israël".

A 69 ans, Benjamin Netanyahu est à deux doigts d'être inculpé pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires, dont celle de favoritisme à l'égard du patron du principal groupe de télécommunication israélien. Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire de Bezeq et propriétaire du site d'informations Walla, aurait gagné des millions de shekels grâce à la bienveillance de Benjamin Netanyahu en échange d'une allégeance médiatique.  

Pourtant, le chef du gouvernement n'entend pas quitter le pouvoir. Après 37 ans de carrière politique, il mise une nouvelle fois sur ses talents de politicien idéologue et inflexible pour convaincre son électorat populaire, conservateur et religieux de le reconduire. L'homme a "de la bouteille", et joue aisément de tactique populiste, nationaliste, simpliste et grossière pour gagner leurs voix.
En cas de victoire, Benjamin Netanyahu ne serait pas légalement tenu de démissionner s'il était inculpé. 

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Un démagogue entêté

Confronté à ces accusations criminelles de malversations, Benjamin Netanyahu a renforcé ses dérives autoritaires. Bien que promouvant la démocratie libérale israélienne, sa formation le Likoud porte le titre de parti libéral national, il n'hésite pas à dépasser les bornes de la rhétorique pour plaire à sa base électorale et à ses alliés d'extrême droite. 

Des élans de despotisme du chef du gouvernement à des fins de séduction et de polémique l'ont conduit à des excès de zèle. Par exemple, la défense de l'identité juive de son État l'a poussé à convaincre sa coalition, en juillet dernier, d'adopter une loi d’État-nation juive qui différencie légalement les droits civils des citoyens juifs des citoyens non juifs d'Israël. Il a également permis à ses partisans de contester les pouvoirs de la Cour Suprême, et lui-même s'en est pris à la presse et aux ONG qui le critiquent.

Utilise-t-il cyniquement le racisme et le populisme à des fins électorales ? "Les populistes, explique Jean-Yves Camus, politologue spécialiste des extrêmes droites, "veulent aller au-delà de la démocratie représentative pour aller vers la démocratie directe et pour aboutir à une dictature des passions__". En 2015, le dernier soir avant l'élection, Benjamin Netanyahu a tenté le tout pour le tout pour s'attirer les suffrages. Il a brandi la menace d'un vote massif des Arabes Israéliens à ces législatives. Il a fait mouche. 

Une stature internationale inédite 

Benjamin Netanyahu parcourt tous les continents et quasi tous les sommets internationaux et régionaux à la rencontre des dirigeants mondiaux. Jamais un Premier ministre israélien n'aura autant voyagé en dehors de son pays et occupé la scène internationale. Pendant son 4ème mandat, il a effectué en moyenne un déplacement à l'étranger par mois. Benjamin Netanyahu s'est rendu à maintes reprises aux États-Unis. Aux Nations unies, à New York, à la Maison Blanche, à Washington, il connaissait Donald Trump bien avant qu'il ne soit Président, et leur intimité a abouti à la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël et de l'annexion israélienne du Golan. 

Benjamin Netanyahu avec son grand ami américain Donald Trump en 2017
Benjamin Netanyahu avec son grand ami américain Donald Trump en 2017
© AFP - Brendan Smialowski

A Moscou, Benjamin Netanyahu entretient de régulières et bonnes relations avec le chef du Kremlin Vladimir Poutine. Depuis 2015, il est allé plusieurs fois à Berlin, Londres, Paris. A ces visites "habituelles" s'ajoutent des inédits. 

En janvier 2018, visite historique de Netanyahu au Tchad. Les deux pays ont rétabli officiellement leurs relations. L'année précédente, il était le premier chef de gouvernement israélien à se rendre en Amérique Latine. En Inde, il noue d'étroits liens avec le Premier ministre Narendra Modi. 

Benjamin Netanyahu se prend d'amitié pour des dirigeants "problématiques" comme le Président philippin Rodriguo Duterte qui s'est comparé à Hitler et le nouveau Président brésilien Jair Bolsonaro. Sans oublier l'allié hongrois Viktor Orban sur lequel compte "Bibi" pour perturber la politique étrangère de l'Union européenne. Pour Netanyahu, l'UE est le dernier bastion de la "politique anti-israélienne" qui soutient les positions des Palestiniens et l'accord nucléaire avec l'Iran. D'ailleurs, en juin 2018, il a boycotté la Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères Federica Mogherini. Mais bizarrement aucun dirigeant européen ne s'en est ému. 

Les rapports de Benjamin Netanyahu avec Vladimir Poutine sont bons et réguliers
Les rapports de Benjamin Netanyahu avec Vladimir Poutine sont bons et réguliers
© AFP - Alexander Zemlianichenko

Les ennemis de mes ennemis sont mes amis 

L'épouvantail de Benjamin Netanyahu est l'Iran et son programme nucléaire et ses alliés. Tous ceux qui estiment que les chiites iraniens sont des ennemis sont les amis de Benjamin Netanyahu. Ainsi, le Premier ministre israélien s'est rapproché de l'Arabie saoudite. Et plus récemment, de plusieurs États sunnites du Golfe. Le mois dernier, à Varsovie, le Chef du gouvernement a eu un entretien privé avec le ministre des Affaires étrangères du sultanat d'Oman, Yusuf bin Alawit. En octobre 2018, Benjamin Netanyahu avait créé la surprise en se rendant à Mascate, la première visite publique d'un dirigeant israélien dans l'Etat du Golfe, depuis 1996.

Au sommet de Pologne, consacré au Moyen-Orient, Benjamin Netanyahu s'est fait photographier assis à la même table que de nombreux dirigeants arabes. Là aussi une première depuis Madrid en 1991. Au moment de parler, l'Israélien, dont le micro ne marchait pas, a vu son voisin le ministre yéménite des Affaires étrangères lui tendre le sien. Aussitôt, Benjamin Netanyahu le remercie et lance "Nous assistons à une nouvelle  coopération entre Israël et le Yémen, c’est un début, nous procéderons étape par étape."

Tombé jeune dans la politique et l'Amérique 

Benjamin Netanyahu n'est pas un "sabra". Il n'est pas né à Tel-Aviv avant l'indépendance d'Israël (21/10/1949). Il a passé son enfance à Jérusalem dans une famille érudite qui vient de Lituanie. Son grand père était rabbin, son père professeur d'histoire juive et secrétaire de Zeev Vladimir Jabotinsky, leader sioniste nationaliste de droite et commandant de l'Irgoun, idéologie d'où vient le parti du Likoud. 

Adolescent, Benjamin Netanyahu suit ses parents aux États-Unis, son père est nommé à l'Université de Philadelphie. De retour au pays pour effectuer son service militaire, le jeune adulte se porte volontaire pour entrer dans une unité d'élite de l'armée israélienne, pour cinq ans. Pendant la guerre des Six Jours, en 1967, il décroche un grade d'officier.

Char israélien dans les rues de Jérusalem est en juin 1967
Char israélien dans les rues de Jérusalem est en juin 1967
© AFP - Pierre Guillaud

Du monde des affaires à la diplomatie 

En 1972, il repart aux États-Unis, il raccourcit son patronyme en Nitaï et suit des études d'économie à l'Université Harvard de Cambridge. Il travaille ensuite dans un cabinet de conseil en stratégie économique. 1976, une date malheureuse et marquante pour Benjamin : son frère est tué lors de l'opération de sauvetage de 106 otages de l'avion Air France d'Entebbe en Ouganda. A sa mémoire, il fonde le "Jonathan Institute for the Study of Terrorism".

C'est en 1982 que l'homme fait ses premiers pas en politique. Il est nommé Premier secrétaire de l'Ambassade d'Israël aux États-Unis grâce à un ami de son père Ambassadeur à Washington, Moshé Arens. Il apprend vite le métier et en particulier à se servir des médias pour défendre la propagande israélienne, en l'occurrence à ce moment-là lors de la guerre au Liban. Deux ans plus tard, il devient lui-même Ambassadeur d'Israël auprès de l'ONU.

Le plus américain des politiciens israéliens

Fort de son expérience diplomatique au pays de Ronald Reagan et Milton Friedman, Benjamin Netanyahu rejoint le Likoud, le parti conservateur israélien en 1986. Deux ans plus tard, il est élu député et il entre dans le gouvernement d'Yitzhak Shamir comme secrétaire D’État à l'information, puis ministre adjoint des Affaires Etrangères et ministre délégué au bureau du Premier Ministre. Il cumulera aussi le titre de Conseiller spécial pour les négociations de paix de la Conférence de Madrid, en 1991. La même année, il épouse Sara Ben Artsi, sa troisième femme, une jeune hôtesse de l'air avec laquelle il aura deux fils. 

En 1993, Benjamin Netanyahu prend la tête de l'opposition aux Travaillistes au pouvoir et devient le chef du Likoud. Il s'oppose à tout : aux accords de paix d'Oslo avec les Palestiniens, au retrait israélien de Gaza, à la création d'un État palestinien, et il prône la création de nouvelles colonies en Cisjordanie. Ses attaques contre le chef du gouvernement ont contribué au climat haineux qui a poussé un extrémiste israélien à assassiner, en novembre 1995 le Premier ministre Itzhak Rabin.

Plus jeune Premier ministre et le premier élu au suffrage universel direct

Après cet évènement qui a marqué au fer rouge une bonne partie de la société israélienne, les élections de 1996 qui instauraient pour la première fois le scrutin au suffrage universel direct ont été un autre traumatisme. Shimon Peres, cosignataire de la paix avec Rabin n'a pas réussi à remporter la majorité des votes, malgré une victoire annoncée le soir, devenue une défaite le lendemain matin. Le chef du Likoud, qui avait fait alliance avec les partis nationalistes religieux et les ultras orthodoxes, a battu de justesse le travailliste. 

A 46 ans, Benjamin Netanyahu est choisi pour diriger Israël, c'est le plus jeune Premier ministre de l'Histoire du pays. Une partie du public israélien apprécie cet homme américanisé, bon orateur, néoconservateur, néolibéral, arrogant et intransigeant.

Faire du business et de la politique ne semble pas déranger outre mesure le responsable israélien. Que ce soit au poste de Premier ministre ou à ceux qui ont suivi, Logement, Justice, Finances, Affaires religieuses, il a été personnellement compromis dans des scandales, mais sans jamais en payer les frais.

Sur le plan économique et social, son action allait en faveur du privé et des riches, privatisation des entreprises publiques, coupes budgétaires dans les services publics et les programmes sociaux et abaissement des tranches supérieures de l'impôt  sur le revenu.

Monsieur "NON !"

Concernant le conflit avec les Palestiniens, Benjamin Netanyahu s'entoure d'opposants aux compromis avec les Arabes, dont le russophone Avigdor Lieberman qu'il nomme comme directeur de cabinet. Première provocation, en septembre 1996, Benjamin Netanyahu ouvre le tunnel de la vieille ville de Jérusalem-est qui longe l'esplanade des Mosquées. S'en suivent des affrontements violents. Il amplifie la judaïsation de Jérusalem pour empêcher toute revendication palestinienne sur la ville comme capitale du futur Etat palestinien. Il cautionne les implantations sauvages en Cisjordanie. Mais sous la contrainte des États-Unis, Benjamin Netanyahu est forcé de signer deux accords avec le chef de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat.

Le bilan de son mandat le désavantagera aux élections suivantes. En 1999, Benjamin Netanyahu se heurte à Ehud Barak, candidat d'une coalition de gauche Israël Uni qui remporte le scrutin à une large majorité. Le candidat désapprouvé annonce sa démission de la direction de son parti le Likoud et son retrait de la vie politique. 

Coucou le revoilà !

Au jeu des alliances nécessaires pour gouverner, Ariel Sharon remplace Shimon Peres aux Affaires étrangères par Benjamin Netanyahu en 2002. Il passera ministre des Finances jusqu'en 2005. Cet été là, Benjamin Netanyahu démissionne de sa fonction pour protester contre le plan de désengagement unilatéral israélien de la Bande de Gaza. 

La bande de Gaza en mars 2019
La bande de Gaza en mars 2019
© AFP - Mahmud Hams

Dès lors, il va encore durcir ses positions et rassembler autour de lui l'aile droite de son parti. L'aile la plus modérée fait scission pour rejoindre le parti Kadima créé par Ariel Sharon. Aux élections anticipées de 2006, le Likoud n'obtient que 12 sièges à la Knesset. Pourtant, l'année suivante Benjamin Netanyahu est réélu à la direction du Likoud.

Le "faucon des faucons" 

Nouvelle campagne électorale fin 2008, le gouvernement en place d'Ehud Olmert s'embourbe dans des problèmes de corruption. Benjamin Netanyahu, lui, fait du Hamas sa bête noire, promettant sa liquidation totale. Il montre les muscles et le belliciste s'enorgueillit de l'Opération Plomb durci qui s'est soldée par 1 300 Palestiniens tués. Il n'a que le mot "bitakhon" à la bouche, la sacro-sainte sécurité, face aux risques actuels et potentiels des forces ennemies d'Israël. Le Premier ministre impose des positions fermes et accuse de terrorisme d'abord le Hamas, le Hezbollah et l'Iran. Quand, avec l'Autorité palestinienne, Benjamin Netanyahu ne veut discuter que de collaboration sécuritaire et militaire et de rien d'autre : ni des droits des Palestiniens, ni des prisonniers, ni de Jérusalem, ni d'occupation, ni de démantèlement de colonies illégales.

Sur le plan domestique, dans la tourmente de la crise financière et économique mondiale, il suit une politique jugée ultra libérale qui s'accompagne d'une réduction massive des impôts. Choix payant, aux législatives de février 2009, le Likoud arrive au coude à coude avec le parti Kadima représenté par la ministre des Affaires étrangères Tsipi Livni qui obtient un élu de plus à la Knesset, 28 contre 27 sièges au Likoud. Mais "Bibi" s'associe avec le parti nationaliste russe de Avigdor Lieberman "Israel Beitenou" - Israël notre maison - qui a obtenu 15 députés. Ainsi assuré d'une majorité au Parlement, Benjamin Netanyahu est chargé par le Président de l'Etat Shimon Peres de former le gouvernement. Il faudra six semaines de tractations au chef du Likoud pour construire une coalition gouvernementale formée de nationalistes, de centristes, d'ultra-orthodoxes et de religieux.

Depuis cette victoire, Benjamin Netanyahu gouverne. Pendant dix ans, entre 2009 et 2019, aucun adverse ne l'a délogé. Le 34ème cabinet d'Israël qu'il a formé comprend les partis Likoud, Foyer juif, Torah unifié, Koulanu, Beiténou et Shas. C'est le plus à droite des gouvernements israéliens. Quant à Benjamin Netanyahu, il talonne le fondateur de l'Etat d'Israël, David Ben Gourion qui fut Premier mministre pendant 13 ans. 

"Likoud fort, Israël fort" le slogan de campagne de Benyamin Netanyahou
"Likoud fort, Israël fort" le slogan de campagne de Benyamin Netanyahou
© AFP - Thomas Coex

Pour ou contre ?

Après une décennie de pouvoir, Benjamin Netanyahu vante ses mérites de dirigeant. L'économie de la "start-up nation" est en croissance, bien que le niveau de vie ait grimpé de 35% en dix ans et malgré les protestations des Israéliens contre les injustices sociales.

L''insécurité a fortement baissé bien que les dangers demeurent, en premier lieu le djihadisme et l'état de guerre larvée. Grâce au soutien sans faille de l'ami américain, Israël n'est plus obligé par personne de régler la question palestinienne.

Benjamin Netanyahu est l'auteur de plusieurs livres, la plupart consacrée à sa croisade contre le terrorisme, dont notamment "Lettres de Yoni" (Correspondance avec son frère, 1978), "Le terrorisme: défi et réponse" (1980), "Paix et sécurité, pour en finir avec le terrorisme" (1996) et "Combattre le terrorisme" (2002).

55 min

Avec la collaboration de Franck Ballanger et Éric Chaverou